Olivier Maurel

Écrivain militant – Non à la violence éducative !

By Olivier Maurel

Deuxième lettre ouverte à Emmanuel Jaffelin

Retrouvez la première lettre ici

Cher Monsieur,

Merci pour votre réponse. Dès que je l’ai reçue, j’ai commandé votre Apologie de la punition qui, grâce à la magie de la wifi m’est arrivée en une minute.

Après lecture dans la journée de votre livre, je suis d’accord avec vous : nous sommes moins ennemis que je ne le pensais. Ou plus exactement moins ennemis que vous ne pensiez que je le pensais. Car en fait je ne vous ai jamais considéré comme un ennemi, mais comme quelqu’un qui manquait d’information sur le sujet précis des punitions infligées aux enfants.

Oui, je suis d’accord avec vous sur une multitude de points. Quand vous écrivez par exemple :

  • qu’il faut « chercher une dynamique visant à remettre le fautif en mouvement vers lui-même en même temps que vers la société » ;
  • qu’il faut « ouvrir la société pour que l’humanité prenne une nouvelle respiration »
  • qu’ « il y a en l’homme une force et une ressource qui sont, la plupart du temps, aussi peu exploitables que le pétrole enfoui dans les entrailles de la terre » ;
  • qu’il s’agit de « réparer, recoudre, restaurer » ;
  • que mieux vaudrait une justice réparatrice
  • que le système carcéral actuel est inacceptable, etc.

Et je pourrais encore longtemps poursuivre l’énumération de mes points d’accord.

Même quand vous parlez des enfants et que vous suggérez les nombreuses formes que peut prendre ce que vous appelez la « punition » : discussion, confrontation avec la ou les personnes impliquées dans la faute, recommandation d’aller s’excuser, restitution de ce qui a été dérobé, réparer ce qui a été abîmé. Tout cela me paraît bel et bon, mais je ne vois pas la nécessité de concevoir tout cela comme une « punition ». On peut le concevoir, comme vous le dites très bien, comme une réparation de la relation. Et je ne vois surtout pas la nécessité de rendre cette réparation humiliante. On peut très bien expliquer à l’enfant que si c’était lui qui était victime de la faute en question, il serait sûrement heureux de voir l’auteur de cette faute venir s’excuser et réparer. Et la privation ne me paraît pas nécessaire non plus, sauf si elle fait partie de la réparation.

Vous reconnaissez dans une note que la remise en question de la fessée et de la gifle sur la base de ses conséquences neurologiques mérite considération. C’est cela qu’il vous faut approfondir. Si vous le faites, comme je vous y ai invité dans mon premier message, vous ne pourrez plus recommander à la légère, comme vous le faites actuellement la gifle et la fessée.

Vous dites que la gifle doit être infligée avec parcimonie, que si elle devient trop fréquente elle est un échec. Vous la voyez comme le résultat d’un simple mouvement d’humeur dans le « corps à corps » familial où elle doit alterner avec les caresses. Mais la gifle n’est pas qu’un mouvement d’humeur. Elle est la répétition des gifles qu’ont subies les parents eux-mêmes et qu’ils répètent par mimétisme. Nos cousins les grands singes ne giflent pas leurs petits. C’est chez nous un réflexe acquis. Dans les pays où l’on frappe les enfants à coups de bâton, c’est le coup de bâton que l’on juge être un simple mouvement d’humeur. De plus, le risque de la répétition fréquente est d’autant plus grand qu’à partir d’un certain âge, l’enfant peut répondre par le défi : « Même pas mal ! ».

Vous citez le cas de Anders Behring Breivik, le tueur norvégien, qui a dit avoir manqué de discipline. Mais si l’on en juge par l’attitude de son père qui a quitté sa mère alors que l’enfant n’avait que un an et qui lui a marqué de plus en plus d’indifférence jusqu’à ne plus le voir du tout à partir du moment où il a eu 16 ans, et à refuser de le revoir onze ans plus tard, quand il a eu 27 ans, c’est bien évidemment d’affection et d’attention qu’il a surtout manqué. Si sa mère n’a pas compensé, ou si elle l’a élevé avec rudesse, ou les deux, il n’est pas étonnant que Breivik soit devenu ce que l’on sait. Le manque d’attention est une des pires violences.

Vous écrivez : « L’absence de punition est un semis invisible de violence. » Ce qui sous-entend que moins on punit, plus il va y avoir de violences. Or, cette affirmation est totalement démentie par l’histoire. La société des siècles passés où l’on punissait beaucoup plus violemment les enfants qu’aujourd’hui était incomparablement plus violente. Les révolutions et les conflits politiques et sociaux en France y ont fait au XIXe siècle des milliers de morts. Au XXe, où la violence éducative a heureusement beaucoup baissé en intensité, les mêmes conflits (à l’exception des guerres internationales et coloniales), ont fait certes, trop de victimes, mais incomparablement moins qu’au XIXe où tous les adultes avaient acquis dès leur enfance un seuil très élevé d’intolérance à la violence. Exactement comme aujourd’hui dans les pays où l’on s’entre-massacre de façon épouvantable et où les enfants sont élevés comme on les élevait en France au XIXe siècle.

A voir les quelques allusions que vous y faites, vous semblez encore croire à la théorie des pulsions de Freud. Plus on approfondit la recherche sur le développement du cerveau et du comportement des enfants, plus on voit que cette théorie est complètement dépassée. Les pulsions de parricide, d’inceste et de mort sont des mythes. En réalité, les enfants, qui sont, comme vous le rappelez avec Aristote, des animaux sociaux, naissent avec des comportements innés qui sont tous relationnels : attachement, imitation, empathie, altruisme (regardez les expériences de Warneken sur internet). Ces comportements innés leur confèrent des prédispositions à vivre en harmonie avec leurs semblables. Si ces prédispositions sont convenablement cultivées par des parents réellement présents, affectueux et attentifs, elles se développent. Mais si on traite les enfants avec gifles et fessées, comme vous le recommandez, on pervertit ces prédispositions. L’enfant apprend qu’attachement et violence peuvent aller ensemble (bonjour la violence conjugale, voire le masochisme!), ses neurones miroirs enregistrent les gestes de violence de ses parents et le préparent à les reproduire sur plus faible que lui (à l’imitation du schéma adulte frappeur- enfant), sa capacité d’empathie peut être réduite, voir détruite par la nécessité de se blinder, et son altruisme naturel peut être découragé. Sans compter les effets sur sa santé physique et mentale par le biais du stress subi dans une situation où l’enfant ne peut ni fuir ni se défendre (cf. les expériences de Laborit).

Ce dont vous ne vous rendez pas compte, il me semble, c’est que vous vivez non pas dans un monde où les enfants sont majoritairement rois, mais dans un monde où, dans la majorité des pays, les enfants sont encore battus à coups de bâton et de fouet, et que quand les parents qui utilisent ces méthodes entendent vos propos, ils se disent : «Nous avons bien raison de ne pas suivre les conseils des Occidentaux, eux-mêmes en reviennent. Regardez ce philosophe si sympathique qui recommande de punir, d’humilier et de frapper les enfants. Ne changeons surtout pas nos méthodes ! »

Vous avez actuellement accès aux médias : je vous en prie, ne détruisez pas par des propos inconsidérés tout le travail que nous sommes quelques-uns à mener en permanence pour que les enfants soient traités partout avec le respect dont ils ont besoin. N’oubliez pas que lorsque vous vous exprimez à la radio ou à la télévision, on ne retrouve dans vos propos aucune des nuances que vous avez mises dans votre livre, notamment par exemple, sur les conséquences neurologiques de la gifle ou de la fessée, et que tout ce qu’on retient, c’est : giflons, fessons, punissons, humilions les enfants pour ne pas en faire des enfants rois ! Est-ce vraiment le résultat que vous voulez obtenir ?

Bien cordialement.

Olivier Maurel

By Olivier Maurel

Lettre à Emmanuel Jaffelin

Monsieur,

J’ai écouté hier votre interview sur France Culture et je viens de regarder la vidéo où vous faites l’apologie de la gifle. J’avais un préjugé favorable à votre égard à cause de votre Éloge de la gentillesse, mais votre Apologie de la punition me laisse beaucoup plus perplexe.

J’ai l’impression qu’à partir de la juste critique que vous faites du système carcéral, vous avez développé une théorie que vous avez appliquée aux punitions infligées aux enfants, mais sans être vraiment informé ni de ce qu’est la réalité de ces punitions, ni de leurs effets sur des personnalités et des corps en construction.

Quand vous déplorez que la société ait dépossédé les parents du pouvoir de punir, allez-vous jusqu’à regretter qu’elle les ait dépossédés du droit de les battre à coups de bâton ou de fouet comme cela s’est fait partout, sauf dans certaines sociétés de chasseurs cueilleurs, depuis probablement le néolithique, et comme cela continue à se faire dans la plupart des pays du monde ? Si vous n’acceptez que la gifle et la fessée à cause de leur innocuité supposée, détrompez-vous : de multiples études récentes ont montré que ces formes de violences ont de multiples effets sur la santé physique et mentale des enfants. Vous connaissez un de ces effets si vous avez lu les Confessions de Rousseau. Plusieurs lecteurs et lectrices de mes livres sur ce sujet m’ont assuré qu’il leur était arrivé exactement la même chose qu’à Rousseau. Et l’abondance des sites sado-masochistes sur internet permet de penser que ces cas ne sont pas isolés. Même si la fessée n’avait que cet effet nocif (or elle en a bien d’autres),en recommandant l’usage de la fessée aux  parents, vous les invitez tout simplement à jouer à la roulette russe avec la sexualité de leurs enfants. Ne pensez-vous pas que c’est une attitude un peu irresponsable ?

Votre éloge de l’humiliation me semble tout aussi irresponsable. Autant il est important d’expliquer clairement à un enfant que l’acte qu’il vient de commettre est inacceptable, autant il est inacceptable de l’humilier, lui, pour un acte dont, la première fois qu’il le commet, il n’est pas conscient de la portée. La distinction entre la condamnation de l’acte et celle de la personne est essentielle. Et elle le reste même s’il y a répétition de l’acte. Contrairement à ce que vous dites et à l’étymologie, humilier, ce n’est pas rendre humble, c’est faire perdre toute estime de soi, c’est briser le ressort qui permettrait un redressement, surtout chez un enfant.

Je vous invite à vous informer sérieusement sur ce qu’est réellement la violence éducative et sur ses conséquences. Vous trouverez toutes les informations nécessaires sur le site de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire, notamment dans sa rubrique Textes scientifiques.

Bien cordialement.

Olivier Maurel
Président de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire
http://0liviermaurel.free.fr

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Les chiens de Seligman et la violence éducative.

Article publié le 16 janvier 2014 sur ma page Facebook.

Les défenseurs des punitions corporelles les justifient parfois par la dureté de la vie : « Il faut bien y préparer les enfants », nous dit-on.

Les punitions corporelles seraient en quelques sorte un entraînement qui permettrait aux enfants de mieux affronter les épreuves de la vie. Mais ce n’est pas ainsi que fonctionnent les mammifères que nous sommes. Les expériences menées sur des chiens par le psychologue américain Martin Seligman, en 1976, et dont je n’ai parlé dans aucun de mes livres, ont montré au contraire qu’un animal puni perd une partie de son aptitude à réagir aux situations de stress. Ces expériences sont cruelles, mais du moment qu’elles ont été faites et qu’il est trop tard pour les empêcher, tant vaut-il au moins profiter de leur enseignement.

Seligman a soumis des chiens à des chocs électriques dans deux cages différentes : l’une dans laquelle le chien pouvait interrompre les chocs en appuyant sur un levier, l’autre qui n’offrait aucune possibilité d’action sur le circuit électrique. Placés ensuite dans une situation nouvelle où, enfermés également dans une cage, les deux chiens pouvaient facilement échapper aux chocs électriques en franchissant une cloison basse, ils ont réagi différemment.

Le premier chien qui avait pu échapper aux chocs électriques avait gardé intacte sa capacité à réagir à une situation dangereuse, et il a immédiatement franchi la cloison qui l’a mis à l’abri des chocs. Le second, qui avait appris son impuissance à maîtriser une situation potentiellement dangereuse, a subi passivement les chocs et n’a pas cherché à franchir la cloison. C’est ce qu’on a appelé l’impuissance apprise ou « learned helplessness ».

Il serait bon que tous les parents et tous les enseignants connaissent cette expérience. Les enfants soumis à des violences auxquelles ils ne peuvent pas échapper, puisqu’ils sont totalement dépendants de leurs parents, apprennent non seulement par leur intelligence mais aussi par leur corps, un comportement d’impuissance et de résignation à l’échec qui peut être dangereux.

Ainsi, l’expérience des punitions loin de préparer à affronter les difficultés de la vie, provoque au contraire une incapacité à réagir face à ces mêmes difficultés. Il est très probable que les violences verbales ou psychologiques, notamment les jugements dépréciatifs, agissent de la même façon sur le psychisme ; que la soumission à la violence conjugale prend sa source dans les mêmes expériences d’échec subies depuis la petite enfance sous les punitions des parents et que l’habitude de recevoir des fessées risque de rendre les enfants incapables de réagir de façon appropriée à un abus sexuel.

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Présentation de mes livres sur la violence éducative

Comme je crains qu’il reste encore, de par le monde, quelques personnes et même quelques malheureux parents qui n’ont pas lu mes livres sur la violence éducative, il me semble utile d’en faire une présentation résumée. Mais comme ce blog n’a pas l’air d’accepter les articles trop longs ou peut-être parce que je me débrouille mal avec lui, je publie (ou j’essaie de publier !!!) cette présentation en quatre épisodes.

[Note de l'administrateur : pour un soucis de clarté j'ai pris le parti de regrouper les quatre articles en un]

Épisode 1 : La Fessée, Questions sur la violence éducative

Le premier livre que j’ai écrit sur ce sujet est La Fessée, Questions sur la violence éducative.

Visuel du livre "La fessée : questions sur la violence éducative"

Les éditions La Plage avaient demandé à Alice Miller d’écrire un livre sur ce thème. Elle n’en avait pas le temps et, comme nous correspondions depuis quelques années, elle a jugé que j’étais capable de l’écrire. Je me suis donc lancé dans cette entreprise et le livre a paru en avril 2001. Il a tout de suite été bien accueilli par la presse et par les lecteurs. L’éditeur m’a demandé une réédition augmentée en 2004 et depuis il n’a pas cessé de se diffuser. Il doit en être à plus de 20 000 exemplaires vendus. Il a été traduit en anglais sur le site américain Nospank, et une édition en italien, sous le titre La Sculacciata doit paraître en mars 2013 aux éditions Leone verde. Si j’en crois tout le courrier que j’ai reçu, ce livre a été utile à beaucoup de parents et il a valu à pas mal d’enfants de ne jamais être frappés.

Le plus bel hommage qu’il ait reçu, celui de Swan Nguyen, auteur du livre Du prince Charmant à l’homme violent, Prévenir la violence conjugale (Ed; L’Esprit du temps, 2015) : C’est un petit livre, mais arrivé à la dernière page, on se sent grandi. »

Épisode 2 : Œdipe et Laïos

Le second de mes livres sur la violence éducative est une conséquence du premier. Un psychanalyste, Michel Pouquet, qui avait lu une interview de moi dans le quotidien Var-Matin, suite à la publication de La Fessée, a écrit au journal en critiquant mon point de vue. J’ai répondu à mon tour par le biais du journal, puis nous avons correspondu pendant un an. Nous nous sommes alors dit que notre dialogue pouvait intéresser d’autres personnes et nous l’avons publié aux éditions de L’Harmattan en 2003, sous le titre Œdipe et Laïos, Dialogue sur l’origine de la violence.

Visuel du livre "Oedipe et Laïos"

Michel Pouquet y défend la thèse de la psychanalyse lacanienne selon laquelle ce sont les pulsions déjà présentes chez l’enfant qui sont à l’origine de la violence humaine. J’y défends au contraire l’idée que toute violence commise a pour origine une violence ou un traumatisme quelconque subis dans l’enfance. Le dialogue est courtois, mais… assez animé !

Épisode 3 : Oui, la nature humaine est bonne !

En continuant à travailler sur la violence éducative qui est un sujet inépuisable, j’ai pris de plus en plus conscience que la violence éducative avait des conséquences non seulement sur les individus qui la subissaient, mais aussi sur les idées, les croyances, les religions, bref, la culture humaine entière.

J’ai été de plus en plus convaincu aussi que la violence éducative nous a persuadés depuis notre petite enfance que nous sommes mauvais, que notre nature est mauvaise. Si nos parents sont obligés de nous battre pour nous « corriger », c’est que nous sommes, comme le disait Kant, des « bois tordus » qu’il faut à tout prix « redresser ». J’ai donc exploré toutes ces conséquences et ça a donné un gros livre qui a paru en janvier 2009.

Visuel du livre "Oui, la nature humaine est bonne !"

Ce livre m’a valu une bonne critique de Nancy Huston dans le Monde des livres et beaucoup de sympathiques lettres de lecteurs, notamment de psychothérapeutes. Il a d’ailleurs été à l’origine de deux colloques organisés par la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse (FF2P).

Épisode 4 : La violence éducative : un trou noir dans les sciences humaines

Mais au cours de toutes les recherches que j’ai faites depuis l’édition de La Fessée, j’ai lu énormément de livres sur la violence humaine en général et je me suis aperçu que les auteurs de ces livres ne tenaient pratiquement jamais compte de la violence éducative subie dans leur enfance par la majorité des hommes et de l’influence qu’elle pouvait avoir sur leur comportement d’adultes en matière de violence et de soumission à la violence.

J’ai écrit aux auteurs de ces livres pour leur demander pourquoi ils n’avaient pas parlé de la violence éducative. Beaucoup ne m’ont pas répondu, mais certains m’ont dit qu’ils n’y avaient pas pensé, ce qui est assez étonnant quand on travaille pendant deux ou trois ans sur une livre censé aborder toutes les formes de violence.

Visuel de "La violence éducative : un trou noir dans les sciences humaines"

J’ai donc entrepris d’écrire un livre portant sur tous les ouvrages de sciences humaines (psychologie, psychanalyse, histoire, sociologie…) traitant de la violence humaine, publiés autour de l’année 2008. J’ai pu ainsi montrer que les effets de la violence éducative sont tels qu’ils agissent jusque sur l’esprit des intellectuels du plus haut niveau, et notamment sur l’esprit des plus médiatiques, ceux qui ont le plus d’influence sur l’opinion publique. Non seulement ils leur font oublier de parler de la violence éducative, mais, plus grave encore, ils leur font attribuer à la nature des enfants les comportements violents qui découlent en fait de la façon dont les enfants sont traités depuis leur plus jeune âge.

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Interview par Psy.be

Psy.be reçoit Olivier Maurel, auteur engagé dans la lutte contre les violences éducatives.

Une bonne fessée, une gifle méritée ? Olivier Maurel, père de cinq enfants, rappelle qu’en France, aujourd’hui encore, 84% des enfants sont frappés. Les violences éducatives ont des conséquences dramatiques sur le dévelopement de l’enfant. A lire d’urgence avant de lever la main !

Olivier Maurel, vous luttez depuis plusieurs années contre les violences éducatives mais pensez-vous vraiment que nous en sommes encore au moyen-âge en cette matière ?

Non, il y a eu une évolution sensible dans la plupart des pays européens dans le sens d’un adoucissement de la violence éducative. Une vingtaine de pays européens ont d’ailleurs interdit toute forme de punition corporelle depuis 1979 où la Suède a été la première à le faire. Mais dans un pays comme la France, d’une part les punitions corporelles n’ont pas été interdites, d’autre part il y a encore environ 80% des parents qui pratiquent la gifle et la fessée. Les évolutions sont toujours très lentes dans ce domaine. C’est au XVIe siècle que des personnalités comme Erasme, Montaigne et Rabelais ont commencé à contester les châtiments corporels et ont surtout commencé à être entendues. Mais il a fallu attendre la fin du XIXe siècle et le début du XXe pour qu’en France, on ne trouve plus normal de frapper les enfants à coups de ceinture ou de baguette. Et on frappe encore les enfants à coups de bâton dans beaucoup de pays du monde, ou on leur inflige d’autres punitions douloureuses et humiliantes.

Qu’entendez-vous au juste par violence éducative ?

J’entends par l’expression « violence éducative ordinaire » toutes les formes de violences, si légères soient-elles, qu’on inflige aux enfants dans un but éducatif, pour les faire obéir, les soumettre à l’autorité des parents, et qui sont considérées comme tolérables et peuvent même être préconisées par des proverbes (comme « Qui aime bien châtie bien »), ou des formules toutes faites :  » Une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne »). Font aussi partie de la violence éducative, les propos humiliants, les insultes, les jugements négatifs : « Tu es nul ! », ou prédictifs : « Tu feras le trottoir ! ». Ou encore la privation d’affection ou d’attention.

Le meilleur moyen de juger ce qu’on est parfois tenté de faire à un enfant est de se demander si on l’admettrait soi-même d’un supérieur hiérarchique ou, mieux encore, de quelqu’un que nous aimons et qui est censé nous aimer.

Quelles en sont les conséquences sur l’enfant ?

Elles sont multiples parce qu’elles font partie du lien vital qui nous unit à l’enfant, exactement comme le cordon ombilical unit le foetus à la mère qui le porte. Les effets de la violence se diffusent dans toute la personnalité de l’enfant et peuvent altérer sa santé physique, via les effets des hormones du stress, comme sa santé mentale (altération de la confiance en soi, de l’estime de soi), ainsi que son comportement futur. L’enfant est un imitateur-né : le frapper, c’est lui apprendre à frapper, et, dans ses relations futures, c’est lui apprendre qu’il est normal de résoudre les conflits par la violence. Ou bien, ce qui n’est pas mieux, lui donner l’habitude de se soumettre à la violence.

Pourtant de nombreux adultes défendent avec vigueur les fessées de leurs parents ? « J’ai été frappé et je ne m’en porte pas plus mal »

Oui, c’est là un des effets les plus délétères de la violence éducative. L’attachement vital que tout enfant a à l’égard de ses parents, de quelque façon qu’il en soit traité, fait que, sauf si nous avons des points de comparaison avec d’autres enfants traités différemment, nous sommes portés à interpréter en bien la façon dont nos parents nous traitent. Même la plupart des enfants qui ont été frappés à coups de bâton dans les sociétés où cet usage est courant considèrent qu’ils ont été « bien élevés » et que c’est grâce à cela qu’ils ne se sont pas drogués ou qu’ils ont fait des études.

Mais comme je l’ai dit plus haut, la première chose qu’un enfant apprend en étant frappé, c’est à considérer qu’il est normal de frapper les enfants. Pourtant, ceux qui pensent cela pensent aussi en général qu’on ne doit pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous fasse, et qu’il est lâche de la part d’un être grand et fort de frapper un être plus petit et sans défense. Alors, je me pose la question : considérer comme normal de frapper les enfants, est-ce vraiment « bien se porter » ?

Comment l’enfant victime de ces violences peut-il s’en sortir ?

Si l’on entend l’expression « s’en sortir » au sens de ne pas reproduire ce qu’on a subi, c’est le plus souvent grâce à la rencontre de quelqu’un qui, par son attitude, nous permet de comprendre que nous n’avons pas été traités normalement. Je conseille à ce sujet de lire ou relire le début du livre de Jules Vallès, L’Enfant, où il raconte que sa mère le battait tous les jours et qu’il a compris que ce n’était pas normal quand une voisine lui a manifesté de la compassion. Il s’est opposé ensuite aux punitions corporelles et il a dédicacé son livre « à tous ceux qui furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents ». Ce peut être aussi par identification à une victime de ces violences. Je pense aux enfants qui ont été maltraités et qui ne supportent pas de voir leur petit frère ou petite soeur traités comme ils l’ont été eux-mêmes.

Comment prévenir la violence sociétale ?

Même si, bien sûr, il y a d’autres facteurs qui jouent, je pense que réduire autant qu’il est possible la violence éducative est un des meilleurs moyens de réduire la violence générale dans la société, parce que la violence commise est en général proportionnelle à la violence subie. Au XIXe siècle, en France, où les punitions corporelles infligées aux enfants étaient encore du niveau de la bastonnade aussi bien à l’école qu’à la maison, les adultes qui avaient subi cela étaient habitués à un très haut niveau de violence et les émeutes, les conflits sociaux, les conflits civils (je ne parle pas des guerres internationales) pouvaient se terminer par des centaines, voire des milliers de morts (je donne les chiffres dans mon livre).

Par comparaison, les manifestations de Mai 68 (25 jours d’échauffourées) : 6 morts – de trop ! – mais rien de comparable aux massacres du XIXe siècle. Entre temps, la violence éducative avait beaucoup baissé d’intensité.

Mais aujourd’hui encore, dans les pays où elle est d’un niveau très élevé, les bilans des conflits internes peuvent être encore de centaines et de milliers de morts.

Quelles sont  les capacités relationnelles innées des enfants dont vous parlez dans votre livre ?

Ce sont les capacités relationnelles qui existent déjà chez tous les animaux sociaux dont nous faisons partie.

Les trois principales me semblent être :

- l’attachement par rapport à la mère puis aux autres personnes nourricières, qui, s’il est respecté et encouragé, peut s’élargir bien au-delà du cercle familial ;

-  l’imitation, par laquelle l’enfant apprend la majeure partie de ses comportements ;

- et l’empathie par laquelle il ressent ce que ressentent ses semblables à travers leurs comportements et leurs mimiques, et qui est la base de la compassion qui est elle-même le frein le plus efficace à la violence. L’empathie est aussi la base du principe le plus élémentaire de la morale : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse ».

Avec ces trois « compétences », si elles sont respectées par ceux qui ont la tâche de s’occuper de son éducation, l’enfant peut devenir un adulte à la fois autonome et altruiste.

Des expériences récentes ont montré que des bébés de dix-huit mois ont spontanément des comportements d’entraide et de consolation.

Un des principaux dangers de la violence éducative est qu’elle peut interférer avec ces capacités innées et les altérer. Quand on a mutilé un enfant de sa capacité naturelle de compassion en l’obligeant à se blinder pour ne pas trop souffrir, il est vain de s’étonner ensuite d’avoir du mal à lui enseigner la morale !

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Quand on essaie de répondre brièvement aux questions d’un interview, on risque de prêter à de multiples malentendus. J’invite donc les lecteurs de cette interview à ne pas hésiter à me faire part de leurs réactions positives ou négatives. Je leur répondrai.

Interview réalisée par Dimitri Haikin, Psychologue et Dircteur de www.psy.be, publiée le 26/07/2012

http://www.psy.be/divers/fr/interviews/interview-olivier-maurel.htm

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Interview : Le monde des religions

Les propos du Christ sur les enfants sont les plus révolutionnaires de l’Évangile

Interview de Sylvia Marty publiée le 29/04/2011, Le Monde des Religions

Pourquoi appelle-t-on cruauté le fait de frapper un animal, agression le fait de frapper un adulte et éducation le fait de frapper un enfant? Douze pays européens ont voté une loi interdisant toute violence éducative y compris la fessée, la gifle etc. En France le sujet agace ou au mieux prête à sourire. Rencontre avec Olivier Maurel, fondateur de l’observatoire sur la violence éducative ordinaire.

La correction comme moyen éducatif est transmis de génération en génération. Elle est ancrée dans notre culture et admise comme normale. La fondation pour l’enfance vient de lancer une campagne anti-gifle et fessée. Pourquoi parle-t-on de la maltraitance et laisse-t-on de côté la violence éducative ordinaire ?

Parce que le seuil de tolérance à la violence subie par les enfants de la part de leurs parents nous est en quelque sorte fixé par l’éducation que nous avons reçue. Ce que nous appelons maltraitance, c’est le niveau de violence que, dans notre société, on ne tolère plus, par exemple frapper un enfant à coups de bâton ou de ceinture. Mais des gifles ou des fessées, nous en avons presque tous reçu de la part de nos parents que nous aimions et nous avons donc été persuadés très tôt qu’il était normal de frapper les enfants de cette façon. Ceux qui ont subi des bastonnades dans les nombreuses sociétés où c’est la coutume (et c’était aussi la coutume chez nous jusqu’au XIXe siècle) trouvent aussi la bastonnade tout à fait normale et ne songent pas plus à la remettre en question que nous ne songeons à contester la gifle ou la fessée.

Quel fut l’élément déclencheur de votre prise de conscience sur la violence éducative ordinaire?

La lecture du livre C’est pour ton bien, d’Alice Miller. Je m’interrogeais sur la violence humaine depuis mon enfance où j’ai connu la guerre et les bombardements. Pourquoi les hommes s’entretuent-ils comme ils le font ? Or, Alice Miller montre que la plus grande partie de la violence humaine, y compris les violences collectives, sociales ou politiques, a pour origine les violences subies dans l’enfance: abus sexuels, abandon, manque d’amour et, beaucoup plus général, presque universel, l’emploi de la violence pour ‘corriger’ les enfants.

Pourquoi avoir fondé l’observatoire sur la violence éducative ordinaire?

J’ai fondé cet observatoire pour essayer de faire prendre conscience à l’opinion publique de l’importance quantitative et qualitative de la violence éducative, cette forme de violence que nous avons tendance à ne pas voir, à minimiser (on ne parle que de ‘petites tapes sur les couches’, de ‘petites tapes sur la main’…), à justifier, à considérer comme indispensable. Dans le livre que je suis en train de terminer, je montre que cette cécité sélective est poussée à un tel point que sur plus de cent auteurs, chercheurs, philosophes, psychanalystes, historiens qui ont écrit ces dernières années des livres dont le titre annonce qu’ils vont traiter de la violence, 90% d’entre eux ne disent pas un mot, vraiment pas un mot, de la violence éducative, et le plus souvent même pas de la maltraitance.

La fondation pour l’enfance vient de lancer une campagne anti-gifles et fessées. Qu’en pensez-vous?

J’en ai été très heureux. Et je suis allé participer mercredi à Paris au lancement de cette campagne. J’ai trouvé que le film était très intelligemment axé sur le fait que la violence éducative est un phénomène de reproduction de génération en génération, et il ne m’a pas paru culpabilisant pour les parents. Selon de récentes recherches, les coups reçus par les enfants provoquent des lésions et entravent leur développement .

Pouvez-vous nous expliquer de quelle manière?

Quand un enfant reçoit des coups, son organisme réagit comme réagit l’organisme de tous les mammifères face à une agression. Dès la perception de la menace ou du coup, il sécrète en quantité des hormones qu’on appelle hormones du stress qui sont destinées à lui permettre de fuir ou de se défendre. Ces hormones ont pour effet d’accélérer les battements du cœur pour envoyer davantage de sang dans les membres et rendre la fuite ou la défense plus efficace. De plus, par une sorte de principe d’économie d’énergie, l’organisme désactive toutes les fonctions qui ne sont pas indispensables à la fuite ou à la défense, par exemple la digestion, la croissance et le système immunitaire.

Si l’enfant peut fuir ou se défendre, au bout d’un moment, l’équilibre se rétablit dans le corps, les hormones du stress s’évacuent et les fonctions stoppées se remettent en activité. Mais un enfant frappé ne peut ni fuir ni se défendre. A ce moment-là, comme l’avait montré Alain Resnais dans son film Mon oncle d’Amérique, les hormones du stress deviennent toxiques et attaquent les organes, notamment le système digestif et certaines parties du cerveau. Elles détruisent les neurones. Et d’autre part, comme la violence éducative est souvent répétitive, le système immunitaire à force d’être désactivé et réactivé, est altéré dans son fonctionnement et ne défend plus aussi bien l’organisme. Les enfants sont souvent d’autant plus vulnérables aux maladies qu’ils ont été davantage frappés.

Dans Matthieu, 19:15, Jésus dit « si vous ne vous convertissez et ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. (…) Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspende à son cou une meule de moulin, et qu’on le jette au fond de la mer. » Pourquoi cette parole du Christ n’a-t-elle pas été comprise par les chrétiens?

Je n’hésite pas à dire que les propos du Christ sur les enfants sont les plus révolutionnaires de l’Evangile. Je ne leur connais aucun équivalent dans aucune religion. Ils sont pour moi une des preuves que Jésus n’était pas seulement un homme. Alice Miller pensait que s’il avait pu les prononcer, c’est qu’il avait été exceptionnellement aimé, protégé et respecté par ses parents, comme le disent d’ailleurs les Evangiles qui parlent de son enfance.Quand Jésus enfant fait ce que nous appellerions une fugue, et qui plus est une fugue de trois jours, pour discuter avec les prêtres dans le temple, non seulement ses parents ne le frappent pas, mais ils lui disent simplement leur incompréhension et leur angoisse.

Malheureusement, ces propos sur les enfants n’ont jamais été compris par les Eglises chrétiennes comme ils auraient dû l’être. Quand Jésus nous présente les enfants comme des modèles à suivre pour entrer au Royaume des cieux, il est évident qu’il ne nous les présente pas comme des êtres qu’il faudrait corriger, et à plus forte raison à coups de bâton! On ne corrige pas des modèles, on les suit, on les imite. Mais la société du temps de Jésus, comme la nôtre il y a peu, était une société où, pour suivre la douzaine de proverbes bibliques qui traitent de l’éducation, on battait les enfants pour faire sortir la « folie » qui était en eux (Proverbes, 22, 15: La folie est au cœur de l’enfant; le fouet bien appliqué l’en délivre.)

Les disciples de Jésus avaient donc été élevés de cette façon par des parents qu’ils respectaient plus que tout. Il leur était donc pratiquement impossible d’imaginer que les paroles de Jésus pouvaient s’appliquer à cette méthode d’éducation. De même, quand Jésus dit à propos de quelqu’un qui ‘scandalise’ un enfant : « Mieux vaudrait pour lui se voir passer une pierre à moudre et être précipité dans la mer que de scandaliser un seul de ces petits », il est évident que le fait de donner à un enfant l’exemple de la violence en le battant et, qui plus est, l’exemple de la violence d’un être fort sur l’être le plus faible et sans défense qui soit, est une façon de le scandaliser.

Mais les anciens enfants qu’étaient les apôtres éprouvaient certainement à l’égard de leurs parents un attachement si viscéral qu’il leur était impossible de comprendre le sens de ces paroles. Résultat: l’Eglise n’a jamais remis en question la façon traditionnelle d’élever les enfants à coups de bâton, que ce soit dans les familles ou dans les écoles, et les institutions religieuses ont souvent été des enfers pour les enfants. On en a eu encore récemment des exemples avec les établissements irlandais tenus par des religieuses qui battaient comme plâtre les jeunes filles qu’on leur confiait.

L’incompréhension des premiers chrétiens à l’égard des paroles de Jésus sur les enfants apparaît de façon évidente dans le premier livre des Confessions de saint Augustin. Il en arrive même à corriger à sa manière le sens de la phrase du Christ: « A leurs pareils le Royaume des cieux » qui, d’après lui, voudrait dire non pas que les enfants sont innocents, ce qui est quasi-incompréhensible pour des adultes qui trouvent normal d’avoir été battus, mais qu’ils sont humbles, au sens étymologiques du mot: proches de l’humus, de la terre. Je suis pour ma part convaincu que c’est l’incompréhension de ces paroles de Jésus qui a fait que le christianisme a été en échec face au problème de la violence. Prêcher l’amour du prochain ne signifiait plus rien, ne pouvait avoir aucune efficacité, quand, parallèlement, on élevait les unes après les autres les générations d’enfants de manière à les rendre viscéralement violents par le traitement qu’on leur faisait subir.

Et malheureusement l’Eglise jusqu’à présent n’a pas bougé d’un iota sur ce point. Le Catéchisme de l’Eglise catholique, approuvé par le Pape en 1992, dit ceci à propos des parents: « En sachant reconnaître devant eux leurs propres défauts, ils seront mieux à même de les guider et de les corriger. » Qui aime son fils lui prodigue des verges, qui corrige son fils en tirera profit  » (Si 30, 1-2).

Quelle est la position des différentes religions par rapport aux châtiments corporels infligés aux enfants?

La première religion qui ait de façon assez radicale remis en question les châtiments corporels est une religion issue de l’islam: la religion Bahaï, née en Iran au début du XIXe siècle, et dont le fondateur s’est opposé à la méthode utilisée couramment dans les écoles coraniques. Certains Quakers ont aussi dénoncé la pratique des punitions corporelles infligées aux enfants. Mais le plus souvent les religions chrétiennes ont au contraire refusé qu’on les interdise lorsque les Etats, à l’incitation du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, ont commencé à voter des lois d’interdiction.

Je crois que les méthodistes, aux Etats-Unis, ont pris position contre les punitions corporelles. Même chose pour le Conseil Œcuménique des Eglises (protestantes) en Afrique. Bizarrement, c’est dans la religion musulmane où pourtant la pratique des punitions corporelles est très intense, qu’on a vu des philosophes (par exemple Miskawayh, philosophe du Xe siècle, ou encore Ibn Khaldûn, historien du XIVe siècle) analyser avec le plus de perspicacité les effets nocifs des punitions corporelles.

Que répondez-vous aux parents, ces anciens enfants, qui disent « moi aussi j’ai reçu des gifles et des fessée. Ça ne m’a pas traumatisé » ?

Il est vrai que chez beaucoup de gens les effets des fessées ou des gifles sont atténués par l’affection que leurs parents leur ont donnée par ailleurs, ou/et par le fait que les punitions n’ont pas été données arbitrairement mais d’une manière qui leur a paru « juste ». Malheureusement, il y a toujours un effet secondaire qui demeure et qui montre que ces personnes ont subi en quelque sorte une lésion du sens moral, c’est que les parents qui disent cela trouvent normal :

  1. Que l’on frappe les enfants
  2. Qu’un être grand et fort frappe un être petit et faible.

Or, ces deux faits sont en contradiction avec le principe le plus élémentaire de la morale qu’ils cherchent en général à inculquer à leurs enfants: ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse. Et en général ils ne voient même pas la contradiction entre ce principe et ce qu’ils pratiquent et recommandent. Cette forme de cécité est bien la marque d’un traumatisme, mais non ressenti comme tel. Alice Miller a intitulé un de ses livres publié d’abord en allemand : « Tu ne t’apercevras de rien ». C’est un des effets les plus redoutables de la violence éducative.

Selon vous, les Français sont-ils prêts à changer leur approche de « la bonne fessée qui n’a jamais fait de mal à personne » ?

Il y a une évolution, surtout chez les jeunes parents, mais elle est très lente et les résistances sont très fortes. Elles sont dues en grande partie à l’attachement que nous avons à l’égard de nos parents. Il nous est très difficile de remettre en cause ce qu’ils nous ont fait subir.

Faut-il absolument légiférer pour faire évoluer les mentalités?

C’est précisément l’attachement que nous avons à l’égard de nos parents qui fait qu’il est indispensable de légiférer. Nos parents font partie de notre psychisme. Quand nous frappons nos enfants, en un sens, ce sont eux qui frappent à travers nous (ce qu’exprime très bien le film de la fondation pour l’enfance). Tant qu’une autorité supérieure à celle des parents ne dit pas clairement qu’il est inacceptable de frapper les enfants et qu’ils doivent être respectés comme on respecte les adultes et les personnes âgées, l’usage ne changera pas, ou très lentement comme il change depuis le début du XIXe siècle.

Or, vu la nécessité où nous nous trouvons, notamment avec la crise climatique, d’effectuer des changements profonds dans notre comportement, il est urgent de permettre aux nouvelles générations de disposer de toutes leurs facultés affectives, intellectuelles et morales pour affronter les situations vers lesquelles nous allons. Et la violence éducative altère ces facultés. J’ajoute que dans un grand nombre de pays où les enfants sont encore frappés à coups de bâton ou punis d’autres manières aussi violentes, la situation est bien pire que chez nous et qu’il est donc urgent de donner l’exemple du renoncement à cette méthode d’éducation.
Pour aller plus loin :

La fessée, Olivier Maurel, éditions La Plage 2007 (réédition)

Oui, la nature humaine est bonne, éditions Robert Laffont 2009

Œdipe et Laos. Dialogue sur l’origine de la violence, éditions L’Harmattan

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, éditions Jean-Claude Lattès

http://www.oveo.org/ (OVEO)

http://www.lemondedesreligions.fr/entretiens/les-propos-du-christ-sur-les-enfants-sont-les-plus-revolutionnaires-de-l-evangile-29-04-2011-1480_111.php

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Émission « Géopolitique : le débat » (RFI)

La violence éducative ordinaire et ses conséquences

Le 22 octobre 2010, Marie-France Chatin reçoit

  • Cornélia Gauthier, médecin suisse, auteur de Sommes-nous tous des abusés (éditions Géorg 2008) et Victime non merci (éditions Jouvence 2010)
  • Fabienne Cazalis, professeur de neurosciences, membre de l’équipe des éditions l’Instant Présent
  • Françoise Maurel, présidente d’une association de soutien scolaire et créatrice d’un café-parent
  • Olivier Maurel, fondateur de l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire, auteur de Oui la nature humaine est bonne… Comment la violence éducative la pervertit depuis des millénaires ? (éditions Robert Lafont)

À réécouter sur le site de RFI ou directement ici :

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Oui, la nature humaine est bonne !

Comment la violence éducative la pervertit depuis des millénaires

Vient de paraître, le 22 janvier 2009, aux éditions Robert Laffont, mon dernier livre : Oui, la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative ordinaire la pervertit depuis des millénaires.
Bien que j’en sois l’auteur et que je sois donc tenu à un peu de modestie, j’ai la faiblesse de penser que ce livre est important. Et j’ai la chance que les responsables de la maison d’édition qui l’a accepté et publié (Robert Laffont) le pensent aussi. Ils – et surtout elles – ont beaucoup fait pour que ce livre atteigne son public. Elles en ont envoyé plus de 300 exemplaires aux journalistes de la presse écrite, de la radio, de la télévision et d’internet, ce qui laisse espérer que ce livre ne passera pas inaperçu.
Son but est d’étudier un fait étrange. Comment se fait-il qu’aucun philosophe, théologien, sociologue, psychologue, historien ou psychanalyste n’ait jamais sérieusement tenu compte, dans tout ce qu’ils ont dit sur la nature humaine, du fait, pourtant indiscutable, que 80 à 90% des enfants ont été dressés par la violence (bastonnade, flagellation, etc.) depuis des millénaires ? Est-il pensable que ce dressage n’ait pas eu d’effets sur le corps, la santé, les comportements, la violence, mais aussi l’esprit, les idées, les cultures, les croyances, les religions de tous ceux qui l’ont subi ? En particulier, comment notre conception de la nature humaine, et donc de la nature des enfants, aurait-elle pu ne pas en être influencée ?

Depuis les premières civilisations dotées d’une écriture jusqu’à nos jours, on a attribué aux enfants (et donc à la nature humaine) la « folie » (proverbes bibliques), le « péché originel » (le christianisme), une « violence bestiale » (quantité de penseurs), des « pulsions » mortifères ou une « violence fondamentale » (la psychanalyse). Et cela sans tenir aucun compte de ce qu’on leur faisait subir dès leur petite enfance, ou en le justifiant.

Une fois qu’on a pris conscience du dressage violent subi par la majorité de l’humanité pendant toutes les années où le cerveau des enfants se forme, beaucoup de choses qui paraissaient incompréhensibles s’éclaircissent. Et la violence humaine notamment est beaucoup moins énigmatique. De même, une fois qu’on a compris que la Terre tournait autour du Soleil, on n’a plus eu besoin d’imaginer toutes sortes de théories bizarres pour expliquer le mouvement des planètes.

Cette découverte, ce n’est pas moi qui l’ai faite, c’est Alice Miller. Le but de mon livre est de briser le mur du silence qui, en France, a jusqu’à présent interdit à cette découverte d’être reconnue pour ce qu’elle est : une véritable révolution.

Ce livre n’est pas difficile à lire. Il expose le plus clairement possible la façon dont la violence éducative appliquée à presque tous les enfants a amené de tous temps les hommes à les considérer comme des êtres naturellement déraisonnables qu’il était indispensable de corriger violemment pour les civiliser. Avec, bien évidemment le résultat inverse : une humanité portée à la violence par la violence qu’elle a subie, portée à la soumission aux pires dictateurs ou gourous par l’habitude prise d’obéir, portée à la cruauté par la perte du sens de l’empathie. Tout cela est aujourd’hui largement confirmé par la connaissance du développement du cerveau et par la prise de conscience des remarquables capacités relationnelles innées des enfants : attachement, empathie, imitation.

En vous procurant ce livre, en envoyant ce message à vos amis et connaissances, vous aiderez à son lancement et vous participerez aux changements qu’il peut produire, je l’espère, dans les mentalités. Vous pouvez aussi, après l’avoir lu, dire ce que vous en pensez sur les sites des librairies en ligne ou sur votre blog si vous en avez un. Et si vous me faites part de vos réactions, j’en serai très heureux.

Ci-dessous les quatre premières critiques (j’espère qu’il y en aura d’autres !) et le sommaire du livre.

Psychologies Magazine, Février 2009.

Une bonne fessée, une gifle méritée... Dans ce livre très argumenté contre les châtiments corporels, un père de cinq enfants rappelle qu'en France, aujourd'hui encore, 84% des enfants sont frappés. Ces violences tolérées sont parfois source de dégâts : difficultés scolaires, comportements à risques, agressivité... A lire d'urgence avant de lever la main.

Marie-France Vigor

Catherine Dumonteil Kremer

Fondatrice de La Maison de l’Enfant et auteur de plusieurs livres sur l’éducation. Sur la liste de discussion Parents-conscients (sur Yahoo).

J'ai lu ce week end le dernier livre d'Olivier, "Oui la nature humaine est
bonne" chez Robert Laffont, je l'ai trouvé excellent. Je me suis régalée en
le lisant. Voilà réunis en un seul ouvrage presque tous les arguments contre la violence éducative, l'aveuglement sur cette violence au cours des siècles passés, mais aussi chez les psychanalystes, médecins, auteurs, religieux, etc. Je trouve qu'Olivier a eu beaucoup de courage de dénoncer sans aucune ambiguité les mauvais traitements à enfants. J'espère que son livre convaincra les sceptiques !

Alice Miller (sur son site)

C'est avec grand plaisir et soulagement que je vous annonce la parution du livre important d'Olivier Maurel.
Puisqu'après des millénaires d'obscurité presque totale, voilà un livre qui ose enfin jeter la lumière vers la vérité en montrant sans ambiguïté, sans crainte ni hésitation, que la nature humaine est bonne. Or, on la détruit systématiquement et constamment par l'éducation violente que presque chaque enfant doit subir dans les premières années de sa vie au moment le plus sensible, quand son cerveau se construit.
Depuis plusieurs années mais d'une autre façon je continue d'expliquer dans mes différents livres cette dynamique. Maurel poursuit ces recherches en montrant comment pendant des millénaires les pédagogues, les écrivains, les philosophes, les hommes d'Eglise se perdent dans le brouillard pour ne pas reconnaître la vérité si simple et claire mais, il est vrai, très douloureuse à tous le monde. Même les psychanalystes modernes, maintiennent encore que l'homme est né méchant, pervers, égoïste et que les adultes doivent le faire gentil, altruiste et empathique.
Dans toutes les cultures on est confronté au même déni, malgré le fait que la réalité montre le contraire, l'homme est né bon, capable d'apprendre l'amour et la compassion, mais cette richesse est engloutie juste à l'aube de son existence par les traitements qu'il subit.
Par exemple Saint Augustin qui était sévèrement  battu à l'école et jamais soutenu par ses parents qui au contraire le ridiculisaient gravement, trouve dans ses Confessions "la solution" de sa situation tragique en écrivant qu'il est nécessaire de battre les enfants.  Malheureusement, l'Eglise a adopté sa version et pendant seize centenaires elle a maintenu sans aucune hésitation la même version trompeuse malgré le fait que dans la bible Jésus a toujours dit qu'il fallait respecter les enfants et ne pas les battre.
C'est un livre que je vous souhaite de lire et relire aussitôt que possible, il est nécessaire, illuminant et accessible à tous le monde. La tragédie de l'être humain est si brillamment décrite et expliquée ici qu'il est totalement incompréhensible que les psychanalystes n'en ont pas encore pris connaissance et continuent d'écrire sur l'instinct destructeur de l'enfant.

Jacques Trémintin

Recension à paraître dans le numéro 917, du 19 février, de Lien Social

*Pour mettre fin à la violence éducative ordinaire*
On peut distinguer trois époques dans la prise de conscience de la maltraitance subie par les enfants.
La première, qui a duré des millénaires, est à peine troublée par quelques voix largement inaudibles face à la domination du déni. La violence dans l'éducation y est considérée comme banale et légitime : la douleur provoquée par les coups agirait sur la raison, la volonté et la mémoire de l'enfant, l'incitant donc à éviter de reproduire le comportement qui a causé le châtiment. Cette conviction perdure, d'autant plus qu'elle est confortée par les religions, les philosophies et les traditions éducatives.
La seconde époque trouve ses prémisses dans l'abolition, dans le code Justinien du VI^ème siècle, du droit de vie et de mort du père sur ses enfants ou dans le vote, en 1889, de la loi permettant la déchéance de la puissance paternelle. Mais, c'est vraiment dans la deuxième moitié du XX^ème siècle qu'elle s'amorce vraiment, avec la pénalisation des mauvais traitements sur mineurs. Ce mouvement reste toutefois incomplet, puisqu'il prétend ne viser que les actes qui "troublent gravement l'enfant", excluant par là même ceux qui le troublent, mais moins gravement !
Olivier Maurel est à l'initiative, avec d'autres auteurs comme Alice Miller, d'une réflexion qui inaugure la troisième époque : celle qui s'intéresse aux effets délétères de la violence éducative ordinaire que constitue "l'ensemble des moyens violents qui ont été et sont utilisés, tolérés et souvent recommandés pour faire obéir et pour éduquer les enfants". Olivier Maurel nous propose ici une somme de réflexions médicales, philosophiques, historiques, intellectuelles, éthiques qui viennent bousculer bien des idées reçues et apporter des éléments de compréhension sur le fonctionnement humain.
La thèse centrale de l'auteur consiste à réfuter le postulat d'un petit d'homme qui serait naturellement poussé à l'agressivité par ses pulsions ou sa nature animale. Le comportement humain consistant à humilier, torturer ou provoquer la douleur de son prochain ne se retrouve nulle part chez les autres espèces. Ces manifestations sont liées à un conditionnement et à une éducation qui le confrontent très tôt à la violence. L'attachement qui relie l'enfant à ses parents, pour peu qu'il soit fait de douceur, de tendresse et de sollicitude peut l'amener à reproduire la relation de bienveillance qu'il a reçue. Mais quand le sens de l'empathie a été détérioré très tôt et tout au long de l'enfance, les principes moraux peuvent tout autant devenir de véritables prothèses sur une fonction absente. Il ne faut donc pas se contenter de combattre la violence seulement quand elle est excessive, mais aussi quand elle est ordinaire, explique l'auteur, démontrant avec brio ses effets délétères tant au niveau individuel que collectif.

Sommaire

Avant-propos
Première partie - La violence éducative et ses effets sur les individus et les relations interpersonnelles
Chapitre I - Définition et nature de la violence éducative ordinaire
Chapitre II - Effets de la violence éducative sur ses victimes
Chapitre III - Violence éducative et relations interpersonnelles
Chapitre IV - L'apport de la neurobiologie à la compréhension des effets de la violence éducative
Chapitre V - Violence éducative et comportements innés
Deuxième partie - Violence éducative ordinaire et culture
Chapitre I - La violence éducative de ses origines à ses répercussions religieuses
Chapitre II - Un avatar du péché originel : la férocité animale de l'enfant et de l'homme
Chapitre III - Un nouvel avatar du péché originel et de la bestialité : la théorie des pulsions
Chapitre IV - Résistance des autorités médicales à la révélation de la maltraitance et des abus sexuels
Chapitre V - Une source d'illusion : la résilience
Chapitre VI - Violence éducative et littérature, ou la cécité et le silence des écrivains
Chapitre VII - Méconnaissance de la violence éducative dans les grandes études sur la violence
Chapitre VIII - La violence éducative ordinaire : une pratique culturelle dénaturante
Chapitre IX - Résistance de la violence éducative à sa remise en question
Troisième partie - Sortir de la violence éducative
Chapitre I - Réhabiliter notre vision de l'enfant, et donc de l'homme
Chapitre II - Prémisses d'un changement
Conclusion - Et si la nature humaine était bonne…
Annexes
1. Violences dans les institutions.
2. Précisions sur les effets du stress sur la santé.
3. Effets du stress sur la mémoire.
4. Violence éducative chez les !Kung.

Nombre de pages : 356

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Violence éducative et communication

Gifler ou fesser un enfant, c’est, d’une certaine manière, communiquer avec lui. Mais que communique-t-on à un enfant en le frappant ?

Les connaissances actuelles sur le développement du cerveau ne nous laissent plus de doute aujourd’hui : la violence éducative, si faible soit-elle, est destructrice. Les institutions internationales ont compris que sa réduction serait un facteur de paix. Reste à en convaincre l’opinion publique et les États.

L’enfant se forme par la communication

Même né à terme, le nouveau-né humain est prématuré, c’est-à-dire longtemps incapable de survivre sans assistance. Son corps sait que, pour survivre, il doit obtenir les soins, la bienveillance, la protection des adultes.

Dès sa naissance, loin d’être passif, il participe activement, de multiples façons, à la création de liens avec ses parents. Téter, comportement de survie, est aussi un moyen d’établir un lien très fort avec sa mère. Ses pleurs sont des appels. Sa capacité à distinguer de son environnement la forme des visages, et notamment celui de sa mère, lui permet d’attirer du regard ceux qui l’entourent et donc d’accentuer l’intérêt qu’on lui porte.

C’est au cours de cette communication intense et vitale avec son entourage que son cerveau se forme. Ses neurones, déjà en place à la naissance, développent leurs axones, ces filaments qui les relient, et leurs milliards de connexions provoquent l’accroissement du volume de son cerveau qui passe du quart de son poids définitif à la naissance, à 50% à six mois et 95% à dix ans.

La communication “sculpte” le cerveau

La neurobiologie nous apprend que la communication interne entre les neurones dépend en partie des formes de communication que l’enfant établit avec ceux qui l’entourent. Le cerveau de l’enfant est “sculpté” par les expériences auxquelles il est confronté.

« Tout le développement de l’être humain, dit le neurobiologiste américain Bessel van der Kolk, spécialiste du stress post traumatique, c’est le développement des lobes frontaux.

En tant que parents, nous sommes les médiateurs du développement du lobe frontal de nos enfants. Lorsque nous lisons des histoires à nos enfants, lorsque nous les serrons dans nos bras, lorsque nous jouons avec eux, nous assurons le bon développement du lobe frontal.

Si un enfant est toujours effrayé, terrifié, s’il n’est pas câliné, s’il est abandonné, négligé, ses lobes frontaux ne se développent pas correctement et ils ne parviendront pas à assumer leur fonction qui est d’inhiber le système limbique. Dans ce cas, le lobe frontal n’est pas assez développé pour aider la personne à être en contact avec le présent. Elle sera incapable d’enregistrer des informations nouvelles et d’apprendre par l’expérience »

Mais il en faut peu pour perturber le développement du cerveau

Des lésions infimes suffisent pour perturber le développement du cerveau d’un enfant.

Le neurobiologiste Antonio Damasio, par exemple, écrit qu’“un dysfonctionnement du système cérébral (…) peut être dû à un défaut de fonctionnement microscopique des circuits neuraux”. “Même des perturbations mineures des systèmes neuraux spécifiques suscitent une modification majeure des phénomènes mentaux.”

Joseph Le Doux, autre neurobiologiste réputé, écrit de son côté : “Quelques connexions supplémentaires d’un côté, un petit peu plus ou moins de neurotransmetteurs de l’autre, et les animaux commencent à se comporter différemment. ”

Et les centres du cerveau des émotions et de la mémoire émotionnelle, qui sont essentiels pour le comportement relationnel, sont particulièrement vulnérables.

Van der Kolk, déjà cité, a déclaré récemment au Nouvel Observateur : « On se méprend beaucoup sur la notion de traumatisme, qu’on assimile à tort à un évènement horrifique et exceptionnel. (…) Il y a aussi la foule des malheurs ordinaires inhérents à la condition humaine. S’ils ont été vécus dans un sentiment d’impuissance et de désespoir, ils peuvent eux aussi laisser une cicatrice douloureuse longtemps »

Article paru dans le magazine Biocontact, septembre 2005

Violence éducative et communication
Gifle ou fesser un enfant, c’est, d’une certaine manière, communiquer avec lui. Mais que communique-t-on à un enfant en le frappant? Les connaissances actuelles sur le développement du cerveau ne nous laissent plus de doute aujourd’hui : la violence éducative, si faible soit-elle, est destructrice. Les institutions internationales ont compris que sa réduction serait un facteur de paix. Reste à en convaincre l’opinion publique et les Etats.
L’enfant se forme par la communication
Même né à terme, le nouveau-né humain est prématuré, c’est-à-dire longtemps incapable de survivre sans assistance. Son corps sait que, pour survivre, il doit obtenir les soins, la bienveillance, la protection des adultes.
Dès sa naissance, loin d’être passif, il participe activement, de multiples façons, à la création de liens avec ses parents. Téter, comportement de survie, est aussi un moyen d’établir un lien très fort avec sa mère. Ses pleurs sont des appels. Sa capacité à distinguer de son environnement la forme des visages, et notamment celui de sa mère, lui permet d’attirer du regard ceux qui l’entourent et donc d’accentuer l’intérêt qu’on lui porte.
C’est au cours de cette communication intense et vitale avec son entourage que son cerveau se forme. Ses neurones, déjà en place à la naissance, développent leurs axones, ces filaments qui les relient, et leurs milliards de connexions provoquent l’accroissement du volume de son cerveau qui passe du quart de son poids définitif à la naissance, à 50% à six mois et 95% à dix ans.
La communication “sculpte” le cerveau
La neurobiologie nous apprend que la communication interne entre les neurones dépend en partie des formes de communication que l’enfant établit avec ceux qui l’entourent. Le cerveau de l’enfant est “sculpté” par les expériences auxquelles il est confronté. « Tout le développement de l’être humain, dit le neurobiologiste américain Bessel van der Kolk, spécialiste du stress post traumatique, c’est le développement des lobes frontaux. En tant que parents, nous sommes les médiateurs du développement du lobe frontal de nos enfants. Lorsque nous lisons des histoires à nos enfants, lorsque nous les serrons dans nos bras, lorsque nous jouons avec eux, nous assurons le bon développement du lobe frontal. Si un enfant est toujours effrayé, terrifié, s’il n’est pas câliné, s’il est abandonné, négligé, ses lobes frontaux ne se développent pas correctement et ils ne parviendront pas à assumer leur fonction qui est d’inhiber le système limbique. Dans ce cas, le lobe frontal n’est pas assez développé pour aider la personne à être en contact avec le présent. Elle sera incapable d’enregistrer des informations nouvelles et d’apprendre par expérience1 « .
Mais il en faut peu pour perturber le développement du cerveau
Des lésions infimes suffisent pour perturber le développement du cerveau d’un enfant.
Le neurobiologiste Antonio Damasio, par exemple, écrit qu’“un dysfonctionnement du système cérébral (…) peut être dû à un défaut de fonctionnement microscopique des circuits neuraux”. “Même des perturbations mineures des systèmes neuraux spécifiques suscitent une modification majeure des phénomènes mentaux.” 2
Joseph Le Doux, autre neurobiologiste réputé, écrit de son côté : “Quelques connexions supplémentaires d’un côté, un petit peu plus ou moins de neurotransmetteurs de l’autre, et les animaux commencent à se comporter différemment.3 ” Et les centres du cerveau des émotions et de la mémoire émotionnelle, qui sont essentiels pour le comportement relationnel, sont particulièrement vulnérables.
Van der Kolk, déjà cité, a déclaré récemment au Nouvel Observateur4 : « On se méprend beaucoup sur la notion de traumatisme, qu’on assimile à tort à un évènement horrifique et exceptionnel. (…) Il y a aussi la foule des malheurs ordinaires inhérents à la condition humaine. S’ils ont été vécus dans un sentiment d’impuissance et de désespoir, ils peuvent eux aussi laisser une cicatrice douloureuse longtemp
Article paru dans le magazine Biocontact, septembre 2005

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Violence éducative et communication

Gifle ou fesser un enfant, c’est, d’une certaine manière, communiquer avec lui. Mais que communique-t-on à un enfant en le frappant? Les connaissances actuelles sur le développement du cerveau ne nous laissent plus de doute aujourd’hui : la violence éducative, si faible soit-elle, est destructrice. Les institutions internationales ont compris que sa réduction serait un facteur de paix. Reste à en convaincre l’opinion publique et les Etats.
L’enfant se forme par la communication
Même né à terme, le nouveau-né humain est prématuré, c’est-à-dire longtemps incapable de survivre sans assistance. Son corps sait que, pour survivre, il doit obtenir les soins, la bienveillance, la protection des adultes.
Dès sa naissance, loin d’être passif, il participe activement, de multiples façons, à la création de liens avec ses parents. Téter, comportement de survie, est aussi un moyen d’établir un lien très fort avec sa mère. Ses pleurs sont des appels. Sa capacité à distinguer de son environnement la forme des visages, et notamment celui de sa mère, lui permet d’attirer du regard ceux qui l’entourent et donc d’accentuer l’intérêt qu’on lui porte.
C’est au cours de cette communication intense et vitale avec son entourage que son cerveau se forme. Ses neurones, déjà en place à la naissance, développent leurs axones, ces filaments qui les relient, et leurs milliards de connexions provoquent l’accroissement du volume de son cerveau qui passe du quart de son poids définitif à la naissance, à 50% à six mois et 95% à dix ans.
La communication “sculpte” le cerveau
La neurobiologie nous apprend que la communication interne entre les neurones dépend en partie des formes de communication que l’enfant établit avec ceux qui l’entourent. Le cerveau de l’enfant est “sculpté” par les expériences auxquelles il est confronté. « Tout le développement de l’être humain, dit le neurobiologiste américain Bessel van der Kolk, spécialiste du stress post traumatique, c’est le développement des lobes frontaux. En tant que parents, nous sommes les médiateurs du développement du lobe frontal de nos enfants. Lorsque nous lisons des histoires à nos enfants, lorsque nous les serrons dans nos bras, lorsque nous jouons avec eux, nous assurons le bon développement du lobe frontal. Si un enfant est toujours effrayé, terrifié, s’il n’est pas câliné, s’il est abandonné, négligé, ses lobes frontaux ne se développent pas correctement et ils ne parviendront pas à assumer leur fonction qui est d’inhiber le système limbique. Dans ce cas, le lobe frontal n’est pas assez développé pour aider la personne à être en contact avec le présent. Elle sera incapable d’enregistrer des informations nouvelles et d’apprendre par expérience1 « .
Mais il en faut peu pour perturber le développement du cerveau
Des lésions infimes suffisent pour perturber le développement du cerveau d’un enfant.
Le neurobiologiste Antonio Damasio, par exemple, écrit qu’“un dysfonctionnement du système cérébral (…) peut être dû à un défaut de fonctionnement microscopique des circuits neuraux”. “Même des perturbations mineures des systèmes neuraux spécifiques suscitent une modification majeure des phénomènes mentaux.” 2
Joseph Le Doux, autre neurobiologiste réputé, écrit de son côté : “Quelques connexions supplémentaires d’un côté, un petit peu plus ou moins de neurotransmetteurs de l’autre, et les animaux commencent à se comporter différemment.3 ” Et les centres du cerveau des émotions et de la mémoire émotionnelle, qui sont essentiels pour le comportement relationnel, sont particulièrement vulnérables.
Van der Kolk, déjà cité, a déclaré récemment au Nouvel Observateur4 : « On se méprend beaucoup sur la notion de traumatisme, qu’on assimile à tort à un évènement horrifique et exceptionnel. (…) Il y a aussi la foule des malheurs ordinaires inhérents à la condition humaine. S’ils ont été vécus dans un sentiment d’impuissance et de désespoir, ils peuvent eux aussi laisser une cicatrice douloureuse longtemp

Article paru dans le magazine Biocontact, septembre 2005

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Aperçu d’un monde sans violence éducative

Pourquoi appelle-t-on :
- cruauté le fait de frapper un animal
- agression le fait de frapper un adulte
- éducation le fait de frapper un enfant?
(Slogan anonyme)

Cet article a été publié pour la première fois dans le livre de Catherine Dumonteil-Kremer, Elever son enfant…autrement (La Plage, 2003).

Que serait un monde où la violence éducative serait sensiblement réduite, c’est-à-dire où l’on éviterait de frapper les enfants et où on les élèverait avec tendresse et respect tout en les aidant à développer eux-mêmes des liens de bienveillance avec les autres ?

On peut répondre à cette question en s’appuyant sur des faits précis.

Des témoignages d’ethnologues, Margaret Mead et Jean Liedloff notamment, décrivent des sociétés sans écriture où l’éducation des enfants était, à l’époque où elle a pu être observée, particulièrement douce. Ces sociétés sont aussi décrites comme sensiblement plus pacifiques et tolérantes que des sociétés voisines, d’un degré d’évolution semblable, et dont les systèmes d’éducation étaient plus violents.

D’autre part, les études sur l’histoire de la violence montrent que les pays modernes européens qui ont le plus évolué dans le sens d’une plus grande douceur éducative ont une vie sociale et politique bien moins violente qu’au XIXe siècle. La délinquance et la criminalité y sont sensiblement moins fortes. Et les violences que l’on constate encore dans ces pays sont très souvent le fait de catégories de la population où l’éducation est restée beaucoup plus proche de ce qu’était l’éducation ordinaire au XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle.

De même, c’est dans les régions de l’Europe où l’éducation est restée la plus traditionnelle, la plus patriarcale et donc la plus violente (Balkans, Corse, Irlande) que l’on constate encore les formes de violence, de criminalité et de terrorisme les plus meurtrières.

Enfin, l’interdiction des châtiments corporels dans les familles votée en Suède en 1979 commence à donner des résultats encourageants. Le docteur Jacqueline Cornet, dans la brochure de l’association Éduquer sans frapper, rapporte ce qui suit :

“Les statistiques du gouvernement suédois attestent qu’aucun enfant n’est plus mort des suites de violence familiale, le nombre de procès pour maltraitance d’enfants a diminué, de même que le nombre d’enfants enlevés à leurs parents suite à une intervention des services sociaux : entre 1982 et 1995, les “mesures obligatoires” administrées chaque année ont diminué de 46% et les “placements en foyer” de 26%.”

De plus “le criminologue F. Estrada, qui étudie les tendances de la délinquance juvénile en Europe depuis la guerre, déclare :

“les études sur les rapports provenant du Danemark (où existe aussi une loi contre la violence éducative) et de la Suède indiquent que les jeunes d’aujourd’hui sont plus disciplinés que (...) le pourcentage de jeunes de 15 à 17 ans condamnés pour vol a diminué de 21% entre 1975 et 1996... le pourcentage de jeunes qui consomment de l’alcool ou qui ont goûté à la drogue a également diminué régulièrement depuis 1971...le pourcentage de suicides chez les jeunes et celui des jeunes condamnés pour viol ont aussi diminué entre 1970 et 1996. Alors que le nombre de délits commis par les jeunes a augmenté dans tous les autres pays d’Europe de l’ouest et d’Europe centrale depuis la guerre”.

A partir de ces quelques faits et de ce que l’on sait des effets négatifs de la violence éducative, il est permis de supputer ce que pourraient être les conséquences plus générales et à plus long terme d’une réduction sensible de cette violence.

Il est vraisemblable que les conséquences subies les adultes qui ont été frappés enfants seraient réduites : moins de maladies physiques et mentales, notamment de dépressions; moins de tendances autodestructrices par l’alcool, la drogue ou le tabac; moins de suicides; moins d’accidents.

De même, les tendances à faire subir aux autres les répercussions de ce que l’on a souffert enfant seraient aussi très vraisemblablement réduites : délinquance et criminalité, violences familiales, viols, agressions de toutes sortes.

A partir des études d’Emmanuel Todd et d’Alice Miller, qui ont tous deux montré que la violence éducative avait des répercussions sociales et politiques, il y a de fortes raisons de supposer qu’un [...]