Olivier Maurel

Écrivain militant – Non à la violence éducative !

By Olivier Maurel

Liste des pays abolitionnistes au 9 mai 2014

De 1979 à 2014, trente-six pays ont interdit toute forme de punition corporelle, dont vingt-deux pays européens :

  • Suède (1979)
  • Finlande (1983)
  • Norvège (1987)
  • Autriche (1989)
  • Chypre (1994)
  • Danemark (1997)
  • Lettonie (1998)
  • Croatie (1999)
  • Bulgarie (2000)
  • Allemagne (2000)
  • Israël (2000)
  • Islande (2003)
  • Ukraine (2004)
  • Roumanie (2004)
  • Hongrie (2005)
  • Grèce (2006)
  • Pays-Bas (2007)
  • Nouvelle-Zélande (2007)
  • Portugal (2007)
  • Uruguay (2007)
  • Venezuela (2007)
  • Togo (2007)
  • Espagne (2007)
  • Costa Rica (2008)
  • Moldavie (2008)
  • Luxembourg (2008)
  • Liechtenstein (2008)
  • Tunisie (2010)
  • Pologne (2010)
  • Kenya (2010)
  • Albanie (2010)
  • République du Congo (2010)
  • Sud-Soudan (2011)
  • Honduras (2013)
  • Macédoine (2013)
  • Malte (2014)

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Sud Radio « C’est vous » – Olivier Maurel répond à Cyril Brioulet

À l’occasion de la Journée de la Non-Violence Éducative (le 30 avril), Olivier Maurel répondait aux questions de Cyril Brioulet dans l’émission « C’est vous », sur Sud Radio.

Vous pouvez réécouter l’émission sur le site de Sud Radio ou directement ici.

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Conférence : L’éducation non violente, une exigence évangélique ?

Texte de la conférence organisée par l’hebdomadaire La Vie le 12 octobre 2013,

dans le cadre des États Généraux du Christianisme

Pour comprendre le titre de mon intervention : « l’éducation non-violente, une exigence évangélique », il faut connaître l’existence d’un fait anthropologique massif presque toujours ignoré  : la violence éducative. Et il faut rapprocher ce fait des paroles de Jésus sur les enfants.

Dans toutes les vieilles sociétés sauf dans certaines sociétés de chasseurs-cueilleurs, des proverbes recommandent aux parents de battre les enfants à coups de bâton. Dans toutes les sociétés où cet usage n’a pas été remis en question, des enquêtes effectuées au siècle dernier ont montré que ces proverbes sont mis en pratique par la quasi-totalité des parents. Autrement dit, depuis que l’humanité a atteint un certain stade dans son évolution, probablement le néolithique, la quasi-totalité des êtres humains a été éduquée par la violence physique, verbale et psychologique, du plus jeune âge à leur majorité, c’est-à-dire pendant toute la durée de formation de leur cerveau. Ce traitement leur a été infligé par leurs modèles de référence, leurs parents, leurs enseignants. Et il est toujours pratiqué dans la majorité des pays du monde. Seule une minorité de pays l’a adouci, et une minorité encore plus réduite l’a interdit tout récemment.

Ce traitement violent a donné à la quasi-totalité des êtres humains un seuil très élevé de tolérance à la violence. Des enfants habitués à être battus violemment et humiliés depuis leur petite enfance dans des sociétés où tous les enfants subissent ce traitement deviennent des adultes pour qui la violence et l’humiliation sont banales. Ils sont donc capables des pires violences, notamment sur les êtres les plus faibles, par simple mimétisme du schéma relationnel qu’ils ont subi : la violence exercée par un être fort, un adulte, sur un être faible, un enfant. Et comme cette violence leur a été présentée comme un bien (« C’est pour ton bien que je te frappe »), leur conscience morale a reçu ce message : Violence = bien. C’est une des multiples formes de perversion provoquées par la violence éducative.

De plus, cette méthode d’éducation contredit radicalement par l’exemple les préceptes les plus fondamentaux de toutes les grandes philosophies et de toutes les grandes morales. La règle d’or d’abord : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse ». Et ensuite le principe presque aussi universel qu’il est lâche de la part d’un être fort de faire violence à un être faible. Quelle efficacité peut avoir l’enseignement de ces principes sur des enfants et des adolescents sur lesquels on a pratiqué mille fois le contraire ?

Mais cet apprentissage de la violence n’est peut-être pas encore le pire. On sait aujourd’hui, par de nombreuses études faites ces dernières décennies sur les enfants et leur développement que les enfants naissent dotés de compétences relationnelles qui les prédisposent à la vie sociale, ce qui n’a rien d’étonnant chez les animaux sociaux que nous sommes. Il s’agit de l’attachement qui porte les nouveau-nés à nouer à tout prix des relations parce que leur organisme sait que l’abandon c’est la mort. Il s’agit de l’imitation par le moyen de laquelle les enfants apprennent la plupart des comportements qui seront nécessaires à leur survie et à leur vie. Il s’agit de l’empathie par laquelle les enfants éprouvent les émotions de autres et qui est la base de la compassion et aussi le plus grand frein à la violence. Il s’agit enfin de l’entraide dont de récentes études ont montré qu’elle se manifeste chez les bébés dès l’âge de dix-huit mois. Toutes ces capacités relationnelles des enfants sont altérées, voire perverties par la violence. Leur capacité d’imitation les pousse à reproduire la violence qu’ils ont subie. Leur capacité d’attachement est pervertie par l’alliance entre l’affection et la violence. L’enfant apprend à ses dépens le proverbe : Qui aime bien châtie bien. Pourquoi ne l’appliquerait-il pas plus tard à son profit sur ses enfants et sa conjointe ? La capacité d’empathie des enfants, elle, peut être annihilée par la nécessité de s’endurcir sous les coups et de ne plus ressentir leurs propres émotions ni celles des autres. Quant à la capacité spontanée d’entraide, elle peut être entravée par des relations faussées par la violence. Ainsi, la méthode d’éducation la plus répandue pervertit tout le potentiel relationnel inné des enfants.
Il n’est donc pas étonnant que l’histoire de l’humanité ait été un tissu de violences, de massacres, de cruautés dans la vie individuelle comme dans la vie collective. Les enfants sont conditionnés à de tels comportements. Les hommes qui accèdent à un quelconque pouvoir l’exercent sans scrupules. Et ceux qui sont soumis à une autorité quelconque se soumettent comme ils avaient pris l’habitude de se soumettre à leurs parents, ce qui explique l’attitude de « servitude volontaire » aux tyrans mise en lumière par Etienne de la Boétie au XVIe siècle.

Mais ce qui est stupéfiant, c’est qu’en général on ignore ce fait anthropologique majeur et ses conséquences dans l’histoire de l’humanité et dans les situations de pouvoir et de soumission. Même La Boétie, ne mentionne pas la violence éducative parmi les causes de cette soumission. Dans mon avant-dernier livre, j’ai montré comment, aujourd’hui encore, sur 100 auteurs d’ouvrages ou d’articles de sciences humaines écrits par des psychologues, psychanalystes, historiens, sociologues, philosophes, etc, sur le thème de la violence humaine en général, 90 d’entre eux, parmi lesquels les plus médiatiques, ceux qui ont le plus d’influence, ne mentionnent même pas l’existence de la violence éducative, ignorent complètement son existence, alors qu’ils traitent de toutes les autres formes de violences, et 6 d’entre eux seulement la prennent en compte et la considèrent comme une des causes de la violence humaine.

Voici donc le contexte humain dans lequel Jésus est né et a vécu : une humanité marquée dans l’enfance par la violence, conditionnée à la violence et inconsciente de ses effets nocifs, notamment sur le plan idéologique et même théologique. Un des proverbes bibliques qui ordonnent aux pères de battre leurs enfants donne la raison de la nécessité de ce traitement : La folie est ancrée au coeur de l’enfant, le fouet bien appliqué l’en délivre (Proverbes, 22, 15). Autrement dit, la nature humaine est mauvaise. Il faut la corriger par la violence pour l’améliorer. Et quand on veut parler de Dieu, comment le représente-t-on ? A l’image d’un père terrestre, c’est-à-dire un père qui aime mais qui châtie. Et c’est même parce qu’il nous châtie qu’on voit que nous ne sommes pas des bâtards, dira l’auteur de la Lettre aux Hébreux (12, 7-8).

C’est donc dans ce contexte comportemental et idéologique que Jésus a prononcé ses stupéfiantes paroles sur les enfants. Des paroles uniques : jamais personne, jamais aucun fondateur de religion, jamais aucun philosophe n’en avait prononcé de semblables. Et des paroles tout simplement impensables dans de telles sociétés parce que des hommes qui, lorsqu’ils étaient enfants, ont été battus par leurs parents dont ils étaient entièrement dépendants et auxquels ils étaient viscéralement attachés, ne peuvent que considérer qu’on les a traités ainsi pour leur bien et qu’ils le méritaient par leur mauvaise nature.

Que dit Jésus ?
- qu’il faut accueillir l’enfant comme Dieu lui-même (Luc, 9, 46-48);
- qu’il ne faut mépriser aucun de ces petits (Matthieu, 18, 6);
- que leurs anges sont constamment en présence du Père (Matthieu, 18, 6) ;
- et surtout que « le Royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemblent » (Matthieu, 19, 13-15) ; autrement dit que les enfants non seulement n’ont pas à être corrigés, redressés, mais doivent être considérés par les adultes comme des modèles, s’ils veulent accéder à la vie éternelle.
- mais aussi que si quelqu’un scandalise, c’est-à-dire fait trébucher, pervertit un seul de ses petits, il vaudrait mieux pour lui qu’on le noie avec une meule de moulin autour du cou (Marc, 9, 42) ;

Ces paroles expriment deux convictions majeures :
- confiance dans la nature humaine à sa source ; Jésus porte sur les enfants le même regard qu’il porte sur les lis des champs ;
- conscience de la capacité des adultes à « scandaliser » les enfants, à les pervertir radicalement.

Bien sûr, Jésus ne dit pas explicitement : « Ne battez pas les enfants », mais ses recommandations concernant les enfants sont radicalement incompatibles avec le fait de leur donner des coups de bâton. Jésus n’a pas dit non plus explicitement qu’il ne fallait pas lapider les femmes adultères. Mais la réponse qu’il fait à ceux qui l’interrogent : « Que celui qui est sans péché jette la première pierre » dynamite cet usage. De même les paroles de Jésus sur les enfants auraient dû dynamiter l’usage de les battre.

Malheureusement, cela n’a pas été le cas. Les sociétés chrétiennes ont été aussi violentes à l’égard des enfants que l’étaient les sociétés anciennes, et cela jusqu’à nos jours dans les pays les plus fortement marqués par l’influence des Eglises. Elles ont pratiqué et recommandé la violence éducative. Et lorsque, à partir de la fin du XVIIIe siècle, certains Etats, sous l’influence de la philosophie des Lumières, ont voulu interdire les punitions corporelles dans les écoles, les Eglises chrétiennes ont freiné des quatre fers et ont continué à pratiquer dans leurs écoles des châtiments d’une incroyable violence et à encourager l’usage des punitions corporelles aux parents. Aujourd’hui encore, la dernière édition du Catéchisme de l’Eglise catholique qui date de 1992 cite dans ses conseils aux parents, le proverbe biblique :  » Qui aime son fils lui prodigue des verges, qui corrige son fils en tirera profit  » (Si 30, 1-2).

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les sociétés chrétiennes n’aient pas été meilleures et qu’elles aient été parfois pires que celles auxquelles elles succédaient. Quand on enseigne le catéchisme aux enfants en les battant comme plâtre et en les faisant vivre dans la terreur et la soumission, il ne faut pas s’étonner si ce qu’ils en retiennent c’est davantage l’habitude de donner des coups, d’opprimer les autres ou de se soumettre à la violence et donc de la cautionner, que de pratiquer la bienveillance et la tolérance à l’égard d’autrui et de ne pas supporter l’injustice.

Mais pourquoi ces paroles n’ont-elles pas été comprises comme elles l’auraient dû ? Pour une raison très simple : c’est parce que les disciples de Jésus et les théologiens qui leur ont succédé avaient été battus eux-mêmes par leurs parents et que leur attachement viscéral à leurs parents auquel s’ajoutait le devoir religieux de les honorer leur rendait impensable toute remise en question des corrections qu’on leur avait infligées pour leur bien. Ces paroles étaient tellement inouïes qu’elles ont été inaudibles. Un bon nombre de pères de l’Eglise se sont demandé ce que Jésus avait voulu dire lorsqu’il a parlé des enfants. Ils en ont en général retenu l’idée de l’humilité et de l’obéissance. Mais jamais l’idée d’un changement de conduite nécessaire à l’égard des enfants.

Il ne m’est pas possible, faute de temps de retracer l’histoire de l’évolution des esprits à l’égard de la violence éducative depuis les premiers siècles de l’histoire de l’Eglise jusqu’à nos jours. Je n’en retiendrai donc que trois étapes décisives.

La première est catastrophique, c’est l’étape de saint Augustin. Ses Confessions nous apprennent que saint Augustin a été battu comme plâtre par ses maîtres. Il a écrit plus tard dans La Cité de Dieu : « Qui n’aurait horreur de recommencer son enfance et n’aimerait mieux mourir ? » Quand il s’en plaignait à ses parents, ceux-ci se moquaient de lui. Avec ce passé et le souvenir qu’il en avait, il aurait pu être celui qui aurait enfin dénoncé cette violence faite aux enfants. Malheureusement, il a été celui qui l’a encore aggravée et justifiée. En effet, après avoir dit ce qu’il a souffert, il nous dit que malgré tout, les violences qu’il a subies lui ont permis d’apprendre à lire et donc à lire les Evangiles et à connaître le Christ. Ce mal, les punitions qu’il a reçues, étaient en réalité un bien. Et quand il s’interroge sur le sens de la plus forte des paroles de Jésus : « Le Royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemblent », il n’hésite pas à prendre le contrepied de ce qu’a dit Jésus. Il s’exclame : « C’est cela l’innocence enfantine ? Oh ! non, Seigneur mon Dieu, de grâce, non !Un symbole d’humilité en la taille des enfants, tel fut donc, ô notre Roi, ce que tu as garanti, quand tu as dit : « A leurs pareils le Royaume des Cieux ! » Et en parlant d’un nourrisson : « Si petit et déjà si grand pécheur ! ». Mais, vous le savez, il ne s’est pas arrêté là, et c’est lui qui a imposé dans l’Eglise le dogme du péché originel qui fait des enfants des coupables avant même leur naissance, c’est-à-dire qui donne une raison de plus de se méfier de leur nature et de les battre. La doctrine du péché originel a verrouillé les esprits et interdit pendant plus de dix siècles, jusqu’à la Renaissance, la remise en question de la violence éducative sur les enfants.
La grande étape dans la prise de conscience de la nocivité des punitions corporelles, c’est la Renaissance et l’apparition de trois grands esprits : Erasme, Rabelais et Montaigne. Erasme est sans doute celui qui est allé le plus loin dans la dénonciation des châtiments corporels. Mais ce qui est significatif c’est que ces trois auteurs ont été mis à l’Index par l’Eglise catholique et vilipendés par les réformateurs, Luther et Calvin.

L’étape suivante, c’est Maria Montessori qui, en plus d’être une grande pédagogue qui a renouvelé profondément les méthodes d’éducation, a été la première à comprendre le sens profond des paroles de Jésus sur les enfants au point de présenter l’enfant comme un Messie.

Je crois qu’il faut que nous comprenions que les paroles de Jésus sur les enfants sont vraiment la pierre angulaire de tout son enseignement puisqu’elles concernent la base même de la formation de l’humanité, les années décisives où toutes capacités innées des enfants peuvent se déployer pour en faire des êtres humains vraiment humains au sens le plus positif du terme. Je crois que la notion de péché originel  est littéralement toxique. Il n’en faut retenir que l’idée de vulnérabilité extrême des enfants, qui n’a absolument rien à voir avec celle de péché, et la remplacer par la notion de grâce originelle.

L’histoire de la chrétienté aurait certainement été très différente si l’on avait pris au sérieux dans toutes leurs implications les paroles de Jésus sur les enfants et si l’Eglise avait été faite d’hommes et de femmes dont l’humanité avait été respectée. Elle aurait été beaucoup moins complice des pouvoirs violents et oppressifs. Elle aurait été beaucoup plus proche des plus pauvres et elle ne leur aurait pas inculqué une idéologie de soumission à la violence et aux pouvoirs tyranniques. En respectant les enfants, elle aurait favorisé le développement d’une humanité plus intelligente, plus imaginative et plus créatrice, mais qui aurait mis au premier plan, non pas les dogmes et les rites mais la bienveillance et le respect d’autrui qui sont directement connectés aux bases neurobiologiques de notre affectivité.

Enfin, remettre en question la part de violence dans l’éducation que nous avons presque tous subie, c’est une occasion de rejoindre en nous l’enfant totalement innocent que nous avons tous été, de retrouver l’amour de nous mêmes, ce même amour qui loin d’être égoïsme est la mesure même, selon l’Évangile, de l’amour des autres et de l’amour de Dieu, ce que Jésus appelle « la Loi et les Prophètes » :  Aimer les autres et aimer Dieu comme soi-même.

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Lettre à Jean-Claude Guillebaud

Cher Monsieur,

Je lis avec retard votre Bloc-notes du 29 juillet 2010 dans La Vie.

Vous y soutenez une thèse qui me surprend une fois de plus (car je vous ai déjà écrit à ce sujet).

Vous écrivez que “la violence est une énigme anthropologique”. Je suppose que l’adjectif “anthropologique” renvoie au fait qu’elle atteint dans l’espèce humaine un degré que n’atteint aucune espèce animale. Mais dire qu’elle est “une énigme”, c’est ne pas tenir compte de la manière dont, depuis des millénaires, sont “élevés” (si l’on peut dire !) les enfants.

Depuis des millénaires, en effet, on considère comme normal de les battre pour les faire obéir, et souvent de les traiter avec mépris. Ceux que vous appelez des “voyous” qui ont tiré à balles réelles sur des policiers sont très vraisemblablement des jeunes issus de familles elles-mêmes originaires de régions du monde où la violence éducative est encore au niveau qu’elle atteignait couramment chez nous jusqu’au XIXe siècle environ : bastonnades, coups de ceinture et autres châtiments à la fois cruels et humiliants. Et ces violences ont été subies par ces enfants durant toute les années où leur cerveau se formait. Leur effet est ravageur : perversion de l’attachement, perte de la capacité d’empathie, mimétisme de la violence subie, volonté de dominer ou tendance à se soumettre à des leaders violents.

Il n’y a là rien d’énigmatique. Les études les plus récentes sur les comportements violents des jeunes montrent que les éléments les plus déterminants de ces comportements ne sont pas des causes socio-économiques, mais bien des facteurs psycho-affectifs, dont les relations parents-enfants.

Et cette violence infligée aux enfants, souvent dès les premiers mois de leur vie, non pas par des parents maltraitants mais par des parents qui croient bien faire parce qu’ils ont été élevés de la même manière par leurs propres parents, ne peut pas être assimilée aux autres violences. Car c’est elle qui détruit dès le départ dans le corps et dans le psychisme des enfants les capacités relationnelles innées avec lesquelles ils viennent au monde comme tous les animaux sociaux, capacités qui, respectées, sont la source des plus grandes qualités humaines.

Connaissez-vous les résultats de l’enquête réalisée par deux Américains, Samuel et Pearl Oliner, sur l’éducation reçue par les “Justes” ? Ils ont pu en interroger plus de 400. Or, les réponses les plus fréquentes qu’ils ont données ont été les suivantes :

  • ils ont eu des parents affectueux
  • des parents qui leur ont appris l’altruisme
  • des parents qui leur ont fait confiance
  • une éducation non autoritaire et non répressive.

Les deux premiers points n’ont rien de très exceptionnel et ne peuvent pas suffire à expliquer le comportement d’altruisme des Justes. Mais les deux suivants reflètent une attitude éducative beaucoup moins fréquente, sinon rarissime, surtout à l’époque où les Justes ont vécu leur enfance et où l’éducation était le plus souvent brutale.

Cet exemple montre bien que des enfants dont l’intégrité a été respectée par des parents qui répondaient à leurs besoins d’affection et de modèles structurants peuvent développer les plus grandes qualités humaines et les pratiquer de façon naturelle et nullement, c’est encore ce que montrait l’enquête, par esprit de sacrifice. Il montre aussi que, n’en déplaise à Thérèse de Lisieux que vous citez : “Nous ne sommes pas tous capables de tout”. Quand on a eu une enfance respectée, on est très peu porté à faire violence aux autres. Inversement, la violence subie fait que la violence agie ou la soumission à la violence va de soi.

J’ai aussi été très surpris de vous voir affirmer que “Nos sociétés libérales et ouvertes ont plus de mal que les autres à contenir la violence”. Comment pouvez-vous affirmer cela alors que vous savez certainement, tous les historiens et sociologues en témoignent, que le niveau de la violence dans notre société est très inférieur à celui qu’il était dans les siècles antérieurs ou dans les sociétés autoritaires ? Et pour ma part, je suis convaincu, comme Emmanuel Todd l’avait d’ailleurs montré dès 1979 dans son livre Le Fou et le prolétaire, que la violence des sociétés était proportionnelle à la violence des modes d’éducation qui y sont pratiqués. Dans la France actuelle, le niveau moyen de la violence éducative a considérablement baissé même si le pourcentage de parents qui utilisent claques et fessées est encore important. Mais dans les sociétés où la violence éducative est restée au même niveau qu’elle atteignait chez nous aux XVIIIe et XIXe siècles, la violence apparaît à un fort pourcentage d’adultes comme un moyen normal de résoudre les conflits et la moindre émeute peut tourner au massacre comme c’était le cas chez nous au XIXe siècle.

Je me permets de vous recommander la lecture de mon livre « Oui, la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative la pervertit depuis des millénaires” (Laffont, 2009). J’y ai montré comment la violence éducative a agi profondément non seulement sur les corps et les esprits mais aussi sur la culture, les religions et surtout le manière dont nous concevons la nature humaine.

Bien cordialement.

Olivier Maurel, le 29 octobre 2011

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Lettre à Sandrine Garcia

Madame,

Je suis un de ces “entrepreneurs de morale” dont vous ne parlez pas avec beaucoup d’aménité dans votre livre Mères sous influence. Pire, je suis le fondateur de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire que vous mentionnez deux ou trois fois. Et pire encore, j’ai été effectivement très marqué par la lecture des livres d’Alice Miller. Dernière circonstance aggravante : j’ai écrit trois livres sur la violence éducative !

J’ai lu votre livre, Mères sous influence, avec intérêt, bien qu’avec quelque irritation parfois, vous vous en doutez, surtout dans sa seconde partie qui concerne davantage mes centres d’intérêt et mes recherches.

J’essaierai de résumer les accusations que vous portez contre le courant issu des travaux d’Alice Miller et d’y répondre au fur et à mesure :

1. Nous pratiquons un “ethnocentrisme de classe” en diffusant des pratiques éducatives propres aux classes moyennes et en disqualifiant du même coup les classes populaires sur lesquelles nous tendons à établir une “police des familles”.

Il me semble que, sur ce point, votre livre, écrit d’un point de vue sociologique, manque passablement de perspective historique. Car existe-t-il un seul mouvement historique important allant dans le sens de la reconnaissance des droits de la personne qui n’ait pas eu sa source dans des milieux sociaux qui d’une part avaient accès au savoir, d’autre part, contrairement aux classes dominantes, n’avaient aucun intérêt particulier à conserver l’ordre établi ? Les idées des Lumières à l’origine de la Déclaration des droits de l’homme sont nées dans la bourgeoisie et chez certains aristocrates.

Classes moyennes signifie classes relativement instruites et capables de diffuser les idées fondées sur les savoirs nouveaux de leur temps et allant donc nécessairement à contre-courant de l’opinion publique marquée par la tradition et peu informée. Les premières suffragettes dont l’action a abouti au droit de vote des femmes, étaient elles aussi issues de la classe moyenne, et même de sa partie la plus instruite.

Croyez-vous que les pays africains où se pratique l’excision parviendront à se débarrasser de cet usage sans l’action de personnes issues des classes les plus instruites et les plus conscientes de ces pays ? Ou bien pensez-vous que les Africaines qui luttent contre l’excision cherchent aussi à « disqualifier les pratiques des classes populaires » ?

Si le mouvement en faveur des droits de la personne ne vient pas des classes populaires, ce n’est pas dû à une infériorité de ces classes, mais au fait que les traditions ont un immense pouvoir sur notre esprit, ce qui explique la durée plurimillénaire de l’esclavage, de la violence exercée sur les femmes, des sacrifices humains, de l’excision, et de multiples usages qui ne tiennent que par tradition.

Pour se dégager d’une tradition très ancienne transmise de génération en génération, comme celle des punitions corporelles, il faut avoir eu accès à un minimum de connaissances, ce qui, malheureusement, est rarement le cas dans les classes populaires, et avoir été capable de remettre en question le mode d’éducation que l’on a subi de ses parents, ce qui est encore plus difficile.

Bref, il me semble un peu léger de stigmatiser des idées sous le prétexte qu’elles sont nées dans les classes moyennes.

D’autre part, si nous souhaitons effectivement une interdiction des punitions corporelles et humiliantes, ce n’est pas pour établir une “police des familles”. Nous souhaitons que cette interdiction ne soit inscrite que dans le Code civil et non dans le Code pénal où existent d’ailleurs déjà, sans que nous y soyons pour rien, des sanctions extrêmement sévères pour les coups et blessures, avec circonstances aggravantes lorsque les coups sont infligés par les parents.

2. Les pratiques éducatives que nous diffusons visent à moraliser les mères et à les réduire à leur fonction maternelle.

Il est vrai que c’est encore aujourd’hui sur les femmes que pèse le poids de l’éducation des enfants. Mais les choses évoluent et nous souhaitons qu’elles évoluent. De plus en plus de pères acceptent de partager les tâches d’éducation et nous souhaitons que le plus possible de mesures concrètes soient prises dans l’organisation du travail notamment pour que cette évolution s’accélère.

Il faut ajouter que le nombre d’enfants par couple diminuant, les tâches d’éducation occupent dans la durée de la vie, une place de plus en plus limitée et pourraient donc être plus facilement partagées à égalité entre les sexes.

3. En énonçant de nouvelles normes d’éducation, nous fabriquons de la déviance, puisque plus il y a de normes, plus il y a de déviances par rapport à ces normes.

Certes, quand aucune fâcheuse norme n’interdisait aux maris de battre leur femme, ils n’étaient pas déviants quand ils se le permettaient ! Heureuse époque ! La regrettez-vous ?

4. Nous dramatisons les pratiques éducatives populaires comme les tapes, gifles et fessées et les faisons entrer indûment dans la catégorie de la maltraitance.

Est-ce dramatiser la gifle que de la considérer comme une forme de violence conjugale ? Or, un enfant est encore plus vulnérable et fragile qu’une femme adulte. Pourquoi cette discrimination ? Parce que l’enfant ne comprend pas d’autre argument que les coups ? Alors, préconisons aussi la tape et la gifle pour les personnes atteintes d’un handicap mental ou pour les personnes âgées atteintes d’un alzheimer et qui refusent de faire ce qu’on leur demande. Car l’origine de la difficulté est la même : problème d’âge (très jeunes dans un cas, très vieux dans l’autre) et d’état du cerveau (immaturité dans un cas et dégradation dans l’autre).

5. Nous rejetons la résilience qui, elle, relativise le statut de victime et propose une perspective dynamique.

Ce n’est pas la résilience que nous remettons en question, mais l’importance que lui attribuent ceux qui la présentent comme la panacée. En effet, pour la juger, il faut distinguer les cas de maltraitance reconnue dans une société donnée et les cas de violence éducative tolérée.

Dans le premier cas, les enfants maltraités ont toutes les chances de trouver autour d’eux des personnes (voisins, autres membres de la famille, voire assistantes sociales, juges, policiers) qui leur feront comprendre que ce qu’ils ont subi n’est pas normal. Ayant effectué cette prise de conscience, ils courent moins de risques de reproduire ce qu’ils ont subi.

Mais un enfant qui est seulement victime de violence éducative tolérée dans la société où il vit (qu’il s’agisse de la gifle, de la fessée ou de la bastonnade) ne trouvera sans doute autour de lui que des personnes qui lui diront qu’on a bien eu raison de le frapper puisqu’il a eu tel ou tel comportement répréhensible. Et donc, il reproduira sans état d’âme ce qu’il a subi sans se poser d’autres questions.

C’est la raison pour laquelle l’usage des punitions corporelles dure depuis environ cinq millénaires malgré les convictions bien établies des adeptes de la résilience qui prétendent que seuls 20% des individus reproduisent ce qu’ils ont subi. Si c’était exact, il y a beau temps que plus personne ne frapperait les enfants. Mais les adeptes de la résilience acceptent très mal de reconnaître une exception si monumentale aux bienfaits de la résilience.

Quant à la “perspective dynamique” dont vous marquez avec raison la nécessité, nous en sommes aussi convaincus, mais ne voulons pas l’établir sur une croyance illusoire. La répétition de ce qu’on a subi n’est pas automatique, mais c’est presque la règle quand il s’agit de la violence éducative tolérée dans la société où l’on vit.

6. Nous faisons de la morale en croyant faire de la science.

Les connaissances concernant le développement du cerveau ont extraordinairement progressé durant les dernières décennies. Les découvertes concernant l’importance de l’attachement, concernant les neurones miroirs et l’imitation, les enquêtes multiples effectuées sur les effets des punitions corporelles sur la santé physique et mentale, ne laissent plus de doutes sur les effets nocifs des punitions corporelles et humiliantes. Bien sûr, chacun est libre de refuser de s’informer sur ces apports de la science. Mais c’est un peu dommage quand on est soi-même une scientifique.

7 Nous devrions remplacer une stratégie de dénonciation par une compréhension des conditions sociales, économiques et culturelles favorisant les comportements familiaux que nous jugeons déviants.

Contrairement à ce que vous semblez supposer, l’usage des punitions corporelles n’est pas du tout le propre des classes populaires. Depuis des millénaires, les punitions corporelles sont le moyen d’éducation le plus employé à tous les niveaux de la société. De multiples proverbes les ont préconisées sur tous les continents et tous les enfants les subissaient quel que soit leur milieu d’origine, de la part de leurs parents et de leurs maîtres. Ce ne sont pas les “conditions sociales, économiques et culturelles” qui favorisent cet usage, c’est le fait d’y avoir été soumis ou non dans son enfance, qu’on soit fils de roi (voir l’éducation du petit Louis XIII par Henri IV) ou fils d’ouvrier ou de paysan.

Ceci dit, il est exact que depuis un siècle et demi environ, l’intensité des punitions corporelles a sensiblement baissé dans un bon nombre de pays industrialisés dont la France (sans toutefois que le pourcentage de parents qui les utilisent ait beaucoup diminué) et, bien sûr, le mouvement a commencé d’abord dans les classes moyennes qui lisaient les livres de puériculture, et s’est étendu progressivement aux classes populaires.

Mais à la fin du siècle dernier, sont arrivées en France des familles originaires de régions du monde où le niveau de la violence éducative était resté le même que celui où on en était en France aux XVIIIe et XIXe siècles, c’est-à-dire au niveau de la bastonnade et de la flagellation. Le travail de sensibilisation est donc à poursuivre et à intensifier, non pas pour répandre “l’idéologie des classes moyennes”, mais parce que les besoins fondamentaux des enfants de ces familles sont les mêmes que ceux des enfants des classes moyennes et que les effets des punitions corporelles sur leurs comportements innés sont les mêmes que sur les enfants des familles françaises.

8. Alice Miller et nous serions “rousseauistes”.

Si vous aviez vraiment lu Alice Miller au lieu de vous contenter de parcourir son site, vous sauriez qu’elle a dénoncé dans plusieurs de ses livres les manipulations recommandées par Rousseau dans Émile. Vous pourrez lire d’ailleurs bientôt sur notre site une analyse très détaillée de l’attitude de Rousseau par rapport à la violence éducative.

 

Dernier point : Je ne comprends pas très bien comment sont compatibles avec vos critiques deux de vos remarques, l’une sur la démonstration par Philippe Ariès du mouvement historique de fond dans le sens de la valeur accordée à l’enfant (p. 375), et l’autre sur l’amélioration des conditions d’accueil des enfants dans les institutions, amélioration due à l’action des psychanalystes (pp. 214 et 274).

Le mouvement que nous représentons n’est rien d’autre que le prolongement des deux tendances ci-dessus. Trouvez-vous vraiment suffisantes dans le monde actuel la valeur accordée à l’enfant et les conditions d’accueil dans les institutions et dans les familles ? Si oui, je vous recommande la lecture du livre d’Anne Tursz, Les Oubliés, qui montre, à partir d’une enquête extrêmement rigoureuse combien les mesures de protection des enfants sont encore scandaleusement insuffisantes.

Il m’est arrivé dans cette lettre de vous répondre de façon un peu ironique. Mais reconnaissez que vous ne nous ménagez pas non plus. Croyez cependant que je souhaite sincèrement un dialogue entre nous, ne serait-ce que pour savoir si j’ai mal interprété votre pensée ou si certains de ses aspects m’ont échappé. Peut-être retireriez vous vous-même de ce dialogue un approfondissement de vos propres convictions.

Bien cordialement malgré nos différends.

Olivier Maurel

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Graines de non-violence – Abd-El-Kader : éloge de la tolérance

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Abd-El-Kader : éloge de la tolérance

Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, je parlerai d’un guerrier, d’un guerrier qui fut aussi un philosophe et un mystique de l’islam. Il s’agit d’Abd el-Kader. Il a longtemps combattu contre les troupes françaises au moment où elles conquéraient l’Algérie puis, fait prisonnier, il est resté cinq ans en captivité en France jusqu’à ce que Napoléon III le fasse libérer après lui avoir fait prêter serment de ne plus prendre les armes contre la France. Parti s’installer à Damas, il y a enseigné la religion et la philosophie. Lorsque des troubles et des persécutions ont éclaté contre les Chrétiens de Syrie, en juillet 1860, il s’est interposé au risque de sa vie pour prendre leur défense. Il a pu ainsi sauver la vie des Chrétiens venus en grand nombre se réfugier dans le quartier de Damas où il habitait, ce qui lui a valu d’être félicité, aussi bien par le Pape que par le Tsar de Russie.
Mais Abd el-Kader était aussi un poète et un homme d’une grande tolérance. Si j’ai choisi d’en parler, c’est que j’ai trouvé un poème de lui où il exprime non seulement sa tolérance, mais sa participation aux aspirations de tous les hommes de toutes les religions, et même, apparemment, des hommes sans religion :

En “Moi” sont les attentes de l’humanité,
Celui qui veut une mosquée
Où prier avec ferveur son Seigneur,
Celui qui veut une synagogue, un clocher et un crucifix,
Ou la Kaaba pour embrasser la pierre,
Ou des fétiches, ou des idoles
Celui qui veut une retraite pour s’isoler
Ou une taverne pour faire l’éloge des belles…

Abd el-Kader

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Graines de non-violence – Barak Obama (suite)

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Barak Obama (suite)

Dans son discours pour le Prix Nobel de la Paix, Barak Obama, après avoir fait l’éloge de la non-violence, a voulu défendre son engagement dans les guerres d’Irak et d’Afghanistan.
Il a poursuivi : “Dire que la guerre est parfois nécessaire n’est pas un appel au cynisme, c’est la reconnaissance de l’histoire, des imperfections de l’homme et des limites de la raison.” Mais comment peut-on justifier ainsi la nécessité de la guerre quand non seulement on n’a pas exploré toutes les possibilités de l’éviter, mais aussi quand les autorités américaines ont justifié la guerre d’Irak par l’existence dans ce pays d’armes de destruction massive dont ils savaient qu’elles ne s’y trouvaient pas. Il est trop facile d’attribuer cela aux “imperfections de l’homme et aux limites de la raison” !
Malheureusement, il faut reconnaître, comme le dit le Mouvement Internationale de la Réconciliation auquel a appartenu Martin Luther King, “qu’en envoyant de nouveaux renforts en Afghanistan, Barak Obama est en train de s’enferrer dans une politique d’intervention militaire qui est une impasse et dont la population afghane est la principale victime”.
“Les réponses militaires, poursuit le Mouvement de la Réconciliation, ne sont pas la solution, elles sont le problème. Ce problème, c’est l’impuissance des nations, notamment si elles sont puissantes militairement à réagir autrement que par la violence quand elles sont confrontées à la violence. Interrogeons-nous sur les causes de cette impuissance et cherchons de véritables moyens de paix”.

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Graines de non-violence – Barak Obama (suite)

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Barak Obama (suite)

Dans son discours de réception du Prix Nobel de la paix, Barak Obama a fait un bel éloge de la non-violence, mais malheureusement, et très probablement à son corps défendant, il a été amené à justifier les guerres qu’il mène en Irak et en Afghanistan.
Après avoir rappelé que “le mal existe”, parole que j’ai déjà commentée, il a poursuivi en disant : “Ce n’est pas un mouvement non-violent qui aurait pu arrêter les armées de Hitler”. Parole qui semble évidente mais qui ne l’est pas tant que ça. Des mouvements et des actions très minoritaires ont été capables d’empêcher Hitler de réaliser un bon nombre de ses desseins. Si, dans l’entre-deux guerres, on avait développé autant d’énergie à développer une stratégie non-violente qu’à développer une stratégie armée, si notamment les pays européens avaient soutenu activement les mouvements pacifiques d’opposition à Hitler en Allemagne même, il n’est pas impossible que Hitler ait été incapable de réaliser ses projets.
“Aucune négociation, a poursuivi Barak Obama, ne saurait convaincre les chefs d’Al-Qaida de déposer leurs armes.” Sans doute, mais rappelons-nous que c’est précisément en développant une stratégie armée en Afghanistan, à l’époque de son occupation par les Russes, que les Américains ont massivement soutenu les guérillas afghanes, dont celle menée par Oussama Ben Laden. Là encore, en voulant lutter par les armes contre le mal “qui existe” comme le dit Barak Obama, les Américains, en réalité, ont favorisé l’émergence d’un mal plus grand.

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Graines de non-violence – Barak Obama, Prix Nobel de la Paix

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Barak Obama, Prix Nobel de la Paix

Dans son discours de réception du Prix Nobel de la paix, le 10 décembre 2009, le président Barack Obama a cité à plusieurs reprises Gandhi et Martin Luther King.
Il a rappelé notamment ce qu’il devait à la lutte de ce dernier pour les droits civiques aux Etats-Unis : “Moi qui me trouve ici en conséquence directe de l’oeuvre de Martin Luther King, je suis la preuve vivante de la force morale de la non-violence. Je sais qu’il n’y a rien de faible, rien de passif, rien de naïf, dans le credo et dans la vie de Gandhi et de Martin Luther King.” Voilà qui fait du bien à entendre de la part du chef de l’Etat le plus puissant du monde.
Mais il était bien conscient du caractère paradoxal de la décision du jury du Nobel de lui accorder ce prix, lui qui mène une double guerre, en Irak et en Afghanistan. Et il y avait quelque chose de pathétique dans la manière dont il défendait sa position : “En ma qualité de chef d’Etat qui a juré de protéger et de défendre son pays, je ne puis me guider d’après leurs seuls exemples. Je suis confronté au monde tel qu’il est et ne puis rester passif face aux menaces qui pèsent sur le peuple américain.” Jusqu’ici, même si l’on a des convictions non-violentes, on peut le suivre.
Mais il poursuit : “Car ne vous leurrez pas : le mal existe dans le monde.” Là aussi, on ne peut qu’être d’accord, à condition qu’il n’utilise pas cet argument pour justifier la guerre. Car la guerre non seulement fait partie du mal, mais même est une de ses principales formes. Lutter contre le mal par le mal c’est accroître la quantité de mal dans le monde et non la réduire.

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Graines de non-violence – Enfants abusés dans des institutions religieuses (3)

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Enfants abusés dans des institutions religieuses (3)

À propos des affaires d’enfants abusés dans les institutions religieuses dont j’ai parlé dans mes dernières chroniques, je crois qu’on aurait tort d’incriminer le célibat des prêtres. Le fait d’abuser d’enfants a une autre source que le désir de relations sexuelles à égalité avec des partenaires adultes.
Abuser d’enfants, c’est le plus souvent reproduire une relation de pouvoir et d’abus, physique ou sexuel, qu’on a soi-même subie. Certaines des anciennes victimes s’identifient à leur abuseur et reproduisent son comportement, mais le désir sexuel n’est pas la cause essentielle de ce comportement.
Face à cette pression qui vient des violences subies dans l’enfance, les valeurs, la spiritualité, la foi, les prières peuvent s’avérer tout à fait impuissantes. Et cela d’autant plus que la pratique des punitions corporelles n’a jamais été clairement dénoncée dans l’Eglise. L’article 2223 du catéchisme actuel de l’Eglise catholique cite toujours le proverbe biblique : “Qui aime son fils lui prodigue des verges, qui corrige son fils en tirera profit”. Un tel proverbe, longtemps mis en pratique sans pitié par les pères naturels comme par les pères spirituels, est susceptible de pervertir non seulement parce qu’il préconise la violence, mais parce qu’il justifie aussi une relation de pouvoir. Or chez des êtres dont la sexualité a été pervertie par des abus, la relation de pouvoir violent facilite la pratique de l’abus.
Il serait temps que l’Eglise mette en pratique les paroles de Jésus qui nous demandent d’imiter les enfants non de les corriger.