Olivier Maurel

Écrivain militant – Non à la violence éducative !

By Olivier Maurel

Chroniques parues dans le magazine PEPS

La falaqa (PEPS, n° 7, printemps 2014)
Le Monde du 7 janvier dernier a publié un grand article de Christophe Ayad sur les journalistes pris en otages en Syrie. Parmi les épreuves subies par ces journalistes, Christophe Ayad évoque le supplice de la falaqa auquel a été soumis le journaliste Matt Schrier pour avoir creusé un trou dans la porte de sa cellule : « 115 coups de câble métallique appliqués sur la plante des pieds alors qu’il a les jambes immobilisées par un pneu. » Et il ajoute « c’est l’une des tortures favorites des moukhabarat (services de renseignement du régime). Comme si les bourreaux de la rébellion se vengeaient en appliquant à plus faibles qu’eux les tortures subies au début du soulèvement. »
Dommage que Christophe Ayad en soit resté à cette idée de vengeance dont on ne voit pas très bien le rapport avec ce malheureux journaliste qui n’avait rien à voir avec les tortures infligées par les hommes du président Assad. Dommage surtout qu’il ne soit pas remonté plus haut dans le passé des tortionnaires et n’ait pas rappelé que la falaqa est une punition infligée aux enfants dans tous les pays arabes à la fois dans les écoles coraniques et dans les familles. Le réalisateur tunisien Ferid Boughedir en a montré une application dans son beau film Halfaouine, l’Enfant des terrasses. On y voit le jeune héros du film, un garçon d’une dizaine d’années, solidement tenu par les chevilles d’un côté par son père, de l’autre côté par l’imam du quartier, et subissant des coups de cravache donnés par les deux hommes sur la plante de ses pieds. Dans la séquence suivante, on le voit se tordre de souffrance à chaque pas qu’il fait sur le sol. Un de mes élèves, en classe de mathématiques supérieures, m’a dit avoir subi lui aussi la falaqa en classe au Maroc, les pieds coincés par l’abattant de son bureau d’écolier. La falaqa était aussi pratiquée par les juifs d’Afrique du Nord comme m’en a témoigné un ami qui ajoutait qu’après cette punition l’enfant était félicité s’il l’avait subie sans pleurer. Sur Internet, un certain Abdelattif Bhiri témoigne que la falaqa était appliquée aux élèves de l’école coranique par le Fqih, le maître de cette école, aux élèves qui ne savaient pas leur leçon. « C’étaient des garçons costauds et vigoureux qui s’occupaient de cette tâche ingrate. Le Fqih se contentait de flageller les paumes des pieds selon son bon plaisir. Les enfants punis se démenaient, priaient, criaillaient en vain (…) Les enfants qui avaient brillamment récité les versets s’en sortaient indemnes, avec sur le visage un sourire sarcastique envers les autres (…) Les séquestrés des pieds arrivaient difficilement à marcher à cause des enflures. » De multiples auteurs arabes ont témoigné de cette terrible et humiliante pratique. Jean Desjeux a rassemblé un bon nombre de ces témoignages dans son livre Le Sentiment religieux dans la littérature maghrébine de langue française (L’Harmattan, préface de Mohammed Arkoun (1986)1
Quand des enfants ont été traités de cette façon « pour leur bien », pourquoi hésiteraient-ils, une fois devenus adultes, à faire subir la même « correction » à ceux qu’ils estiment devoir punir ? En Syrie comme partout dans le monde, et comme en France il n’y a pas si longtemps où l’on trouvait tout à fait normal de battre les enfants à coups de bâton, la cruauté déployée dans les conflits par les combattants adultes n’est le plus souvent que la reproduction à plus grande échelle et en toute bonne conscience de la cruauté qu’ils ont subie enfants et qui leur a appris que lorsqu’on a pour soi la force et le pouvoir il est parfaitement légitime de torturer les êtres sans défense. Tant qu’on n’aura pas pris conscience que la cause principale de la cruauté est dans cette cruauté originelle, tout espoir de vaincre la violence sera vain.
Dénoncer partout la violence éducative sous toutes ses formes, agir pour promouvoir un accompagnement sans violence des enfants, ce n’est pas seulement une question de droit des enfants, c’est une affaire de sécurité publique et c’est sans doute la meilleure manière d’agir pour la paix.

Une approche du « Chemin de vie » d’Alice Miller, à l’occasion de la parution du livre de son fils : Le vrai drame de l’enfant doué. (PEPS, n° 8, été 2014).
Le livre de Martin Miller, Le Vrai Drame de l’enfant doué (PUF), qui a paru en mars dernier, apporte un grand nombre de précisions jusqu’alors inaccessibles sur la vie d’Alice Miller qui a tant influencé le mouvement vers une éducation sans violence. Je voudrais donc tenter, dans mes prochaines chroniques, de donner une idée du « chemin de vie » d’Alice Miller. Je me servirai à la fois du livre de son fils, de l’ensemble des ouvrages qu’elle a elle-même écrits et surtout du chapitre de Chemins de vie où elle s’est en quelque sorte dédoublée dans deux personnages fictifs, Margot et Lilka, auxquels elle a attribué des moments importants de sa propre vie, et enfin de ce qu’elle a pu m’apprendre au cours des échanges que j’ai eus avec elle. J’aborderai aussi, bien sûr, dans un deuxième temps, la question des difficiles relations qu’elle a eues avec son fils, relations que le livre de Martin Miller et la connaissance de la vie de sa mère permettent de mieux comprendre.

Le microcosme familial
Alicija Englard, c’est son nom de jeune fille, est née en Pologne, dans la ville de Piotrkow, le 12 janvier 1923. Elle est née dans une famille juive d’un père très dévot, ritualiste et soumis à son propre père au point d’avoir accepté, par obéissance, de renoncer à la femme qu’il aimait pour en épouser une autre qu’il n’aimait pas. La mère d’Alicija est décrite par les témoins de son enfance comme « ambitieuse », « froide et impassible », « peu cultivée ». Elle formait avec son mari un couple « sans aucun rapport affectif l’un pour l’autre ».
Or, leur fille, d’après le témoignage de ses cousines, était « une enfant très intelligente », à l’esprit « très critique », observatrice du comportement des autres. Avide de savoir, elle posait sans cesse des questions. Ce désir de savoir et son désir d’affection n’ont guère trouvé de répondant dans son environnement proche. « Ma relation à mon père, fait dire Alice Miller à son personnage de Lilka, reposait sur des illusions. Je voulais qu’il m’aime, donc je le croyais (…) Je refusais de me rendre compte que mon père m’évitait toujours, n’était jamais là pour moi, ne me protégeait jamais et qu’au fond mon sort lui était indifférent ». La seule conversation dont Lilka dit se souvenir est celle par laquelle son père lui a transmis une leçon lourde de conséquences dans sa future vie conjugale : « L’amour et la vie sont deux choses différentes. On ne se marie pas par amour ». Une anecdote également attribuée à Lilka illustre bien à la fois l’avidité de communiquer de l’enfant et l’incompréhension à laquelle elle s’est heurtée. Pour la fête de la Pâque juive, les enfants posent quatre questions rituelles en hébreu à leur père. Lilka-Alicija les avait apprises par cœur et se réjouissait à l’avance de satisfaire enfin sa curiosité, mais sa véritable question à elle était : « Pourquoi Papa, es-tu prêt ce soir à m’écouter et à répondre à mes questions ? Qu’est-ce qui est différent aujourd’hui ? » Pour toute réponse, elle a obtenu, en hébreu qu’elle ne comprenait pas, l’interminable récit de la sortie d’Egypte : « J’ai dû rester gentiment assise des heures durant à l’écouter ». Quant à ses grands-parents (le grand-père était la véritable autorité dans cette famille), ils lui parlaient à peine et « paraissaient ne pas (la) voir ».
Pour échapper à cette situation où Alicija a manifestement souffert de carences affectives et où elle pensait, d’après ce qu’elle m’a dit, avoir été malmenée, secouée par sa mère, elle a eu recours à trois formes d’évasions. La lecture d’abord où elle s’absorbait au point d’oublier tout le reste et dont elle ne semble pas avoir été privée. Ensuite, la fréquentation, toutes les fois qu’elle le pouvait, de sa tante Ala qui, elle, avait fait un mariage d’amour et qui pratiquait, avec sa famille, un judaïsme libéral ; Alicija, avec ses cousines, s’y trouvait mieux que chez ses parents. Enfin, pour échapper à la formation religieuse juive qui lui pesait et l’ennuyait, elle a demandé à être inscrite dans une école publique polonaise comme l’avait été sa tante Ala.

L’épreuve de l’antisémitisme
A partir d’un séjour qu’elle a fait à Berlin avec sa famille, de 1930 à 1933, date de la prise du pouvoir par Hitler, donc entre sept et dix ans, Alicija a commencé à être confrontée à l’antisémitisme. Elle a vu, dans les rues de Berlin des Juifs être conspués et battus par des nazis. C’est à ce moment-là qu’elle a commencé à se poser la question qui l’a amenée à écrire ses livres : comment des hommes peuvent-ils être capables de comportements si inhumains, alors que d’autres ne pourraient jamais s’y livrer ? Pourquoi une telle différence de comportement ?
Alice a passé les six années entre son retour de Berlin et l’invasion de la Pologne, à poursuivre ses études dans un établissement polonais, en petite juive qui ne voulait pas être juive par réaction contre ses parents, mais qui se trouvait aussi certainement confrontée à l’antisémitisme ambiant en Pologne, c’est-à-dire dans une situation éminemment inconfortable. D’une part elle reniait de l’intérieur, par une réaction profondément personnelle, son appartenance à la religion de ses parents, d’autre part, le milieu dans lequel elle vivait la renvoyait avec mépris à cette appartenance. Il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, elle se soit sentie isolée et que, d’après ses cousines, elle ait eu peu de relations dans l’établissement qu’elle fréquentait, même si elle l’avait choisi.
Lors de l’invasion de la Pologne en 1939, alors qu’elle avait seize ans, Alicija aurait pu fuir à l’étranger avec des cousins qui le lui ont proposé mais elle a refusé pour ne pas abandonner ses parents et sa sœur. Elle s’est ainsi retrouvée, dès octobre 1939, enfermée avec ses parents dans le ghetto de Piotkrow.
Rapidement, elle a pris des contacts avec une organisation clandestine et compris que rester dans le ghetto, c’était la mort assurée. En juillet 1940, à 17 ans, contre l’avis de ses parents qui ne voulaient pas voir le danger, elle s’échappe du ghetto et part vivre sous un faux nom à Varsovie. Elle s’inscrit dans une université clandestine et donne elle-même des cours pour gagner sa vie.
Avant les premières vagues de déportations de l’été 1942, elle parvient à faire sortir du ghetto sa mère et sa sœur, mais est contrainte d’y laisser son père déjà très malade et qui les aurait fait immédiatement reconnaître par son accent. Elle parvient à sauver sa mère et sa soeur en cachant la première à la campagne et la seconde dans un couvent où elle la fait baptiser malgré le désaccord de sa mère qui, par son entêtement et sa passivité les met plusieurs fois toutes les trois en danger de mort.
Ainsi, et cela explique beaucoup de choses dans son comportement postérieur, de 1940 à 1945, de 17 à 22 ans, Alicija vit sous une fausse identité, celle d’Alice Rostovska, se contraignant à éviter toutes les personnes qui avaient pu la connaître. Dans son livre Chemins de vie, elle fait dire au personnage de Lilka à qui elle attribue ses souvenirs : « Durant toutes les années de guerre, mon souci constant d’oublier ma véritable identité avait en quelque sorte engourdi mes sentiments (…) J’étais comme pétrifiée, paralysée. » « Quand on était juive, vivant avec de faux papiers, il ne suffisait pas d’avoir de quoi payer son loyer et son pain pour sauver sa peau. Il fallait bien regarder autour de soi, observer son entourage et rester vigilant. Comme une bête pourchassées qui veut survivre. On risquait à chaque pas d’être « démasquée » comme juive et livrée à la Gestapo. Même parfois par d’anciennes relations. » Elle a d’ailleurs dû céder tous ses bijoux à un agent de la Gestapo qui a exercé sur elle un chantage à la dénonciation. « Plus tard, en écrivant ce livre, écrit Martin Miller, je me suis demandé si c’était toute la vérité. Alice Rostovska (son nom d’emprunt) était une très belle femme et je suppose que cet extorqueur n’était pas seulement intéressé par l’argent et les bijoux. » Ce n’est qu’alors que son fils avait 41 ans, qu’elle lui a parlé de l’époque de sa clandestinité à Varsovie, mais elle a gardé « un silence complet sur la période comprise entre 1939 et 1941, sur ce qui s’est passé dans sa petite ville natale juste après l’invasion de la Pologne par l’armée allemande ». Lorsque les Russes sont arrivés aux portes de Varsovie, c’est encore Alice qui a décidé de traverser la Vistule pour rejoindre, avec sa sœur et sa mère, le secteur occupé par l’armée soviétique, et cela en prenant des risques énormes.
A l’âge qu’avait Alice Miller au moment où elle a vécu jour après jour dans la terreur constante d’être arrêtée ces années de clandestinité, où elle a dû renier sa propre personnalité, son identité, où elle était persécutée pour une appartenance religieuse contre laquelle elle avait elle-même réagi, où elle s’est senti le devoir impératif de sauver sa mère et sa sœur qu’elle n’aimait pas, toutes ces années ont sans doute marqué sa personnalité à un point qu’il est difficile d’imaginer. Réfugiée en Suisse, elle s’y est encore présentée sous son identité d’emprunt d’Alice Rostovska. Elle a épousé un homme qu’elle n’aimait pas vraiment et qui portait le même nom que son maître chanteur. Les personnes qui ont vécu longtemps de telles horreurs peuvent être marquées à vie. Elles restent en état de stress post traumatique et leur vie devient, comme l’a écrit Muriel Salmona, « un champ  de mines » où, à chaque instant, le passé peut envahir le présent.
Une de mes sœurs ayant été déportée, pourtant à un âge plus avancé que celui où Alice Miller a vécu ses épreuves, j’ai vu comment, à certains moments, son présent était envahi par son passé, au point de lui faire adopter des comportements inadaptés à la situation qu’elle vivait dans le présent. C’est cela sans doute, avec les carences affectives de son enfance, et le paradoxe de sa position par rapport au judaïsme, qui explique le secret qu’Alice Miller a entretenu sur son propre passé et l’impossibilité où elle s’est trouvée d’avoir avec son fils une relation apaisée. Aucune des deux psychanalyses qu’elle a subies n’a sans doute pu éclaircir ces zones de son passé, d’une part à cause de l’incapacité de la théorie des pulsions à clarifier les effets des traumatismes réels, d’autre part à cause de l’insuffisance des connaissances concernant le stress post-traumatique à l’époque où Alice Miller a subi ses analyses.

Une approche du « Chemin de vie » d’Alice Miller (suite, PEPS, n° 9, automne 2014).
Dans ma précédente chronique, j’ai évoqué le « chemin de vie » d’Alice Miller avant son mariage tel que le présente le livre de son fils. On y voyait la manière dont elle a été marquée d’abord par son enfance de petite fille juive en manque d’affection maternelle et en révolte contre les contraintes de la religion de son milieu, puis par la période de la guerre et du nazisme en Pologne, ces longues années de sa jeunesse où elle a dû se renier elle-même sous une identité d’emprunt pour échapper à la déportation et à la mort et pour sauver sa mère et sa sœur.
Il faut maintenant aborder ce que révèle son fils de ce que fut Alice Miller en tant que mère. Pour qui a été bouleversé par la lecture de ses livres, comme c’est mon cas et sans doute celui de beaucoup de lecteurs et lectrices de PEPS, la prise de conscience qu’elle a été pour son fils, une mère à l’opposé de tous les principes développés dans ses ouvrages, est extrêmement troublante. Mais c’est un fait qu’il faut reconnaître et qu’elle a d’ailleurs reconnu dans les lettres d’elle que publie Martin Miller en fac-similé. Dans son avant dernière lettre à son fils, datée du 28 mai 1998, elle écrit qu’elle a été « une mère persécutrice, possessive, haineuse, dangereuse, destructrice » ; qu’elle a été « dure, aveugle et stupide » avec son fils. Elle poursuit : « Si j’avais pu me mettre à sa place, j’aurais dû me ressentir telle que j’étais envers lui : inconsciente, froide, dure, toujours à le corriger, à vouloir l’éduquer et jamais vraiment comme j’aurais voulu être, comme je m’imaginais être. » Et d’après ce qu’écrit Martin Miller, il n’y a aucune exagération d’autoflagellation dans ces jugements, comme on va le voir.
Comment se fait-il alors qu’une mère aussi abusive ait pu écrire des livres qui ont tant apporté à la connaissance de l’enfance et de l’origine de la violence et qui ont fait naître un tel courant en faveur du respect inconditionnel des enfants ? Pour le comprendre, le mieux est de suivre le déroulement de sa vie depuis la période où elle a connu son mari jusqu’à sa mort.
Après la fin de la guerre, Alice entreprend des études de philosophie. Le choix de la philosophie répond probablement chez elle à sa volonté de comprendre le sens de la vie.
Elle rencontre un jeune homme, Andrzej Miller, qui lui fait la cour mais d’abord sans grand succès. « Elle était glaciale et ne tenait aucun compte de moi » a dit plus tard Andrzej Miller. Le fait que ce jeune homme ait porté le même nom que le maître-chanteur qui avait persécuté Alice tout au long de la guerre n’était sans doute pas pour rien dans cette froideur.
Après la prise du pouvoir par les communistes, l’antisémitisme réapparaissant en Pologne, Alice décide de quitter son pays et obtient une bourse pour la Suisse où elle arrive en 1946, accompagnée contre son gré par Andrzej qui a réussi à partir avec elle. Ils reprennent tous deux leurs études de philosophie à la faculté de Bâle.
En 1949 , Alice et Andreas se marient. Mais Alice avait sans doute adopté le point de vue qu’avait exprimé son père si l’on en croit l’histoire de Lilka, son double dans les Chemins de vie. Il lui avait recommandé de « ne pas (se) faire d’illusions, l’amour et la vie sont deux choses différentes. On ne se marie pas par amour. »
En 1950 , naît Martin Miller. Rien ne préparait la jeune Alice à qui sa mère, semble-t-il, n’avait jamais manifesté d’affection, à qui son père n’avait guère porté d’attention, et dont la relation avec son mari était loin d’être chaleureuse, à manifester beaucoup de tendresse à cet enfant qu’il lui avait donné. De plus, comme cela arrive parfois, le bébé a commencé par refuser le sein de sa mère. Bien conseillée, Alice aurait sans doute pu amener son fils à téter, mais personne n’était là pour l’aider. Circonstance aggravante, Alice et son mari étaient en pleine rédaction de leur thèse, et un bébé, c’est dérangeant. Résultat, comme elle l’a écrit à son fils : « Nous avons dû te placer ailleurs ». Mais la personne chez qui elle le place s’en occupe si mal qu’une de ses tantes le prend chez elle : « Si nous n’étions pas allés te chercher, tu serais mort », a dit à Martin Miller une de ses cousines. Il passe chez cette tante les six premiers mois de sa vie.
En 1953, Alice Miller commence à étudier la psychanalyse tout en terminant sa thèse de philosophie qu’elle publie en 1955. Pendant toute cette période, Martin est contraint au silence pour ne pas déranger ses parents et se sent exclu. De plus, ses parents se parlent en polonais, une langue qu’il ne comprend pas. Né et élevé en Suisse allemande, c’est l’allemand qui est devenue sa langue maternelle.
En 1956, naît un deuxième enfant, Julika, qui s’avère trisomique. Alice en veut beaucoup à son mari de ne pas lui avoir dit qu’il y avait des cas de trisomie dans sa famille. Julika passe la première année de sa vie dans un foyer. Martin, alors âgé de six ans, est aussi placé pour deux ans dans un home d’enfants où sa mère « n’a pas eu l’idée d’aller le voir» (c’est l’expression qu’elle a employée dans sa lettre du 28 mai 1998).
Entre 1955 et 1960, Alice Miller, dans le cadre de sa formation de psychanalyste, fait deux analyses didactiques et, en 1960, elle est admise dans la Société suisse de psychanalyse. Elle ouvre un cabinet à Zurich.
En 1967, alors qu’il a 17 ans, Martin est mis, à sa demande, dans un internat catholique. Malgré la sévérité de l’internat, il s’y sentait plus libre que chez ses parents où son père alternait manifestations d’affection et violences sans que sa mère cherche à le protéger. Au pensionnat, sa mère lui téléphone tous les jours au moment du repas et l’oblige à l’appeler le dimanche pendant au moins une heure. Après la fin de ses études, Martin entreprend une formation d’instituteur.
En 1973, Alice et Andreas divorcent à l’initiative d’Alice, après vingt-quatre ans de vie commune.
De 1974 à 1976, Alice manifeste un bref intérêt pour le judaïsme, fait un voyage en Israël et se met à la peinture. Elle a souvent dit que c’était la peinture qui avait contribué à la révéler à elle-même.
A partir de 1968, sous l’influence des psychanalystes américain et anglais Kohut, Bowlby et Winnicott, Alice s’éloigne de l’orthodoxie freudienne. En1978, un article d’elle est refusé par une revue psychanalytique.
L’année suivante, elle publie Le Drame de l’enfant doué, livre qui obtient un succès immédiat ; puis, en 1980, C’est pour ton bien, et en 1981, L’Enfant sous terreur. C’est de cette période où Alice publiait l’essentiel de son œuvre que Martin Miller, alors âgé d’une trentaine d’années, a gardé le meilleur souvenir. Sa mère communiquait enfin avec lui, sinon sur leur relation, du moins sur ses recherches.
Il entame alors lui-même des études de psychologie qui vont l’amener à être psychothérapeute.
Mais en 1983, Alice suggère puis impose à son fils une thérapie primale avec Konrad Stettbacher dont elle a préfacé plus tard le livre Pourquoi la souffrance ? (Aubier). Le refus de Martin met fin à la brève période d’entente entre lui et sa mère.
En 1985, elle s’installe à Saint-Rémy de Provence, mais n’en informe pas son fils.
Le 22 novembre 1987, elle écrit une lettre à Martin, lettre qu’il publie dans son livre, où elle reconnaît une part de ses torts à son égard, notamment le fait qu’elle n’a pas su le protéger de la violence de son père, mais refuse d’accepter ses accusations.
En 1988, elle quitte la Société de psychanalyse.
En 1991, elle commence à confier à son fils, alors âgé de quarante et un ans quelques détails de sa vie pendant la guerre dont elle ne lui avait jamais rien dit.
Un an plus tard, en 1992, Martin finit par céder et accepte de suivre une thérapie avec Stettbacher, mais celui-ci, au mépris de toutes les règles de la psychothérapie, communique à Alice, à sa demande, l’enregistrement sonore des séances. Martin est excédé par les intrusions de sa mère dans sa vie.
Lorsque Stettbacher veut faire arrêter à Martin son activité de thérapeute, Martin refuse. C’est alors la guerre ouverte avec sa mère.
Mais au cours de l’été 1994, Martin parvient à démontrer à sa mère que Konrad Stettbacher n’a pas de qualification pour exercer la psychothérapie. A l’automne de la même année, Martin porte plainte contre Stettbacher et Alice s’excuse auprès de Martin de l’avoir contraint à cette thérapie.
Le 28 mai 1998, dans une longue lettre que son fils publie intégralement, Alice reconnaît tous les torts qu’elle a eus à son égard. Elle parle d’une « vie gâchée » et d’une « maternité perdue ».
Alice Miller meurt deux ans plus tard, le 14 avril 2010.

Il n’y a pas de raison de mettre en doute ce que révèle Martin Miller sur sa mère, sauf sur trois points. Contrairement à ce que lui a dit une ami de sa mère, Alice Miller ne l’a pas « renié » après lui avoir écrit sa lettre du 28 mai 1998. Françoise Charrasse1, qui a été en contacts fréquents avec Alice Miller au cours des années qui ont précédé sa mort, assure qu’elle lui a souvent dit que son fils était un bon thérapeute. Elle me l’a dit également en mars 1999. D’autre part, il n’est pas exact qu’Alice Miller ait conseillé « l’affrontement agressif » direct avec les parents. Plusieurs textes d’elle montrent qu’elle jugeait cet affrontement inutile et nocif. Enfin, je puis témoigner aussi que, bien qu’elle ait préfacé le livre de Konrad Stettbacher avant que son fils lui ait prouvé son absence de qualification, elle n’approuvait pas l’idée que l’on puisse « travailler sur soi de façon autothérapeutique ». Elle m’a même vivement déconseillé cette méthode.
Mais comment peut-on expliquer qu’Alice Miller ait eu un comportement de mère en contradiction si radicale avec les idées qu’elle a exprimées dans ses livres ?
Je vois à ce comportement plusieurs raisons.
La première est, comme on l’a vu dans ma chronique précédente, qu’elle n’a pas eu de modèle maternel, si l’on en croit les témoins de son enfance qui disent que sa mère était froide et impassible. A une question que lui posait mon épouse sur son éducation, elle a répondu que sa mère, à la moindre incartade, ne lui parlait plus pendant plusieurs jours. De plus, il est probable qu’au début des années cinquante où l’on ne se souciait guère de favoriser le lien entre la mère et l’enfant, le fait de placer son enfant en nourrice, puis plus tard dans un home d’enfants sans aller le voir n’était sans doute pas exceptionnel.
La seconde me semble être que la faculté dominante chez elle a été la curiosité, l’intelligence, la volonté d’obtenir des réponses authentiques aux questions qu’elle se posait sur la vie. Plusieurs faits tendent à le prouver. D’abord l’anecdote de la fête de la Pâque juive évoquée dans Chemins de vie, où la petite Alicija, impatiente de recevoir des réponses décisives aux questions rituelles qu’elle était chargée de poser, n’a obtenu qu’une interminable lecture en hébreu qu’elle ne comprenait pas. Ensuite, la question qu’elle s’est posée à Berlin quand elle a vu des nazis battre des Juifs en pleine rue : Pourquoi certains hommes sont-ils capables de telles cruautés, alors que d’autres ne feraient cela pour rien au monde ? Ensuite son orientation vers des études de philosophie, puis vers la psychanalyse qui lui a semblé répondre plus concrètement à ses questions sur la nature humaine jusqu’à ce qu’elle en découvre les limites et le caractère dogmatique. Enfin, toujours dans le sens d’un rapprochement avec la réalité humaine, l’étude de l’attachement chez Bowlby et les découvertes récentes en neurologie lui ont permis de mettre au point les idées qu’elle a exprimées dans ses principaux ouvrages. Mais elle avait près de soixante ans au moment de cette mise au point.
La troisième raison de son comportement maternel paradoxal me semble être les fortes tensions et les contradictions affectives dans lesquelles elle a vécu depuis sa petite enfance2 et qui l’ont amenée à développer sa recherche intellectuelle indépendamment de son affectivité qui est restée profondément marquée par son enfance et sa jeunesse. Ainsi, peu de temps après qu’elle ait développé une théorie infiniment libératrice à l’égard de la pédagogie noire, son affectivité encore sous l’emprise de son passé l’a amenée à mettre en pratique cette même pédagogie à l’égard de son fils comme quand elle a voulu lui imposer contre son gré la thérapie de Konrad Stettbacher.
Si le premier titre de l’ouvrage de Martin Miller paraît discutable parce qu’il semble dire que Le Drame de l’enfant doué, d’Alice Miller, n’était pas authentique, en revanche, son sous-titre : La Tragédie d’Alice Miller, paraît très juste. Les carences d’affection et les traumatismes subis par Alice Miller dans son enfance et sa jeunesse ont joué le rôle du destin qui accable les personnages des tragédies. Toute la lucidité intellectuelle dont elle a fait preuve dans ses livres a été incapable de la protéger des conséquences de son passé, et de l’empêcher d’imposer à son fils une relation destructrice.
Mais le plus étonnant sans doute est qu’au milieu de cette tragédie, douloureuse pour la mère comme pour le fils, Alice Miller ait pu élaborer une théorie aussi éclairante pour les parents et pour tout lecteur qui cherche à mieux comprendre sa vie. Comme le dit Martin Miller, « la valeur des écrits de ma mère et la portée de sa théorie (…) ne sont pas remis en question par son comportement envers moi. Ses visions et ses ouvrages sont nés dans un vaste espace créatif, où Alice Miller, libérée de ses tourments, pouvait être elle-même. »
La dernière lettre envoyée par Alice Miller à Martin le 9 avril 2010, cinq jours avant sa mort décidée d’avance, est peut-être le signe d’une réconciliation in extremis entre sa pensée et son attitude à l’égard de son fils. Elle a signé ce mot très bref non pas : « Ta mère », comme elle signait ses autres lettres, mais « Ta Maman ».

A propos de l’agressivité des enfants (PEPS, n° 10, Printemps 2015).
Ceux qui croient que la violence humaine est innée ont un argument-massue : « La preuve que l’homme est naturellement agressif et cruel, c’est qu’à la crèche comme à l’école maternelle, les enfants se mordent, se griffent, se battent entre eux ! »
Mais il suffit de prendre connaissance des travaux d’Hubert Montagner, directeur du laboratoire de psycho-physiologie de la Faculté des Sciences de Besançon pour s’apercevoir que cet argument ne tient pas la route. Pendant des années, Hubert Montagner et ses étudiants ont observé le comportement des enfants dans les crèches et les écoles de Besançon. Les comportements des enfants ont été filmés et analysés avec une grande précision et Hubert Montagner a rapporté le résultat de ses observations dans son livre L’Attachement, Les débuts de la tendresse, paru chez Odile Jacob poches en 2006
On apprend dans ce livre une foule de choses sur les enfants. J’en ai retenu particulièrement trois points.

Tout d’abord, les travaux d’Hubert Montagner confirment ce que la lecture d’Alice Miller nous avait déjà appris : l’influence capitale du comportement des mères et des parents en général sur le comportement des enfants. Il ressort en effet de ses observations que les comportements des enfants dans les collectivités, et notamment leurs comportements agressifs, sont étroitement dépendants du comportement de leurs parents : « Chaque fois qu’une mère est apparue très stable et a présenté de nombreux comportements de lien et d’apaisement avec son enfant au cours des trois premières années, l’enfant est apparu lui-même, d’une semaine à l’autre, très stable et a présenté de nombreux comportements de lien et d’apaisement avec ses pairs. » Inversement, les enfants des mères au comportement très variable ou particulièrement agressives avec leur enfant pendant les trois premières années, manifestaient envers les autres enfants « une grande variabilité dans les modes d’interaction et se livraient fréquemment à des agressions apparemment spontanées. » (p.180).
Il en va de même concernant le comportement du père, quoiqu’à un moindre degré compte tenu du fait que les pères s’occupent en général beaucoup moins des jeunes enfants que les mères : « Une fréquence particulièrement élevée des agressions portées par la famille, surtout lorsqu’elle est le fait du père, apparaît liée à des alternances marquées, chez l’enfant, entre des isolements de plus longue durée que la moyenne et des « bouffées » d’agression vis-à-vis de ses pairs. » (p.268)
Plus précisément, « Sur 15 enfants (sur 45) dont la mère présente un comportement plus chaleureux que la moyenne (mères positives et physiquement amicales) et un contrôle modéré ou fort, 10 présentent à 50 mois plus de comportements amicaux que la moyenne avec leurs pairs à l’école. Sur les 6 enfants qui se montrent les plus hostiles avec leurs pairs, 5 ont des mères autoritaires et 1 une mère permissive ; les 4 qui se montrent les plus hostiles en réponse au comportement des pairs ont tous des mères autoritaires. En plus, 5 des 7 enfants qui ont une mère autoritaire présentent moins de comportements amicaux avec leurs pairs que la moyenne. Ainsi, la combinaison d’un contrôle modéré du comportement de l’enfant par la mère et d’une chaleur relationnelle avec l’enfant paraît associée à l’amitié avec les pairs. En revanche, la restriction du comportement de l’enfant par sa mère et des relations sans chaleur de la mère avec son enfant sont associées à des comportements hostiles de l’enfant avec ses pairs. » (p. 181).
De même, lorsque les enfants de 16 à 30 mois ont des mères rieuses et souriantes au moment des repas, ils ont tendance eux aussi à rire et à sourire aux autres enfants au moment du repas. Même correspondance entre mères et enfants en ce qui concerne les comportements d’offrande et d’apaisement qui, entre enfants, ont pour effet d’éviter ou de calmer l’agressivité. Inversement, « lorsque la mère se saisit souvent des objets tenus par l’enfant, celui-ci se livre souvent à des interactions agonistiques1 avec les autres enfants. » (p. 257-58).
Autrement dit, le degré d’agressivité des enfants dépend non pas d’une prétendue violence innée, mais du degré d’agressivité des parents à leur égard ; et le degré de sociabilité des enfants dépend de même du degré de sociabilité des parents à leur égard. Hubert Montagner a constaté aussi que lorsque les parents modifient leur comportement, les enfants modifient également le leur (p. 268).

Ensuite, concernant les comportements agressifs que l’on constate souvent dans les lieux où les enfants sont en collectivité, les travaux d’Hubert Montagner apportent une nouvelle explication de bon sens, mais confirmée par l’observation scientifique. Ces comportements avaient déjà été expliqués par le fait que les enfants, à cet âge critique, éprouvent de fortes émotions, mais, ne disposant pas encore du langage, ne savent les exprimer que par leur corps, par des gestes parfois brutaux. Hubert Montagner, lui, explique ces comportements par le fait que commençant à maîtriser la marche ou maîtrisant déjà bien celle-ci, les enfants « occupent plus souvent et plus activement leur espace dont la surface et l’aménagement sont restés inchangés », et sont donc amenés à rencontrer plus souvent leurs pairs. Il en résulte davantage de conflits pour les objets, en nombre limité au moment de chaque rencontre, et pour l’occupation des lieux les plus attractifs (toboggan ou plate-forme) . » (p. 218)
« Il ne s’agit donc pas, conclut Hubert Montagner, de comportements inéluctables qui seraient l’expression génétique d’une force interne de destruction. D’ailleurs, on peut faire l’hypothèse qu’une partie au moins des comportements d’agression se met en place au cours des explorations du corps des autres et des réactions qui en résultent. » (p.263).
Contrairement à ce qu’affirmait le psychologue québécois Richard Tremblay qui a lui aussi observé scientifiquement les comportements agressifs des enfants et qui les expliquait par «une organisation biologique créée par des millions d’années de combats sanglants », rien ne permet d’affirmer qu’il existerait « un instinct destructeur qui pousserait l’enfant à agir contre les autres, comme s’il existait un fondement génétique à l’agression. » (pp. 305-306).

Un troisième point m’a particulièrement intéressé, c’est que les enfants, du 6ème au 36ème mois, disposent déjà d’une panoplie de gestes spontanés qu’Hubert Montagner a minutieusement répertoriés et qui ont pour effet soit de prévenir, soit d’apaiser les conflits : gestes de sollicitation, gestes d’offrandes, détournements de la tête du buste ou du corps tout entier, retraits, fuites et menaces (il s’agit de menaces dissuasives face à une agression). Dans la plupart des cas, sous l’effet de ces gestes et attitudes, « les agressions sont peu fréquentes, peu appuyées et non répétées. » (pp. 303-304). Des comportements d’apaisement et de conciliation de ce type avaient pu être observés chez les grands singes et chez nombre de mammifères. Ils permettent d’éviter que les conflits ne dégénèrent.

On voit donc que les comportements violents que l’on peut observer dans les lieux comme les crèches et les écoles maternelles où les enfants sont regroupés en grand nombre ne justifient pas la croyance à une agressivité innée de l’espèce humaine. Ils montrent surtout la responsabilité des parents et des adultes dans la production de ces comportements soit par le biais de la violence éducative ou d’un manque de manifestations de tendresse, soit par le biais d’espaces de vie trop restreints qui multiplient les occasions de conflits. Quant aux comportements de conciliation et d’apaisement, ils montrent que nous sommes une espèce naturellement pacifique qui dispose dans son bagage inné de moyens naturels de régler les conflits. Le respect des dispositions naturelles des enfants est la première condition pour qu’ils deviennent des adultes capables de vivre en paix avec leurs semblables.

Hubert Montagner en conclut avec justesse qu’il serait indispensable que les maternités « mettent sur pied non seulement des séances de préparation à l’accouchement pour les femmes enceintes, comme c’est souvent le cas, mais aussi des séances de « connaissance de l’enfant » (p. 286). Ces séances éviteraient aux parents beaucoup de malentendus et d’erreurs.

Des failles de l’enfance au terrorisme (PEPS, n° 11, été 2015).

Le terrorisme individuel tel qu’on l’a vu se manifester en France les 7, 8 et 9 janvier derniers a des causes multiples. Mais il est très probable que certaines de ces causes ont des racines dans l’enfance.

La majorité des terroristes ont eu, en effet, des enfances fortement perturbées.

Mohamed Merah, auteur, en 2012, de sept meurtres, dont trois meurtres d’enfants dans une école juive, avait un père violent, raciste et antisémite, incarcéré pour trafic de drogue alors que Mohamed avait 11 ans. Son frère aîné, Abdelghani, a écrit: « La source de sa haine se trouve dans notre famille, dans ce que notre père notamment lui a transmis ». Sa mère, apparemment irresponsable, a dit, après la mort de son fils s’être réjouie qu’il « ait mis la France à genoux et être très fière de ce qu’il venait d’accomplir ». Son frère aîné, Abdelghani, a été poignardé par son frère cadet Abdelkader qui lui reprochait d’avoir épousé une femme dont le grand-père est d’origine juive. Le même Abdelkader a traité de façon sadique son petit frère Mohamed et tout fait pour le convertir au salafisme. Une de ses sœurs, salafiste, a dit « être fière, fière, fière » de ce qu’avait fait son frère. Une grande partie de son enfance, Mohamed Merah a été placé et déplacé de foyer en foyer.

Mehdi Nemmouche, auteur du meurtre de quatre personnes au Musée juif de Bruxelles, le 24 mai 2014, né de père inconnu, placé dès l’âge de 3 mois dans une famille d’accueil en raison des carences éducatives de sa mère, marqué par le père de cette famille qu’il « détestait » au point qu’  « il refusait d’en parler et se fermait dès qu’on l’évoquait », a vécu un certain temps chez sa grand-mère quand il ne dormait pas dans son véhicule ; il avait le sentiment « qu’il avait dû faire plein de bêtises puisque plus personne ne voulait de lui ». Il a été délinquant multirécidiviste à partir de l’âge de 14 ans.

Les frères Chérif et Saïd Kouachi, auteurs du meurtre de douze personnes au siège de Charlie hebdo, ont été des enfants sans père. Deux frères ou soeurs avaient été déjà placés quand Chérif et Saïd étaient petits. Leur mère, prostituée et souvent absente, les laissait à l’abandon dans un immeuble devenu un repère de pédophiles, où Chérif était le souffre-douleur des autres. Leur mère étant morte ou s’étant suicidée alors qu’elle attendait un sixième enfant, ils ont été orphelins à l’âge de 12 et 10 ans et placés en foyer en Corrèze de 1994 à 2000. Un de leurs amis du foyer témoigne : « C’était très violent. On se battait beaucoup entre nous. Certains éducateurs avaient peur de nous. On était tous mélangés : des orphelins, des types vraiment dangereux qui avaient commis des choses très, très dures, des requérants d’asile complètement perdus. La drogue circulait dans le foyer : herbe, shit, cocaïne Tous ceux que j’ai connus là-bas et dont j’ai eu des nouvelles ont mal tourné. Plusieurs sont en prison, d’autres sont tombés dans la drogue ou même morts » Et c’est là qu’on a mis ces deux enfants de 10 et 12 ans. Leur ami, qui a failli lui-même mal tourner, déplore « cette France qui balance du jour au lendemain à la rue des jeunes qui ont grandi dans un milieu extrêmement violent ».

Quant à Amedy Coulibaly, auteur du meurtre de cinq personnes les 8 et 9 janvier 2015, dans une supérette casher de la Porte de Vincennes, un article de Libération publié le 1er février 2015 permet d’imaginer comment il en est arrivé à ces crimes. Septième d’une fratrie de dix, seul garçon au milieu de neuf soeurs, il a subi la pression, les coups et le mépris de son père. D’après un proche de sa famille, son père voulait en effet qu’il se prépare à devenir « le chef de famille », c’est-à-dire à exercer son autorité sur ses soeurs. Mais comme celles-ci réussissaient mieux que lui en classe et dans la vie, il en a été blessé, et son père qui avait « parfois la main leste », ce qui est probablement un euphémisme, le frappait en le traitant de « loumbouré » (« bon à rien » en dialecte soninké d’Afrique de l’Ouest). Il fallait donc qu’il réussisse autrement à montrer sa valeur et il a choisi la délinquance. A 17 ans, il a passé son premier mois en prison pour vol. Il est alors diagnostiqué « personnalité psychopathique », avec « un sens moral très déficient » et une volonté de « toute puissance ». Il obtient malgré tout un BEP d’installateur conseil en audiovisuel électronique. A 18 ans, il participe à un cambriolage au cours duquel son complice et ami Ali R. est tué en fonçant sur des policiers pour essayer de leur échapper. La mort de son ami l’endurcit encore. Il alterne ensuite braquages et séjours en prison qui lui valent un prestige qu’il n’avait pas pu obtenir autrement. En prison, il rencontre Djamal Beghal, islamiste condamné à dix ans de prison pour avoir projeté un attentat en 2001 contre l’ambassade des Etats-Unis à Paris. C’est le début de sa radicalisation qui sera accentuée par celle de sa compagne. De plus, sa capacité de délinquant à se procurer facilement des armes l’a fait apprécier par les islamistes qui l’ont probablement instrumentalisé. Comme l’a dit un de ses éducateurs, « On l’a programmé pour tuer en jouant délibérément de ses blessures intimes et de celles des quartiers populaires ». Mais en fait, la réussite de ses soeurs montre que ce sont surtout les blessures intimes dues à son passé familial qui ont provoqué sa dérive.1

 

Il faut ajouter que les foyers d’origine de la propagande islamiste radicale à laquelle ces terroristes ont adhéré se situe au Moyen-Orient, région du monde où la violence familiale sur les femmes et les enfants est restée ce qu’elle était chez nous jusqu’au XIXe siècle, c’est-à-dire faite de bastonnades et de flagellations. Autrement dit, les auteurs de cette propagande sont pour la plupart des hommes qui, depuis leur petite enfance considèrent la violence comme quelque chose de normal et même de positif puisqu’on peut l’infliger aux enfants « pour leur bien ». Des enfants soumis à de tels traitements ont été obligés, pour ne pas trop souffrir, de s’endurcir, de se blinder, d’apprendre à ne pas écouter leurs émotions. Le résultat d’un tel blindage, c’est qu’ils ont pu devenir sourds non seulement à leurs propres émotions, mais aussi aux souffrances des autres. Ayant perdu leur capacité naturelle d’empathie qui est le frein le plus fort à la violence, ils peuvent leur infliger les pires souffrances, les torturer, les tuer sans état d’âme, et même avec le sentiment de faire « le bien », de même qu’on les avait fait souffrir « pour leur bien » quand ils étaient eux-mêmes sans défense. Ils considèrent leur idéologie, leurs croyances comme ayant beaucoup plus de valeur que le respect de la vie des autres et ils retiennent surtout de l’islam tout ce qui peut justifier leur violence intérieure et leur volonté de domination et de vengeance pour ce qu’ils ont subi.

Lorsque, soit en prison, soit par le biais d’Internet, cette idéologie touche des jeunes gens littéralement déboussolés, c’est-à-dire ayant perdu la boussole intérieure que sont l’empathie et l’attachement aux autres, elle leur paraît redonner sens à leur vie et ils y adhèrent sans restriction comme on adhère à une secte.

Ainsi, on ne dira jamais assez que l’action de prévention la plus importante contre le terrorisme et les violences de toutes sortes est le soin qu’on prend des enfants. Apporter une aide efficace aux parents pour que ceux qui sont en grande difficulté apprennent à éduquer leurs enfants avec affection et attention. Apporter le plus grand soin aux enfants qu’on est obligé de retirer à leur famille. Interdire clairement toute forme de violence à l’égard des enfants et apporter une aide aux parents qui, par tradition, croient que les coups sont la seule manière d’élever les enfants. Faire évoluer l’école vers des méthodes pédagogiques qui permettent à tous les enfants, y compris à ceux qui sont en difficulté, d’épanouir leurs possibilités (voir sur ce sujet, sur Internet, la vidéo de Céline Alvarez sur la pédagogie Montessori, et sur les réactions des parents de ses élèves). Apporter une aide personnalisée aux enfants qui sont en grande difficulté.

Oui, cela coûtera cher, mais bien moins cher que l’incarcération par milliers de jeunes devenus incontrôlables et dangereux et que les dégâts qu’ils peuvent causer dans la société. Coût d’un détenu en prison pendant un an : 32 000 euros.

1Parmi les formes de violence éducative, une des pires est sans doute la non-reconnaissance inconditionnelle de la personnalité des enfants. Les enfants qui ne sont pas reconnus et aimés simplement pour ce qu’ils sont, quoi qu’ils fassent, et non pas pour ce qu’on attend d’eux, souffrent d’un manque qui peut les pousser au pire pour être reconnus à tout prix. Ainsi, Amédy Coulibaly, reconnu par son père seulement à la condition qu’il se comporte en « chef de famille », condition impossible à remplir dans sa situation, cherche à tout prix à être reconnu et connu d’une autre façon. On sait où cela l’a amené. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un cas de terrorisme, il est bien possible que le cas d’Andreas Lubitz ait des points communs avec celui d’Amady Coulibaly. D’après le peu qu’on sait de lui, Andreas Lubitz semble avoir eu un tel besoin de reconnaissance que, dans son esprit, seule la réalisation du rêve d’être pilote de ligne pouvait le satisfaire. L’échec dans ce domaine dû à son état de santé physique et mentale lui a sans doute fait voir sa vie comme une impasse dont seul le suicide pouvait le faire sortir puisque, s’il n’était pas pilote de ligne, il n’était rien. Mais pour trouver une forme de suicide qui lui permette d’être connu et reconnu, il lui fallait un suicide spectaculaire dont on se souvienne longtemps et qui permette que son nom soit connu de tous. C’est ce qu’il avait d’ailleurs annoncé à mots couverts à sa compagne. Et comme son enfance lui avait sans doute aussi fait perdre tout sens de l’empathie, il n’a tenu aucun compte du fait qu’il emportait dans son suicide 149 personnes et il n’a sans doute vu dans ce massacre collectif qu’une occasion de renforcer sa notoriété.

 

L’obéissance est-elle une vertu ? (PEPS, n° 12, automne 2015)

Quand j’étais professeur, et bien avant d’avoir lu Alice Miller et d’avoir pris conscience des effets de la violence éducative, un des premiers sujets de dissertation que je donnais à mes élèves était celui-ci : « L’obéissance est-elle une vertu ? » Je crois qu’aucune de mes classes n’y a échappé.

A peu près tous les élèves donnaient une réponse positive à cette question, soit parce qu’ils le pensaient vraiment, soit en imaginant me faire plaisir,.

Mais avant de leur donner un corrigé de ce devoir, je consacrais une heure à leur présenter le livre de Stanley Milgram relatant les expériences qu’il a faites dans les années soixante sur la soumission à l’autorité1. J’en rappelle rapidement le contenu. On propose à des personnes recrutées sur annonce de participer à une série d’expériences sur la mémoire. Ces personnes seront les moniteurs de l’expérience, mais en réalité, ce sont elles qui y seront soumises. Elles devront lire une liste de couples de mots dont une autre personne, censée avoir été recrutée comme elles sur annonce, devra se souvenir (mais cette dernière personne est en réalité un comédien complice de l’expérimentateur). Au cours d’une deuxième lecture de la liste, la personne dont on est censé tester la mémoire répond. Toutes les fois qu’elle se trompe, le sujet naïf doit la « punir » en appuyant sur les touches d’un clavier censées envoyer des décharges électriques graduées de 15 à 450 volts. Ces décharges sont fictives mais la victime feint de les recevoir en manifestant sa souffrance, en protestant contre ce qu’on lui fait subir, en suppliant qu’on arrête l’expérience et qu’on la détache, puis, au niveau des décharges les plus fortes, en ne manifestant plus rien comme si elle avait perdu connaissance. Dès les premiers cris de la « victime », lorsque le sujet naïf se retourne vers le scientifique en blouse blanche qui représente l’autorité et qui est présent dans la salle, celui-ci répond par une série d’ordres gradués n’incluant aucune menace : « Continuez s’il vous plaît », « L’expérience exige que vous continuiez », « Il est absolument indispensable que vous continuiez » et « Vous n’avez pas le choix, vous devez continuer. »

On sait en général que ces expériences ont prouvé que, placés dans cette situation, les deux tiers d’entre nous vont jusqu’aux décharges les plus fortes en manifestant plus ou moins de résistance mais sans oser désobéir aux ordres qui leur sont donnés. Ce résultat est déjà consternant et il montre à quel point l’éducation que nous avons reçue, car c’est bien de cela qu’il s’agit, nous rend capable de torturer et même de tuer un de nos semblables simplement parce que nous en recevons l’ordre d’une autorité que nous reconnaissons.

Mais c’est à d’autres résultats de ces expériences, très utiles aux parents et aux éducateurs que je voudrais consacrer cette chronique.

Tout d’abord, des psychiatres consultés par Milgram avant la réalisation de ces expériences avaient prévu que seule une infime minorité de sadiques irait au-delà des chocs provoquant manifestement la souffrance de la victime. Seuls un ou deux sujets sur mille, probablement sadiques, administreraient le choc le plus élevé. Autrement dit, ils n’avaient aucune conscience de l’emprise que peut avoir une autorité sur nous quand elle est reconnue. De même, chacune des personnes à qui Milgram a décrit l’expérience sans la leur faire subir, a pensé qu’elle désobéirait aux ordres d’envoyer les décharges à un moment ou à l’autre de l’expérience, en général avant que la victime des chocs ne manifeste sa souffrance. Autrement dit, nous n’avons pas conscience, et les psychiatres aussi peu que les autres, de l’emprise que peut avoir sur nous une autorité que nous reconnaissons.

Quant à l’explication par le sadisme dont la psychanalyse assure que nous en possédons tous une part innée, cette hypothèse est fortement mise en question par une des variantes de l’expérience de Milgram. Au début de cette variante, l’expérimentateur montre au sujet naïf qu’il peut recourir à tous les niveaux du clavier, donc aussi bien le niveau des décharges les plus fortes que celui des décharges les plus faibles, mais il lui laisse le choix de ce niveau. Si notre comportement était régi par le sadisme, la majorité des sujets auraient profité d’une telle situation de pouvoir sur l’élève pour décharger leur agressivité. Or, il n’en a rien été. La quasi-totalité des sujets naïfs ont administré les chocs les plus faibles, ceux qui ne provoquaient aucune manifestation de souffrance de l’élève, lorsqu’ils ont eu la possibilité d’en choisir le niveau. De même lorsque l’autorité, après avoir expliqué son rôle au sujet naïf, sortait du laboratoire et donnait ses ordres sans que le sujet se sache observé, la majorité des sujets ont triché et envoyé les décharges les plus faibles en feignant d’envoyer les plus fortes.

Dans une autre version de l’expérience, les sujets naïfs n’étaient pas chargés d’envoyer les décharges mais seulement de lire la liste de mots. Ils participaient bien à l’expérience, mais dans un rôle secondaire où ils ne se sentaient pas directement responsables de la souffrance de la victime. Dans ce cas, ce ne sont plus 65% des sujets qui sont allés jusqu’aux décharges les plus fortes, mais 92%. Cette version montre que lorsque la responsabilité est fragmentée, un très grand nombre d’entre nous sont capables de participer à une action destructrice sans avoir l’idée ou le courage de cesser d’y participer.

La proximité de la victime par rapport au sujet naïf joue aussi un rôle. Plus la victime est éloignée du sujet naïf, plus celui-ci est porté à obéir aux ordres qui provoquent sa souffrance. En revanche, plus la victime est proche jusqu’à être en contact direct avec le sujet naïf, plus celui-ci est porté à refuser d’obéir. Il est plus facile de bombarder du haut du ciel une ville dont on ne voit pas les habitants que d’enfoncer sa baïonnette dans le ventre d’un homme qu’on a devant soi, même si la première action fait beaucoup plus de victimes que la seconde.

Ce qui est particulièrement significatif aussi, c’est que beaucoup de sujets obéissants jusqu’au bout ont eu tendance ensuite, lorsque Milgram leur a expliqué en quoi consistait en réalité l’expérience, à accuser la victime : « elle se trompait tout le temps, elle ne tenait pas compte de ce qu’on lui disait, elle faisait preuve de mauvaise volonté ». A noter que c’est à peu près ainsi qu’on justifie la violence éducative sur les enfants.

Une des expériences les plus significatives est aussi celle où, au début de l’expérience, le pseudo-élève se rebelle et refuse d’y participer prétendant qu’il n’aurait pas été prévenu d’avoir à subir des chocs électriques. Le scientifique alors, pour lui montrer que les chocs ne sont pas douloureux, prend sa place. C’est lui qui va être censé recevoir les chocs. En fait, il réagit exactement comme les autres « élèves » et se met à manifester sa souffrance au même niveau de décharges. A ce moment-là, le sujet naïf veut s’arrêter, mais celui qui était censé recevoir les chocs insiste pour que l’expérience continue : il veut savoir exactement ce qu’il va avoir à subir s’il prend la place de l’autorité. Mais le sujet naïf, révolté, refuse de continuer et va lui-même détacher l’autorité. Et lorsqu’on lui explique en quoi consistait l’expérience, il prétend qu’il aurait réagi exactement de la même façon s’il y avait eu un homme ordinaire à la place de l’autorité. Alors qu’en fait il aurait eu deux chances sur trois de se trouver parmi les auteurs des plus fortes décharges. Là encore, ignorance complète de l’emprise de la relation d’autorité.

Une autre version de l’expérience montre le rôle que nous pouvons jouer pour arrêter le fonctionnement d’un système hiérarchique destructeur. Au début de l’expérience, ce n’est pas un sujet naïf qui y est soumis, mais, en apparence trois sujets simultanément. En réalité deux de ces sujets sont des complices de l’expérimentateur. Au cours de l’expérience, successivement, les deux sujets complices refusent de continuer en disant que cette expérience est inacceptable. Dans ce cas, 10% seulement des sujets naïfs obéissent jusqu’au bout à l’expérimentateur. Autrement dit, en manifestant notre désapprobation à l’égard d’une injustice, nous pouvons contribuer à réduire le nombre de ceux qui y contribuent et donc à la faire cesser.

Selon les opinions politiques et les catégories sociales, le niveau de propension à l’obéissance ne varie guère. En revanche, les catholiques ont eu un peu plus tendance à obéir que les protestants et les juifs : l’organisation de l’Eglise catholique est hiérarchique. De même, plus le service militaire a été long, plus la tendance à obéir a été grande. L’instruction est plutôt un facteur de rébellion de même que le fait d’avoir une profession touchant à l’humain (enseignement, médecine, justice) par opposition aux professions plus techniques (ingénieur, scientifique). Mais ce qui est dommage, c’est que Milgram n’ait pas eu l’idée de demander aux personnes soumises à l’expérience quel type d’éducation elles avaient reçu. Car il y a fort à parier que la tendance à obéir à des ordres humainement inacceptables dépend en grande partie de la relation d’autorité à laquelle on a été soumis depuis sa petite enfance. L’obéissance « au doigt et à l’oeil » est une habitude qui se prend très tôt et qui peut nous faire oublier les effets des ordres auxquels nous obéissons.

Il est très intéressant de rapprocher ces résultats des expériences de Milgram d’une étude qui n’a été réalisée jusqu’à présent que sur un nombre relativement faible d’enfants (58) mais qui, si elle est vérifiée, nous apprend quelque chose de très important concernant la manière dont les enfants obéissent à un ordre ou à une demande2. Il ressort de cette étude que lorsqu’on demande quelque chose à un enfant de 3 ans, il commence par réfléchir sur la cohérence de ce qu’on lui demande et n’obéit qu’après avoir constaté que l’ordre est cohérent. Par exemple, si on lui ordonne de remplir un gobelet d’eau et s’il a constaté que le gobelet est percé, il n’obéit pas à l’ordre. Que faisons-nous quand nous exigeons l’obéissance immédiate « au doigt et à l’oeil »comme on l’a longtemps fait et comme on le fait encore souvent ? On risque de détruire ce précieux réflexe des enfants qui les fait réfléchir à l’ordre donné avant d’obéir. Si ce réflexe avait été respecté tout au long de l’enfance chez les sujets que Milgram a soumis à ses expériences, se seraient-ils « soumis à l’autorité » comme ils l’ont fait ?

La capacité de désobéir et surtout de réfléchir pour savoir si on doit obéir ou non, est une capacité essentielle, bien moins répandue qu’on ne le croit, et qu’il faut se garder de détruire chez les enfants.

Inutile de dire qu’à mon sujet de dissertation, la réponse que je proposais était « Non ». Ce n’est pas l’obéissance qui est une vertu, c’est la capacité de réfléchir avant de savoir si on va ou non obéir. Curieusement, lorsque j’ai rencontré d’anciens élèves bien des années après qu’ils aient quitté le lycée, de mes centaines d’heures de cours, c’est souvent la présentation du livre de Milgram qu’ils avaient le mieux retenue. Lisez ce livre, vous ne le regretterez pas.

1Stanley Milgram, Soumission à l’autorité, Calmann Levy, 1994.

2 http://www.apa.org/pubs/journals/releases/dev-a0031715.pdf (article en anglais).

Les enfants et la justice réparatrice (PEPS, n° 13, Hiver 2015).

Le Monde du 24 juin dernier a rapporté une intéressante expérience qui a été menée par des chercheurs de l’Institut Max Planck de Leipzig, en Allemagne, et de l’université de Manchester en Grande-Bretagne et qui a été publiée dans la revue Current Biology1.

Elle a montré que les enfants, dès l’âge de trois ans, ont un réel souci des autres et de la justice réparatrice. Ils sont portés à réparer le mal causé à quelqu’un d’autre par un tiers malveillant plutôt qu’à punir le coupable.

On savait déjà, par une étude de l’éthologue Michael Tomasello que les chimpanzés n’ont le sens de la justice réparatrice que lorsqu’eux-mêmes individuellement sont victimes d’une agression. Si la victime est un autre singe, ils ne cherchent pas à réparer le mal subi.

Qu’en est-il des enfants ?

Pour essayer de répondre à cette question, on a fait asseoir un enfant de trois ans2 à une table ronde avec une marionnette à sa gauche chargée de jouer le rôle de la victime, et, en face de lui, une autre marionnette, le profiteur, plus ou moins bien intentionné3. Un jouet se trouve au départ devant l’enfant ou devant la victime. L’enfant et le profiteur (animé par un marionnettiste) peuvent déplacer le jouet en faisant tourner la table dans le sens des aiguilles d’une montre. Si le jouet arrive à droite de l’enfant, dans une « grotte », il disparaît et la table ne peut plus tourner.

On fait interpréter par les marionnettes plusieurs situations différentes.

Dans la première, le jouet est devant l’enfant et la marionnette « profiteuse » soit réclame le jouet comme si elle y avait droit elle aussi, puis fait tourner la table pour exercer ce droit, soit lui « vole » le jouet sans chercher à justifier son geste.

Dans la seconde, le jouet est devant la marionnette « victime », et la « profiteuse » se manifeste en réclamant le droit de prendre le jouet et en le prenant effectivement, soit en le volant.

L’enfant a deux possibilités : ne rien faire, ou faire disparaître l’objet dans la grotte donc punir le voleur.

Les chercheurs pensaient que l’enfant punirait moins souvent quand la profiteuse avait exercé son droit de prendre que quand elle volait, ainsi que quand la victime était la marionnette ou lui-même.

Or, les résultats n’ont pas confirmé cette hypothèse. Dans tous les cas, les enfants ont puni le voleur, qu’il ait cherché ou non à justifier son acte, et que la victime ait été la marionnette ou l’enfant lui-même. Ce qui leur importait, c’était de punir le coupable.

Mais, et c’est là que l’expérience devient particulièrement intéressante, dans le cas un peu différent où la table pouvait tourner dans les deux sens, l’enfant préférait rendre le jouet à la victime plutôt que de le faire disparaître dans la grotte ou de s’en emparer lui-même, ce qui montre qu’il n’était pas obnubilé par l’idée de punir (auquel cas, sa réaction immédiate aurait été d’expédier le jouet dans la grotte) mais qu’il voulait avant tout réparer le tort commis. Les enfants auraient donc le sens de ce qu’on appelle la justice réparatrice.

Il est très intéressant de voir ici que les enfants de trois ans bien qu’ils aient eu en général de multiples occasions d’être confrontés à la punition à leurs propres dépens, choisissent d’eux-mêmes plus spontanément la réparation du dommage subi par la victime que la simple punition du « profiteur ». Si on rapproche ce comportement des comportements de réconciliation observés chez les singes, mais aussi de ceux qu’a observés Hubert Montagner chez les enfants dans les crèches et les classes de maternelle4, on peut penser que les réflexes sociaux de restauration des relations sont plus spontanés que les réflexes de punition et d’exclusion dont on voit les conséquences catastrophiques dans le système carcéral5. On peut aussi rapprocher ce comportement des enfants de celui des chasseurs-cueilleurs qui, en général, pratiquent une justice restauratrice beaucoup plus qu’une justice punitive.

Encore une fois, il semble bien que ce soit le mode d’éducation des enfants qui leur apprenne la punition, qui leur apprenne à la trouver normale et à la pratiquer ensuite, une fois devenus adolescents et adultes comme si c’était la seule possible face à un comportement asocial.

Cela semble confirmer que l’essentiel de l’éducation consiste à faire confiance aux capacités relationnelles innées des enfants et à accompagner leur développement.

 

1Restorative Justice in Children, Katrin Riedl, Keith Jensen, Josep Call, Michael Tomasello. Current Biology, volume 25, Issue 13, p. 1731-1735, 29 june 2015.

2 L’expérience a été conduite sur un bon nombre d’enfants, mais séparément.

3On peut voir ce dispositif par exemple sur le site du journal Le Temps : www.letemps.ch/sciences/2015/06/18/petits-ont-sens-justice.

4Cf PEPS n° 10

5Cf la déclaration d’Obama : « Nous dépensons plus d’argent pour le système carcéral que pour l’éducation des enfants (Le Monde, 4 avril 2015)

 

Rendre visible l’invisible (PEPS, n° 14, Printemps 2016)

Au moment où j’écris cette chronique, je viens juste de recevoir un témoignage, envoyé à l’Observatoire de la violence éducative ordinaire, par une certaine Claire qui dit qu’elle n’a appris que récemment que ce qu’elle avait subi tout au long de son enfance s’appelait la « violence éducative ordinaire ». Elle a intitulé son témoignage Grandir avec la peur au ventre. Elle y raconte pendant presque dix-neuf ans les coups, les gifles, les fessées, les douches froides, les humiliations, les moqueries, mais aussi l’absence de gestes tendres, de mots d’amour. Les critiques là où elle espérait des compliments. Elle raconte qu’elle se revoit, « cachée derrière un fauteuil du salon, 5 ans peut-être, qui se rend compte qu’elle vient de mettre un coup de feutre noir sur sa chemise de nuit blanche et que la peur l’envahit ». Le résultat : elle en arrive à mentir, à haïr ses parents, à leur demander pourquoi ils l’avaient fait naître. Et l’autodénigrement : « Je me détestais autant qu’eux. »

Nous recevons souvent des témoignages de ce genre. Nous les publions sur le site de l’Observatoire1 parce que nous croyons nécessaire de faire apparaître, de faire émerger, de rendre visible cette forme de violence que ceux qui l’ont subie ne savent souvent pas identifier comme une forme de violence inacceptable. Ils l’ont subie dès leur plus jeune âge, ils ont grandi « la peur au ventre », mais les coups qu’ils ont subis les persuadaient que c’étaient eux qui avaient tort. Si on les frappait, c’est qu’ils étaient vraiment mauvais, méchants, désobéissants. Et comme Claire, ils apprenaient à se haïr. Malheureusement, contrairement à Claire, ils en restent souvent persuadés toute leur vie : « Oh ! Moi, j’en ai reçu des volées ! Mais il faut dire que je leur en ai fait voir à mes parents. S’ils ne m’avaient pas frappé, je ne sais pas ce que je serais devenu ! » D’autres oublient ce qu’ils ont subi et veulent tellement l’oublier que si plus tard leur vie les amène à devenir des spécialistes des sciences humaines, psychologues, psychanalystes, sociologues, historiens, philosophes, et s’ils étudient les origines de la violence humaine, comme par hasard ils oublient de parler de cette sorte de violence infligée aux enfants pour les éduquer alors que c’est probablement la plus importante quantitativement avec la violence contre les femmes2. Et non seulement, ils oublient cette violence mais, toujours comme par hasard, ils « découvrent » que la source de la violence est dans les enfants eux-mêmes, dans leurs « pulsions », leurs « instincts », leur volonté de « toute-puissance », ou, s’ils sont croyants, dans le « péché originel » ! Et ils bâtissent là-dessus de savantes théories.

Claire, heureusement, est restée consciente que ce qu’on lui faisait n’était pas normal. A 19 ans, elle a quitté le domicile de ses parents pour partir faire ses études ailleurs. Puis elle est partie aux Etats-Unis. « J’ai vécu avec une famille qui pratiquait une éducation positive, le petit garçon que je gardais allait dans une école Montessori. A l’époque je ne comprenais pas le concept et les principes. Lorsque nous discutions éducation, que j’expliquais comment ça se passait chez moi, ils avaient l’air horrifié rien qu’à l’évocation d’une fessée ou de vexer un enfant. Je ne comprenais pas pourquoi ! C’était « normal » pour moi. Je ne comprenais pas le temps que la maman passait avec son petit garçon qui faisait une crise. Mais ils m’ont parlé, et il m’a fallu attendre mon retour en France pour prendre conscience de l’alternative qui existait ! » Cette famille a joué le rôle du témoin compatissant et lucide dont parle Alice Miller. Rentrée en France « J’ai pu parler de mon vécu pour la première fois à ma meilleure amie il y a à peine 5 ans. J’en pleurais à chaudes larmes, elle me regardait ébahie et me confiait plus tard qu’elle n’aurait jamais pu imaginer que j’avais pu vivre de telles choses. Elle a grandi avec une mère aimante, dont elle est très proche. Elle est devenue maman à son tour, quelques années plus tard et elle m’a inspirée ! Elle a été mon modèle ! Je la voyais douce et attentionnée avec son bébé… Je savais que je voulais être CE genre de maman. »

On aimerait que tous les enfants qui ont subi la violence éducative aient la réaction et l’évolution de Claire. Mais ce n’est malheureusement pas le cas. La majorité des Français aujourd’hui encore ont conservé des coups qu’ils ont reçus enfants la conviction qu’ils étaient coupables, qu’on avait raison de les leur donner et donc qu’il faut continuer à frapper les enfants, « pour leur bien ».

C’est pour cette raison qu’en 2005, il y a onze ans de cela, nous avons été quelques-uns, sur la liste de discussion Parents-conscients initiée par Catherine Dumonteil Kremer, à créer l’Observatoire de la violence éducative ordinaire. Notre but : faire prendre conscience de la réalité et des effets de la violence éducative ordinaire. Informer et agir pour qu’on ne puisse plus la considérer comme normale et bénéfique. Publier des témoignages de ceux qui l’ont subie, comme Claire. Et tout faire pour que cette forme de violence soit clairement interdite de même qu’on a déclaré, en 1994 seulement !, que la violence conjugale était un délit.

Les choses progressent petit à petit (très petit à petit!). La veille du jour où j’écris, deux membres de l’OVEO ont été reçues, avec le Docteur Gilles Lazimi, par la Défenseure des enfants. Elle les a assurés de son appui. Les 13 et 14 janvier dernier, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies à rappelé à la Secrétaire d’Etat aux affaires familiales, aujourd’hui ministre de l’enfance, le devoir de la France d’interdire toute forme de punition corporelle et d’humiliation. Le film de Michel Meignant L’Odyssée de l’empathie qui porte tout entier sur la nécessité de renoncer à la violence éducative pour permettre à l’empathie naturelle des enfants de se déployer chez les adultes qu’ils deviennent, est projeté partout en France et obtient un réel succès. Ne manquez pas de le voir si vous en avez l’occasion.

Comme l’a écrit le Directeur général de l’UNICEF, Anthony Lake, « Chaque fois que des enfants sont brutalisés, où qu’ils se trouvent, il faut que nous fassions entendre et que nous exprimions visiblement notre indignation et notre colère. Nous devons rendre visible l’invisible. » En participant aux actions de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire, en nous envoyant vos témoignages (www.oveo.org/fichiers/Tract-Questionnaire.pdf), vous contribuerez à « rendre visible l’invisible ».

1www.oveo.org

2 C’est ce que j’ai montré dans mon livre La violence éducative : un trou noir dans les sciences humaines (L’Instant présent, 2012), où j’étudie notamment les livres de Boris Cyrulnik, Elisabth Roudinesco, Robert Muchembled, René Girard et bien d’autres.

 

 

 

By Olivier Maurel

Ci-dessous un message reçu d’une lectrice de mon livre « Vingt siècles de maltraitance chrétienne des enfants »

Avec joie je découvre que votre livre « 20 siècles de maltraitance chrétienne des enfants » est réédité, je vais pouvoir en faire profiter mon entourage
émoticône smile
J’ai énormément apprécié ce livre, dont la lecture m’a été suggérée par ma victimologue, étant moi-même victime d’inceste, fille de parents catholiques « pratiquants » et maltraitants. Je vous remercie de l’avoir écrit. Il m’a fait beaucoup de bien et complète ma thérapie à merveille !
Il me fait réfléchir également sur la différence entre foi chrétienne et croyance en les dogmes catholiques.
La première bonne surprise fut de voir que vous alliez vous appuyer sur le passage de la Bible suivant où Jésus dit : « Quiconque scandalise un seul de ces petits qui font confiance/croient en moi, cela revient au même pour lui d’avoir une meule d’âne suspendue autour de son cou et d’être submergé dans l’abîme de la mer » (Mathieu 18, 6). En effet c’était un passage que j’avais remarqué lors de la lecture de « Magnificat » (revue mensuelle pour prier chaque jour avec l’Eglise) il y a plusieurs mois et dont je mesurais l’importance pour moi et pour les enfants et sur lequel j’avais besoin d’en savoir plus. Donc, forcément, ma curiosité a été aiguisée sur la découverte de la suite du livre !
Tout au long de votre œuvre j’ai particulièrement apprécié votre persévérance méthodique à dénoncer ces violences éducatives contraires au respect de l’enfant, par les nombreuses citations, suivies d’un éclairage de celles-ci, sur les vérités qu’elles contiennent, sans tabou ni peur des critiques des adultes bourreaux, des membres de l’Eglise et du pape lui-même, puisque vous lui dédiez ce livre (ainsi qu’à vos petits-enfants).
Grâce à toutes vos recherches et tous ces exemples, j’ai retrouvé certains comportements et dires, de mes parents ou d’autres personnes qui se disent chrétiennes, profondément destructeurs et humiliants. Avec ces décryptages, s’il restait, à cause de la culpabilité laissée en moi, un doute qu’ils aient eu raison d’agir ou de dire ainsi (« c’est pour ton bien »), il apparait évident qu’ils sont contraires au respect et à l’amour. Comme ce passage que vous mentionnez à la page 141 où, « un théologien de grand renom », demande à ce qu’un enfant, affublé de fautes qu’il n’a pas commises, soit « jeté à terre, roué de coups comme s’il avait commis un sacrilège (…). Le théologien ajouta : « Il n’a rien fait pour mériter cela, mais il fallait l’humilier ». Et pourtant, en effet, il ne viendrait pas à l’idée de Jésus de frapper les petits enfants qui viennent à lui en toute confiance, ni de frapper des adultes.
Vous êtes une voix pour moi
émoticône smile
Vous avez évoqué le mal que des adultes ont fait sur des enfants au seul nom de Dieu, vous en avez souligné le non-sens, la cruauté et le caractère destructeur. Des milliers d’enfants au cours des siècles ont subi ces maltraitances. C’est gravissime et néfaste pour la société tout entière. Le tabou est levé. Il faut stopper cela partout et tout de suite.
Je recommande ce livre à toutes les personnes maltraitées dans leur enfance (ils verront qu’ils ne sont pas seuls à avoir subi des mauvais traitements et qu’ils ont raison de s’insurger contre cela), à ceux qui cherchent à aller mieux sans avoir peur de faire la lumière sur leur enfance (avec, de préférence, l’aide d’un thérapeute), à tous les chrétiens (c’est le moment de voir en face les pratiques violentes, à but « éducatif », ultra-répandues, encouragées au long des siècles par l’Eglise et pourtant contraires à l’Evangile), aux parents, aux enseignants, à tous ceux qui veulent éduquer les enfants et créer des liens avec eux dans le respect, la dignité, l’amour et la non-violence.
Bien à vous.

By Olivier Maurel

Interview parue dans Edition soir Ouest France

http://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/675/reader/reader.html?t=1454606270862#!preferred/1/package/675/pub/676/page/8

By Olivier Maurel

Un livre à lire

Connaissez-vous le livre : Un amour dans la tourmente ?

Non, sans doute, parce qu’il n’a été que très peu diffusé pour le moment. C’est le récit composé autour de la correspondance de ses parents, René et Jacqueline, par une certaine Françoise Maurel que je connais assez bien. On y suit, de 1934 à 1948, le récit d’un amour vivant qui, après une période heureuse de fiançailles et de mariage, a résisté à la séparation, à la guerre, à l’invasion, à la prison, au deuil, à l’exil. On y entend et voit vivre, au jour le jour, un couple que la tourmente de cette époque sépare à maintes reprises et qui entretient son amour à travers des lettres souvent bouleversantes et remarquablement bien écrites. On y voit aussi un père qui, à une époque où l’on croyait nécessaire d’élever les enfants avec dureté, recommandait à son épouse d’élever ses enfants avec douceur. Des enfants désemparés par l’absence de leur père qui essaie de les rassurer autant qu’il le peut derrière les murs de sa prison et de jouer son rôle malgré l’éloignement.
Les premiers lecteurs de ce livre en ont été bouleversés. Vous pourrez en découvrir quelques extraits sur la page de Françoise, notamment la lettre où, en 1939, pendant la « drôle de guerre », René, alors mobilisé et lui-même menacé par la guerre, découvre la tombe de son propre père tué pendant la guerre de 14-18 dans la bataille du Bois-le-Prêtre. On peut y lire aussi la lettre où, en pleine bataille de Dunkerque, sans nouvelles de son mari qui s’y trouve, avec une partie de l’armée française, encerclé par les Allemands, Jacqueline exprime sa peur et son désespoir.

Malgré le tragique de beaucoup de passages, une lecture revigorante par la force de l’amour qui s’y exprime.

A commander en édition papier ou en édition électronique à http://editions-encretoile.fr (rubrique Boutique – Récits)

Le livre

L'auteur

 

 

By Olivier Maurel

Emission Le Goût de vivre RCF

By Olivier Maurel

L’Odyssée de l’empathie

Je signale aux Varois que le nouveau film de Michel Meignant et Mario Viana, L’Odyssée de l’Empathie, sera projeté par l’association « Planète Agapè »
Vendredi 11 décembre 2015 à 18h30
à L’Espace AGAPÉ
431 chemin du Massoque
83 330 – Le Castellet
Je participerai à l’animation du débat qui suivra la projection.
La première projection de ce film à Lambersart, près de Lille, le 5 novembre, a fait salle comble et s’est terminée par une standing ovation.
L’empathie est notre capacité naturelle à partager les émotions des autres. C’est le frein le plus efficace à la violence : ressentir la souffrance de l’autre me dissuade de le faire souffrir.
Coordinatrice Planète Agapé
Laurence Zuber
32 cours Mirabeau
13 100 – Aix-en-Provence
0665460572
tiliacoachaix@gmail.com

By Olivier Maurel

Interview sur la web TV du Var

La web TV du Var, TV 83 a commencé aujourd’hui la diffusion d’une interview de moi par José Lenzini. Cette interview est découpée en 5 séquences de 10 minutes sur la violence, la violence éducative et sur mon dernier livre : Vingt siècles de maltraitance chrétienne des enfants (Encretoile, 2015). Les quatre séquences suivantes seront diffusées à raison d’une par jour jusqu’à vendredi.

http://www.tv83.info/2015/09/07/travelling-n1-avec-olivier-maurel-14/

By Olivier Maurel

Interview La Croix 10 juillet 2015

http://www.paroissesaintaubin.fr/index_fichiers/documents/cur_maltraitance_enfants.pdf

L’éditeur de mon livre, très courageux de l’avoir édité, mais n’ayant pas les moyens de faire de la publicité, merci de diffuser aussi largement que possible cette interview surtout dans les milieux chrétiens.

By Olivier Maurel

Deux réactions à mon dernier livre

Réaction d’une lectrice de Vingt siècles de maltraitance chrétienne des enfants :
Bonsoir Monsieur,
Je suis plongée dans la lecture de votre ouvrage, très intéressée par tout ce que j’y découvre. Bravo pour ce texte dont l’écriture, comme le souligne Lytta Basset, était indispensable.
Profondément croyante tout autant qu’anticléricale, je tente d’asseoir mes “polémiques” concernant l’Église sur des éléments réfléchis; mais aussi parfois sur des notions plus intuitives qu’influencées par la connaissance des textes; par exemple, je me suis toujours méfiée de Saint Augustin, le jugeant misogyne comme tant d’autres, sans pour autant avoir eu le courage de le lire, au delà de quelques citations. Votre livre, par tous les écrits qu’il met en exergue, nous permet une compréhension des origines et des processus ayant peu à peu caractérisé une Église déconnectée des paroles christiques.
Quant à l’évolution de l’éducation que vous décrivez, à partir d’Érasme, Montaigne, Fenelon; il se fait que je travaille actuellement sur un ouvrage traitant de la pédagogie musicale. Et certaines de vos citations éclairent soudain quelques-unes de mes réflexions !
Merci donc pour votre travail, et bien amicalement,
Marie Corselis
Et, sur le même livre, un article de Michel Seyrat qui vient de paraître dans le journal chrétien Azur Informations, dans les Alpes Maritimes. Pour le lire, http://www.azurinformations.com/index.php#page=accueil
Cliquer sur Lire Azur Information, encadré du haut à gauche.
Puis, juin-juillet à télécharger. L’article se trouve page 14 : Elever les enfants,Talitha Koum.
Pour recevoir mon livre dédicacé à votre nom ou, pour un cadeau, à un ou une amie, il vous suffit de m’envoyer votre adresse postale. Prix du livre, port compris : 26 €. Mon adresse : Olivier Maurel 1013C Chemin de la Cibonne 83220 Le Pradet.

By Olivier Maurel

Un conte de ma soeur Micheline sur Youtube

Ma nièce Guilaine vient de me signaler qu’un des meilleurs contes de ma soeur, Micheline est raconté sur Youtube. C’est Him-Li-Co ou le huitième enfant.

https://www.youtube.com/watch?v=cvlRKEyrLSo