Olivier Maurel

Écrivain militant – Non à la violence éducative !

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« L’interdiction de la fessée demande un certain courage politique » sur Rue89

Article paru sur le site Rue89 le 20 mai 2014

L’amendement « anti-fessée » a été renvoyé aux calendes grecques. Le député EELV François-Michel Lambert l’a retiré lundi soir après que le gouvernement s’est engagé à « reprendre la discussion lors d’une prochaine loi sur la protection de l’enfance », promise pour septembre.

La pédiatre Edwige Antier, ex-députée UMP ralliée à l’UDI, et auteure de la précédente proposition de loi favorable à l’interdiction des châtiments corporels (restée sans suite), ne comprend pas :

« L’amendement a été courageusement porté et très bien accueilli par les députés de tous bords. Visiblement, le législateur est prêt mais pas le gouvernement. »

Les Français non plus. Selon la dernière enquête sérieuse sur le sujet, publiée par TNS-Sofres en 2009 :

  • 82% des Français sont hostiles à une loi interdisant la fessée ;
  • ils sont 67% à déclarer en avoir déjà donné une ;
  • et sont 45% à estimer qu’elle « apprend le respect de l’autorité ».

Hors de question, pour une majorité de Français, que l’État vienne se mêler de la manière dont ils traitent leurs enfants.

Le retard français

François-Michel Lambert se dit « confiant » malgré tout :

« Le moment n’était pas venu hier soir [lundi, ndlr], il faut un débat sur ces changements sociétaux. »

Il y a pourtant urgence : la France pourrait être condamnée par le Conseil de l’Europe pour son refus d’interdiction des châtiments corporels après que l’ONG britannique Approach a déposé un recours auprès du Comité européen des droits sociaux en octobre 2013. En matière de fessée, la France accuse en effet un sérieux retard. Elle fait partie, avec le Royaume-Uni et la République Tchèque, du club restreint des pays européens à ne pas avoir interdit les punitions corporelles, fessée incluses (la liste complète sur le site de End Corporal Punishment [PDF]) alors que la Suède l’a interdite dès 1979.

Pourtant, dès les années 90, des spécialistes ont remis en cause l’usage de la fessée. Les enfants ayant reçu des claques ou des fessées auraient tendance à se montrer plus agressifs que la moyenne selon une étude de l’Université américaine de Tulane en avril 2010. On sait aussi qu’ils développent plus de comportements à risques.

500 euros d’amende avec sursis

Olivier Maurel, auteur de « La Fessée, questions sur la violence éducative » (éditions La Plage, 2004) et fondateur de L’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO) explique que la fessée a aussi « un impact sur la santé physique » :

« Quand un enfant est frappé, les hormones du stress deviennent toxiques, l’organisme désactive les fonctions non-essentielles à la gestion du stress. Quand les agressions deviennent fréquentes, ce qui est le cas de la fessée, le système immunitaire a tendance à s’affaiblir.

Sur le plan mental, c’est une humiliation pour l’enfant qui peut perdre sa confiance en lui-même. Il y a également un phénomène de reproduction à l’âge adulte qui peut déboucher sur de la violence conjugale ou une soumission à une violence banalisée. »

L’idée que la fessée est d’abord un acte violent a tout de même fait un peu de chemin. En octobre 2013, un père de famille résidant dans la banlieue de Limoges a ainsi été condamné à 500 euros d’amende avec sursis pour avoir donné une fessée à son fils de 9 ans qui refusait de lui adresser la parole depuis plusieurs jours.

L’interdiction en Suède

Au début de l’année, le juge des enfants Jean-Pierre Rosenczveig a rendu au gouvernement un rapport [PDF] préconisant l’interdiction de la fessée.

« Aucune fessée ou aucune gifle ne peut prétendre être éducative ; tout au plus permet-elle à l’adulte d’exprimer son inquiétude et sa tension. »

Olivier Maurel souligne que « l’interdiction de la fessée demande un certain courage politique » :

« En Suède, l’interdiction s’est faite contre l’opinion publique qui aujourd’hui considère que la fessée est un acte violent. »

Difficulté conjoncturelle supplémentaire en France, selon Jacqueline Cornet, présidente de l’association Ni claques, ni fessées :

« Le gouvernement ne veut plus toucher à la famille après le débat sur le mariage homosexuel. »

Mais elle note que « l’on voit moins de parents donner des torgnoles à leur enfant en public ce qui pourrait signifier que les parents commencent à comprendre la violence de ce genre de gestes ».

Rodolphe Baron | Rue89

L’amendement « anti-fessée » a été renvoyé aux calendes grecques. Le député EELV François-Michel Lambert l’a retiré lundi soir après que le gouvernement s’est engagé à « reprendre la discussion lors d’une prochaine loi sur la protection de l’enfance », promise pour septembre.

 

Une fessée (Arralyn/Flickr/CC)

La pédiatre Edwige Antier, ex-députée UMP ralliée à l’UDI, et auteure de la précédente proposition de loi favorable à l’interdiction des châtiments corporels (restée sans suite), ne comprend pas :

« L’amendement a été courageusement porté et très bien accueilli par les députés de tous bords. Visiblement, le législateur est prêt mais pas le gouvernement. »

Les Français non plus. Selon la dernière enquête sérieuse sur le sujet, publiée par TNS-Sofres en 2009 :

  • 82% des Français sont hostiles à une loi interdisant la fessée ;
  • ils sont 67% à déclarer en avoir déjà donné une ;
  • et sont 45% à estimer qu’elle « apprend le respect de l’autorité ».

Hors de question, pour une majorité de Français, que l’Etat vienne se mêler de la manière dont ils traitent leurs enfants.

Le retard français

François-Michel Lambert se dit « confiant » malgré tout :

« Le moment n’était pas venu hier soir [lundi, ndlr], il faut un débat sur ces changements sociétaux. »

Il y a pourtant urgence : la France pourrait être condamnée par le Conseil de l’Europe pour son refus d’interdiction des châtiments corporels après que l’ONG britannique Approach a déposé un recours auprès du Comité européen des droits sociaux en octobre 2013.

En matière de fessée, la France accuse en effet un sérieux retard.

Elle fait partie, avec le Royaume-Uni et la République Tchèque, du club restreint des pays européens à ne pas avoir interdit les punitions corporelles, fessée incluses (la liste complète sur le site de End Corporal Punishment [PDF]) alors que la Suède l’a interdite dès 1979.

Pourtant, dès les années 90, des spécialistes ont remis en cause l’usage de la fessée. Les enfants ayant reçu des claques ou des fessées auraient tendance à se montrer plus agressifs que la moyenne selon une étude de l’Université américaine de Tulane en avril 2010. On sait aussi qu’ils développent plus de comportements à risques.

500 euros d’amende avec sursis

Olivier Maurel, auteur de « La Fessée, questions sur la violence éducative » (éditions La Plage, 2004) et fondateur de L’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO) explique que la fessée a aussi « un impact sur la santé physique » :

« Quand un enfant est frappé, les hormones du stress deviennent toxiques, l’organisme désactive les fonctions non-essentielles à la gestion du stress. Quand les agressions deviennent fréquentes, ce qui est le cas de la fessée, le système immunitaire a tendance à s’affaiblir.

Sur le plan mental, c’est une humiliation pour l’enfant qui peut perdre sa confiance en lui-même. Il y a également un phénomène de reproduction à l’âge adulte qui peut déboucher sur de la violence conjugale ou une soumission à une violence banalisée. »

L’idée que la fessée est d’abord un acte violent a tout de même fait un peu de chemin.

En octobre 2013, un père de famille résidant dans la banlieue de Limoges a ainsi été condamné à 500 euros d’amende avec sursis pour avoir donné une fessée à son fils de 9 ans qui refusait de lui adresser la parole depuis plusieurs jours.

L’interdiction en Suède

Au début de l’année, le juge des enfants Jean-Pierre Rosenczveig a rendu au gouvernement un rapport [PDF] préconisant l’interdiction de la fessée.

« Aucune fessée ou aucune gifle ne peut prétendre être éducative ; tout au plus permet-elle à l’adulte d’exprimer son inquiétude et sa tension. »

Olivier Maurel souligne que « l’interdiction de la fessée demande un certain courage politique » :

« En Suède, l’interdiction s’est faite contre l’opinion publique qui aujourd’hui considère que la fessée est un acte violent. »

Difficulté conjoncturelle supplémentaire en France, selon Jacqueline Cornet, présidente de l’association Ni claques, ni fessées :

« Le gouvernement ne veut plus toucher à la famille après le débat sur le mariage homosexuel. »

Mais elle note que « l’on voit moins de parents donner des torgnoles à leur enfant en public ce qui pourrait signifier que les parents commencent à comprendre la violence de ce genre de gestes ».

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Présentation de mes livres sur la violence éducative

Comme je crains qu’il reste encore, de par le monde, quelques personnes et même quelques malheureux parents qui n’ont pas lu mes livres sur la violence éducative, il me semble utile d’en faire une présentation résumée. Mais comme ce blog n’a pas l’air d’accepter les articles trop longs ou peut-être parce que je me débrouille mal avec lui, je publie (ou j’essaie de publier !!!) cette présentation en quatre épisodes.

[Note de l'administrateur : pour un soucis de clarté j'ai pris le parti de regrouper les quatre articles en un]

Épisode 1 : La Fessée, Questions sur la violence éducative

Le premier livre que j’ai écrit sur ce sujet est La Fessée, Questions sur la violence éducative.

Visuel du livre "La fessée : questions sur la violence éducative"

Les éditions La Plage avaient demandé à Alice Miller d’écrire un livre sur ce thème. Elle n’en avait pas le temps et, comme nous correspondions depuis quelques années, elle a jugé que j’étais capable de l’écrire. Je me suis donc lancé dans cette entreprise et le livre a paru en avril 2001. Il a tout de suite été bien accueilli par la presse et par les lecteurs. L’éditeur m’a demandé une réédition augmentée en 2004 et depuis il n’a pas cessé de se diffuser. Il doit en être à plus de 20 000 exemplaires vendus. Il a été traduit en anglais sur le site américain Nospank, et une édition en italien, sous le titre La Sculacciata doit paraître en mars 2013 aux éditions Leone verde. Si j’en crois tout le courrier que j’ai reçu, ce livre a été utile à beaucoup de parents et il a valu à pas mal d’enfants de ne jamais être frappés.

Le plus bel hommage qu’il ait reçu, celui de Swan Nguyen, auteur du livre Du prince Charmant à l’homme violent, Prévenir la violence conjugale (Ed; L’Esprit du temps, 2015) : C’est un petit livre, mais arrivé à la dernière page, on se sent grandi. »

Épisode 2 : Œdipe et Laïos

Le second de mes livres sur la violence éducative est une conséquence du premier. Un psychanalyste, Michel Pouquet, qui avait lu une interview de moi dans le quotidien Var-Matin, suite à la publication de La Fessée, a écrit au journal en critiquant mon point de vue. J’ai répondu à mon tour par le biais du journal, puis nous avons correspondu pendant un an. Nous nous sommes alors dit que notre dialogue pouvait intéresser d’autres personnes et nous l’avons publié aux éditions de L’Harmattan en 2003, sous le titre Œdipe et Laïos, Dialogue sur l’origine de la violence.

Visuel du livre "Oedipe et Laïos"

Michel Pouquet y défend la thèse de la psychanalyse lacanienne selon laquelle ce sont les pulsions déjà présentes chez l’enfant qui sont à l’origine de la violence humaine. J’y défends au contraire l’idée que toute violence commise a pour origine une violence ou un traumatisme quelconque subis dans l’enfance. Le dialogue est courtois, mais… assez animé !

Épisode 3 : Oui, la nature humaine est bonne !

En continuant à travailler sur la violence éducative qui est un sujet inépuisable, j’ai pris de plus en plus conscience que la violence éducative avait des conséquences non seulement sur les individus qui la subissaient, mais aussi sur les idées, les croyances, les religions, bref, la culture humaine entière.

J’ai été de plus en plus convaincu aussi que la violence éducative nous a persuadés depuis notre petite enfance que nous sommes mauvais, que notre nature est mauvaise. Si nos parents sont obligés de nous battre pour nous « corriger », c’est que nous sommes, comme le disait Kant, des « bois tordus » qu’il faut à tout prix « redresser ». J’ai donc exploré toutes ces conséquences et ça a donné un gros livre qui a paru en janvier 2009.

Visuel du livre "Oui, la nature humaine est bonne !"

Ce livre m’a valu une bonne critique de Nancy Huston dans le Monde des livres et beaucoup de sympathiques lettres de lecteurs, notamment de psychothérapeutes. Il a d’ailleurs été à l’origine de deux colloques organisés par la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse (FF2P).

Épisode 4 : La violence éducative : un trou noir dans les sciences humaines

Mais au cours de toutes les recherches que j’ai faites depuis l’édition de La Fessée, j’ai lu énormément de livres sur la violence humaine en général et je me suis aperçu que les auteurs de ces livres ne tenaient pratiquement jamais compte de la violence éducative subie dans leur enfance par la majorité des hommes et de l’influence qu’elle pouvait avoir sur leur comportement d’adultes en matière de violence et de soumission à la violence.

J’ai écrit aux auteurs de ces livres pour leur demander pourquoi ils n’avaient pas parlé de la violence éducative. Beaucoup ne m’ont pas répondu, mais certains m’ont dit qu’ils n’y avaient pas pensé, ce qui est assez étonnant quand on travaille pendant deux ou trois ans sur une livre censé aborder toutes les formes de violence.

Visuel de "La violence éducative : un trou noir dans les sciences humaines"

J’ai donc entrepris d’écrire un livre portant sur tous les ouvrages de sciences humaines (psychologie, psychanalyse, histoire, sociologie…) traitant de la violence humaine, publiés autour de l’année 2008. J’ai pu ainsi montrer que les effets de la violence éducative sont tels qu’ils agissent jusque sur l’esprit des intellectuels du plus haut niveau, et notamment sur l’esprit des plus médiatiques, ceux qui ont le plus d’influence sur l’opinion publique. Non seulement ils leur font oublier de parler de la violence éducative, mais, plus grave encore, ils leur font attribuer à la nature des enfants les comportements violents qui découlent en fait de la façon dont les enfants sont traités depuis leur plus jeune âge.

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Interview par Psy.be

Psy.be reçoit Olivier Maurel, auteur engagé dans la lutte contre les violences éducatives.

Une bonne fessée, une gifle méritée ? Olivier Maurel, père de cinq enfants, rappelle qu’en France, aujourd’hui encore, 84% des enfants sont frappés. Les violences éducatives ont des conséquences dramatiques sur le dévelopement de l’enfant. A lire d’urgence avant de lever la main !

Olivier Maurel, vous luttez depuis plusieurs années contre les violences éducatives mais pensez-vous vraiment que nous en sommes encore au moyen-âge en cette matière ?

Non, il y a eu une évolution sensible dans la plupart des pays européens dans le sens d’un adoucissement de la violence éducative. Une vingtaine de pays européens ont d’ailleurs interdit toute forme de punition corporelle depuis 1979 où la Suède a été la première à le faire. Mais dans un pays comme la France, d’une part les punitions corporelles n’ont pas été interdites, d’autre part il y a encore environ 80% des parents qui pratiquent la gifle et la fessée. Les évolutions sont toujours très lentes dans ce domaine. C’est au XVIe siècle que des personnalités comme Erasme, Montaigne et Rabelais ont commencé à contester les châtiments corporels et ont surtout commencé à être entendues. Mais il a fallu attendre la fin du XIXe siècle et le début du XXe pour qu’en France, on ne trouve plus normal de frapper les enfants à coups de ceinture ou de baguette. Et on frappe encore les enfants à coups de bâton dans beaucoup de pays du monde, ou on leur inflige d’autres punitions douloureuses et humiliantes.

Qu’entendez-vous au juste par violence éducative ?

J’entends par l’expression « violence éducative ordinaire » toutes les formes de violences, si légères soient-elles, qu’on inflige aux enfants dans un but éducatif, pour les faire obéir, les soumettre à l’autorité des parents, et qui sont considérées comme tolérables et peuvent même être préconisées par des proverbes (comme « Qui aime bien châtie bien »), ou des formules toutes faites :  » Une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne »). Font aussi partie de la violence éducative, les propos humiliants, les insultes, les jugements négatifs : « Tu es nul ! », ou prédictifs : « Tu feras le trottoir ! ». Ou encore la privation d’affection ou d’attention.

Le meilleur moyen de juger ce qu’on est parfois tenté de faire à un enfant est de se demander si on l’admettrait soi-même d’un supérieur hiérarchique ou, mieux encore, de quelqu’un que nous aimons et qui est censé nous aimer.

Quelles en sont les conséquences sur l’enfant ?

Elles sont multiples parce qu’elles font partie du lien vital qui nous unit à l’enfant, exactement comme le cordon ombilical unit le foetus à la mère qui le porte. Les effets de la violence se diffusent dans toute la personnalité de l’enfant et peuvent altérer sa santé physique, via les effets des hormones du stress, comme sa santé mentale (altération de la confiance en soi, de l’estime de soi), ainsi que son comportement futur. L’enfant est un imitateur-né : le frapper, c’est lui apprendre à frapper, et, dans ses relations futures, c’est lui apprendre qu’il est normal de résoudre les conflits par la violence. Ou bien, ce qui n’est pas mieux, lui donner l’habitude de se soumettre à la violence.

Pourtant de nombreux adultes défendent avec vigueur les fessées de leurs parents ? « J’ai été frappé et je ne m’en porte pas plus mal »

Oui, c’est là un des effets les plus délétères de la violence éducative. L’attachement vital que tout enfant a à l’égard de ses parents, de quelque façon qu’il en soit traité, fait que, sauf si nous avons des points de comparaison avec d’autres enfants traités différemment, nous sommes portés à interpréter en bien la façon dont nos parents nous traitent. Même la plupart des enfants qui ont été frappés à coups de bâton dans les sociétés où cet usage est courant considèrent qu’ils ont été « bien élevés » et que c’est grâce à cela qu’ils ne se sont pas drogués ou qu’ils ont fait des études.

Mais comme je l’ai dit plus haut, la première chose qu’un enfant apprend en étant frappé, c’est à considérer qu’il est normal de frapper les enfants. Pourtant, ceux qui pensent cela pensent aussi en général qu’on ne doit pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous fasse, et qu’il est lâche de la part d’un être grand et fort de frapper un être plus petit et sans défense. Alors, je me pose la question : considérer comme normal de frapper les enfants, est-ce vraiment « bien se porter » ?

Comment l’enfant victime de ces violences peut-il s’en sortir ?

Si l’on entend l’expression « s’en sortir » au sens de ne pas reproduire ce qu’on a subi, c’est le plus souvent grâce à la rencontre de quelqu’un qui, par son attitude, nous permet de comprendre que nous n’avons pas été traités normalement. Je conseille à ce sujet de lire ou relire le début du livre de Jules Vallès, L’Enfant, où il raconte que sa mère le battait tous les jours et qu’il a compris que ce n’était pas normal quand une voisine lui a manifesté de la compassion. Il s’est opposé ensuite aux punitions corporelles et il a dédicacé son livre « à tous ceux qui furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents ». Ce peut être aussi par identification à une victime de ces violences. Je pense aux enfants qui ont été maltraités et qui ne supportent pas de voir leur petit frère ou petite soeur traités comme ils l’ont été eux-mêmes.

Comment prévenir la violence sociétale ?

Même si, bien sûr, il y a d’autres facteurs qui jouent, je pense que réduire autant qu’il est possible la violence éducative est un des meilleurs moyens de réduire la violence générale dans la société, parce que la violence commise est en général proportionnelle à la violence subie. Au XIXe siècle, en France, où les punitions corporelles infligées aux enfants étaient encore du niveau de la bastonnade aussi bien à l’école qu’à la maison, les adultes qui avaient subi cela étaient habitués à un très haut niveau de violence et les émeutes, les conflits sociaux, les conflits civils (je ne parle pas des guerres internationales) pouvaient se terminer par des centaines, voire des milliers de morts (je donne les chiffres dans mon livre).

Par comparaison, les manifestations de Mai 68 (25 jours d’échauffourées) : 6 morts – de trop ! – mais rien de comparable aux massacres du XIXe siècle. Entre temps, la violence éducative avait beaucoup baissé d’intensité.

Mais aujourd’hui encore, dans les pays où elle est d’un niveau très élevé, les bilans des conflits internes peuvent être encore de centaines et de milliers de morts.

Quelles sont  les capacités relationnelles innées des enfants dont vous parlez dans votre livre ?

Ce sont les capacités relationnelles qui existent déjà chez tous les animaux sociaux dont nous faisons partie.

Les trois principales me semblent être :

- l’attachement par rapport à la mère puis aux autres personnes nourricières, qui, s’il est respecté et encouragé, peut s’élargir bien au-delà du cercle familial ;

-  l’imitation, par laquelle l’enfant apprend la majeure partie de ses comportements ;

- et l’empathie par laquelle il ressent ce que ressentent ses semblables à travers leurs comportements et leurs mimiques, et qui est la base de la compassion qui est elle-même le frein le plus efficace à la violence. L’empathie est aussi la base du principe le plus élémentaire de la morale : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse ».

Avec ces trois « compétences », si elles sont respectées par ceux qui ont la tâche de s’occuper de son éducation, l’enfant peut devenir un adulte à la fois autonome et altruiste.

Des expériences récentes ont montré que des bébés de dix-huit mois ont spontanément des comportements d’entraide et de consolation.

Un des principaux dangers de la violence éducative est qu’elle peut interférer avec ces capacités innées et les altérer. Quand on a mutilé un enfant de sa capacité naturelle de compassion en l’obligeant à se blinder pour ne pas trop souffrir, il est vain de s’étonner ensuite d’avoir du mal à lui enseigner la morale !

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Quand on essaie de répondre brièvement aux questions d’un interview, on risque de prêter à de multiples malentendus. J’invite donc les lecteurs de cette interview à ne pas hésiter à me faire part de leurs réactions positives ou négatives. Je leur répondrai.

Interview réalisée par Dimitri Haikin, Psychologue et Dircteur de www.psy.be, publiée le 26/07/2012

http://www.psy.be/divers/fr/interviews/interview-olivier-maurel.htm

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Lettre à Jean-Claude Guillebaud

Cher Monsieur,

Je lis avec retard votre Bloc-notes du 29 juillet 2010 dans La Vie.

Vous y soutenez une thèse qui me surprend une fois de plus (car je vous ai déjà écrit à ce sujet).

Vous écrivez que “la violence est une énigme anthropologique”. Je suppose que l’adjectif “anthropologique” renvoie au fait qu’elle atteint dans l’espèce humaine un degré que n’atteint aucune espèce animale. Mais dire qu’elle est “une énigme”, c’est ne pas tenir compte de la manière dont, depuis des millénaires, sont “élevés” (si l’on peut dire !) les enfants.

Depuis des millénaires, en effet, on considère comme normal de les battre pour les faire obéir, et souvent de les traiter avec mépris. Ceux que vous appelez des “voyous” qui ont tiré à balles réelles sur des policiers sont très vraisemblablement des jeunes issus de familles elles-mêmes originaires de régions du monde où la violence éducative est encore au niveau qu’elle atteignait couramment chez nous jusqu’au XIXe siècle environ : bastonnades, coups de ceinture et autres châtiments à la fois cruels et humiliants. Et ces violences ont été subies par ces enfants durant toute les années où leur cerveau se formait. Leur effet est ravageur : perversion de l’attachement, perte de la capacité d’empathie, mimétisme de la violence subie, volonté de dominer ou tendance à se soumettre à des leaders violents.

Il n’y a là rien d’énigmatique. Les études les plus récentes sur les comportements violents des jeunes montrent que les éléments les plus déterminants de ces comportements ne sont pas des causes socio-économiques, mais bien des facteurs psycho-affectifs, dont les relations parents-enfants.

Et cette violence infligée aux enfants, souvent dès les premiers mois de leur vie, non pas par des parents maltraitants mais par des parents qui croient bien faire parce qu’ils ont été élevés de la même manière par leurs propres parents, ne peut pas être assimilée aux autres violences. Car c’est elle qui détruit dès le départ dans le corps et dans le psychisme des enfants les capacités relationnelles innées avec lesquelles ils viennent au monde comme tous les animaux sociaux, capacités qui, respectées, sont la source des plus grandes qualités humaines.

Connaissez-vous les résultats de l’enquête réalisée par deux Américains, Samuel et Pearl Oliner, sur l’éducation reçue par les “Justes” ? Ils ont pu en interroger plus de 400. Or, les réponses les plus fréquentes qu’ils ont données ont été les suivantes :

  • ils ont eu des parents affectueux
  • des parents qui leur ont appris l’altruisme
  • des parents qui leur ont fait confiance
  • une éducation non autoritaire et non répressive.

Les deux premiers points n’ont rien de très exceptionnel et ne peuvent pas suffire à expliquer le comportement d’altruisme des Justes. Mais les deux suivants reflètent une attitude éducative beaucoup moins fréquente, sinon rarissime, surtout à l’époque où les Justes ont vécu leur enfance et où l’éducation était le plus souvent brutale.

Cet exemple montre bien que des enfants dont l’intégrité a été respectée par des parents qui répondaient à leurs besoins d’affection et de modèles structurants peuvent développer les plus grandes qualités humaines et les pratiquer de façon naturelle et nullement, c’est encore ce que montrait l’enquête, par esprit de sacrifice. Il montre aussi que, n’en déplaise à Thérèse de Lisieux que vous citez : “Nous ne sommes pas tous capables de tout”. Quand on a eu une enfance respectée, on est très peu porté à faire violence aux autres. Inversement, la violence subie fait que la violence agie ou la soumission à la violence va de soi.

J’ai aussi été très surpris de vous voir affirmer que “Nos sociétés libérales et ouvertes ont plus de mal que les autres à contenir la violence”. Comment pouvez-vous affirmer cela alors que vous savez certainement, tous les historiens et sociologues en témoignent, que le niveau de la violence dans notre société est très inférieur à celui qu’il était dans les siècles antérieurs ou dans les sociétés autoritaires ? Et pour ma part, je suis convaincu, comme Emmanuel Todd l’avait d’ailleurs montré dès 1979 dans son livre Le Fou et le prolétaire, que la violence des sociétés était proportionnelle à la violence des modes d’éducation qui y sont pratiqués. Dans la France actuelle, le niveau moyen de la violence éducative a considérablement baissé même si le pourcentage de parents qui utilisent claques et fessées est encore important. Mais dans les sociétés où la violence éducative est restée au même niveau qu’elle atteignait chez nous aux XVIIIe et XIXe siècles, la violence apparaît à un fort pourcentage d’adultes comme un moyen normal de résoudre les conflits et la moindre émeute peut tourner au massacre comme c’était le cas chez nous au XIXe siècle.

Je me permets de vous recommander la lecture de mon livre « Oui, la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative la pervertit depuis des millénaires” (Laffont, 2009). J’y ai montré comment la violence éducative a agi profondément non seulement sur les corps et les esprits mais aussi sur la culture, les religions et surtout le manière dont nous concevons la nature humaine.

Bien cordialement.

Olivier Maurel, le 29 octobre 2011

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Émission « Géopolitique : le débat » (RFI)

La violence éducative ordinaire et ses conséquences

Le 22 octobre 2010, Marie-France Chatin reçoit

  • Cornélia Gauthier, médecin suisse, auteur de Sommes-nous tous des abusés (éditions Géorg 2008) et Victime non merci (éditions Jouvence 2010)
  • Fabienne Cazalis, professeur de neurosciences, membre de l’équipe des éditions l’Instant Présent
  • Françoise Maurel, présidente d’une association de soutien scolaire et créatrice d’un café-parent
  • Olivier Maurel, fondateur de l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire, auteur de Oui la nature humaine est bonne… Comment la violence éducative la pervertit depuis des millénaires ? (éditions Robert Lafont)

À réécouter sur le site de RFI ou directement ici :

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Lettre à Claude Halmos

Madame,

J’apprécie fort votre réaction contre l’actuel retour à l’autoritarisme qui se manifeste à travers les ouvrages d’Aldo Naouri ou de Didier Pleux.

Mais à la lecture de votre intervention dans le magazine Elle du 27 novembre, j’ai l’impression que vous avez des punitions corporelles une vision mythique qui m’étonne de la part de quelqu’un qui, par ailleurs, a des positions si louables.

Vous opposez, d’un côté la maltraitance qui serait le fait des parents sadiques qui prennent plaisir à frapper leur enfant ou qui ne connaissent que ce moyen pour faire obéir leurs enfants, et de l’autre, les parents tendres, affectueux, respectueux, qui parlent à leurs enfants, et à qui, exceptionnellement, un jour, échappe une fessée quand l’enfant qui est allé trop loin les a excédés.

Cette vision est irréaliste. Le parent qui arrive à ne donner qu’une seule fessée « un jour » est un mythe. Un enfant qu’on a commencé à frapper a toutes les chances d’être frappé régulièrement, voire souvent. Un enfant qui commence à être frappé, à moins qu’il ne soit très docile, devient assez vite indifférent aux coups, et il en faut plus d’un pour qu’il obéisse. Ce qui a toutes les chances d’engager les parents sur la voie d’une escalade où l’enfant va passer de l’unique fessée mythique à une fessée par an, par mois, par semaine, ou par jour, avec tous les dégâts que cela peut causer à sa santé physique et mentale.

Vous semblez ne pas voir qu’il n’y a pas de solution de continuité entre les formes de violence tolérées à l’égard des enfants et celles que nous appelons maltraitances, mais qui sont très souvent le simple résultat d’une escalade tout à fait semblable à celle que l’on constate dans la violence conjugale. Si la femme menacée par son mari ou son compagnon n’a pas su dire fermement « Non ! » dès la première menace, son compagnon risque fort de passer des menaces aux actes et de s’engager dans des violences de plus en plus fortes. Or, pour des enfants qui n’ont pas le pouvoir de dire non ni de menacer de quitter leurs parents, c’est la société qui doit poser un interdit très clair avant même la première violence, si faible soit-elle.

Et, en admettant même que l’enfant obéisse à la première, à la deuxième ou à la troisième fessée, que lui aura-t-on appris, sinon la soumission à la violence dès le plus jeune âge, soumission à une intrusion extérieure qui est le contraire de l’apprentissage de l’obéissance à sa conscience ou à son intelligence, c’est-à-dire de l’autonomie ? Cette même soumission produira plus tard, par exemple, des automobilistes qui obéissent non pas au code de la route, mais à la menace du gendarme.

L’exemple des pays qui ont interdit cette violence, comme la Suède qui est celui où l’interdiction est la plus ancienne, et qui ont su l’accompagner des mesures nécessaires (information, soutien aux parents) montre bien que le nombre de décès d’enfants par maltraitance diminue après le vote de la loi d’interdiction. C’est donc une contre-information que vous donnez lorsque vous dites qu’ « une loi ne changera rien pour les enfants maltraités ». Bien au contraire, la tolérance de la société envers les punitions corporelles infligées aux enfants est le terreau de la maltraitance, de même qu’elle est le terreau de la violence par l’exemple qu’elle donne aux enfants, et de l’incivisme par l’habitude qu’elle donne de n’obéir qu’à la violence.

Légiférer ce n’est pas faire du mal aux enfants en leur donnant une mauvaise image de leurs parents, c’est aider les parents à ne pas faire une chose qu’ils savent (parce que c’est interdit) anormale et inutile, c’est les conforter dans la certitude qu’il ne faut pas le faire ! C’est donc aider les parents à donner une meilleure image d’eux à leurs enfants ! Ce n’est pas une mesure de répression, c’est une mesure de prévention.

Veuillez agréer, Madame, mes respectueuses salutations.

Olivier Maurel
Président de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire
(www.oveo.org)

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Oui, la nature humaine est bonne !

Comment la violence éducative la pervertit depuis des millénaires

Vient de paraître, le 22 janvier 2009, aux éditions Robert Laffont, mon dernier livre : Oui, la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative ordinaire la pervertit depuis des millénaires.
Bien que j’en sois l’auteur et que je sois donc tenu à un peu de modestie, j’ai la faiblesse de penser que ce livre est important. Et j’ai la chance que les responsables de la maison d’édition qui l’a accepté et publié (Robert Laffont) le pensent aussi. Ils – et surtout elles – ont beaucoup fait pour que ce livre atteigne son public. Elles en ont envoyé plus de 300 exemplaires aux journalistes de la presse écrite, de la radio, de la télévision et d’internet, ce qui laisse espérer que ce livre ne passera pas inaperçu.
Son but est d’étudier un fait étrange. Comment se fait-il qu’aucun philosophe, théologien, sociologue, psychologue, historien ou psychanalyste n’ait jamais sérieusement tenu compte, dans tout ce qu’ils ont dit sur la nature humaine, du fait, pourtant indiscutable, que 80 à 90% des enfants ont été dressés par la violence (bastonnade, flagellation, etc.) depuis des millénaires ? Est-il pensable que ce dressage n’ait pas eu d’effets sur le corps, la santé, les comportements, la violence, mais aussi l’esprit, les idées, les cultures, les croyances, les religions de tous ceux qui l’ont subi ? En particulier, comment notre conception de la nature humaine, et donc de la nature des enfants, aurait-elle pu ne pas en être influencée ?

Depuis les premières civilisations dotées d’une écriture jusqu’à nos jours, on a attribué aux enfants (et donc à la nature humaine) la « folie » (proverbes bibliques), le « péché originel » (le christianisme), une « violence bestiale » (quantité de penseurs), des « pulsions » mortifères ou une « violence fondamentale » (la psychanalyse). Et cela sans tenir aucun compte de ce qu’on leur faisait subir dès leur petite enfance, ou en le justifiant.

Une fois qu’on a pris conscience du dressage violent subi par la majorité de l’humanité pendant toutes les années où le cerveau des enfants se forme, beaucoup de choses qui paraissaient incompréhensibles s’éclaircissent. Et la violence humaine notamment est beaucoup moins énigmatique. De même, une fois qu’on a compris que la Terre tournait autour du Soleil, on n’a plus eu besoin d’imaginer toutes sortes de théories bizarres pour expliquer le mouvement des planètes.

Cette découverte, ce n’est pas moi qui l’ai faite, c’est Alice Miller. Le but de mon livre est de briser le mur du silence qui, en France, a jusqu’à présent interdit à cette découverte d’être reconnue pour ce qu’elle est : une véritable révolution.

Ce livre n’est pas difficile à lire. Il expose le plus clairement possible la façon dont la violence éducative appliquée à presque tous les enfants a amené de tous temps les hommes à les considérer comme des êtres naturellement déraisonnables qu’il était indispensable de corriger violemment pour les civiliser. Avec, bien évidemment le résultat inverse : une humanité portée à la violence par la violence qu’elle a subie, portée à la soumission aux pires dictateurs ou gourous par l’habitude prise d’obéir, portée à la cruauté par la perte du sens de l’empathie. Tout cela est aujourd’hui largement confirmé par la connaissance du développement du cerveau et par la prise de conscience des remarquables capacités relationnelles innées des enfants : attachement, empathie, imitation.

En vous procurant ce livre, en envoyant ce message à vos amis et connaissances, vous aiderez à son lancement et vous participerez aux changements qu’il peut produire, je l’espère, dans les mentalités. Vous pouvez aussi, après l’avoir lu, dire ce que vous en pensez sur les sites des librairies en ligne ou sur votre blog si vous en avez un. Et si vous me faites part de vos réactions, j’en serai très heureux.

Ci-dessous les quatre premières critiques (j’espère qu’il y en aura d’autres !) et le sommaire du livre.

Psychologies Magazine, Février 2009.

Une bonne fessée, une gifle méritée... Dans ce livre très argumenté contre les châtiments corporels, un père de cinq enfants rappelle qu'en France, aujourd'hui encore, 84% des enfants sont frappés. Ces violences tolérées sont parfois source de dégâts : difficultés scolaires, comportements à risques, agressivité... A lire d'urgence avant de lever la main.

Marie-France Vigor

Catherine Dumonteil Kremer

Fondatrice de La Maison de l’Enfant et auteur de plusieurs livres sur l’éducation. Sur la liste de discussion Parents-conscients (sur Yahoo).

J'ai lu ce week end le dernier livre d'Olivier, "Oui la nature humaine est
bonne" chez Robert Laffont, je l'ai trouvé excellent. Je me suis régalée en
le lisant. Voilà réunis en un seul ouvrage presque tous les arguments contre la violence éducative, l'aveuglement sur cette violence au cours des siècles passés, mais aussi chez les psychanalystes, médecins, auteurs, religieux, etc. Je trouve qu'Olivier a eu beaucoup de courage de dénoncer sans aucune ambiguité les mauvais traitements à enfants. J'espère que son livre convaincra les sceptiques !

Alice Miller (sur son site)

C'est avec grand plaisir et soulagement que je vous annonce la parution du livre important d'Olivier Maurel.
Puisqu'après des millénaires d'obscurité presque totale, voilà un livre qui ose enfin jeter la lumière vers la vérité en montrant sans ambiguïté, sans crainte ni hésitation, que la nature humaine est bonne. Or, on la détruit systématiquement et constamment par l'éducation violente que presque chaque enfant doit subir dans les premières années de sa vie au moment le plus sensible, quand son cerveau se construit.
Depuis plusieurs années mais d'une autre façon je continue d'expliquer dans mes différents livres cette dynamique. Maurel poursuit ces recherches en montrant comment pendant des millénaires les pédagogues, les écrivains, les philosophes, les hommes d'Eglise se perdent dans le brouillard pour ne pas reconnaître la vérité si simple et claire mais, il est vrai, très douloureuse à tous le monde. Même les psychanalystes modernes, maintiennent encore que l'homme est né méchant, pervers, égoïste et que les adultes doivent le faire gentil, altruiste et empathique.
Dans toutes les cultures on est confronté au même déni, malgré le fait que la réalité montre le contraire, l'homme est né bon, capable d'apprendre l'amour et la compassion, mais cette richesse est engloutie juste à l'aube de son existence par les traitements qu'il subit.
Par exemple Saint Augustin qui était sévèrement  battu à l'école et jamais soutenu par ses parents qui au contraire le ridiculisaient gravement, trouve dans ses Confessions "la solution" de sa situation tragique en écrivant qu'il est nécessaire de battre les enfants.  Malheureusement, l'Eglise a adopté sa version et pendant seize centenaires elle a maintenu sans aucune hésitation la même version trompeuse malgré le fait que dans la bible Jésus a toujours dit qu'il fallait respecter les enfants et ne pas les battre.
C'est un livre que je vous souhaite de lire et relire aussitôt que possible, il est nécessaire, illuminant et accessible à tous le monde. La tragédie de l'être humain est si brillamment décrite et expliquée ici qu'il est totalement incompréhensible que les psychanalystes n'en ont pas encore pris connaissance et continuent d'écrire sur l'instinct destructeur de l'enfant.

Jacques Trémintin

Recension à paraître dans le numéro 917, du 19 février, de Lien Social

*Pour mettre fin à la violence éducative ordinaire*
On peut distinguer trois époques dans la prise de conscience de la maltraitance subie par les enfants.
La première, qui a duré des millénaires, est à peine troublée par quelques voix largement inaudibles face à la domination du déni. La violence dans l'éducation y est considérée comme banale et légitime : la douleur provoquée par les coups agirait sur la raison, la volonté et la mémoire de l'enfant, l'incitant donc à éviter de reproduire le comportement qui a causé le châtiment. Cette conviction perdure, d'autant plus qu'elle est confortée par les religions, les philosophies et les traditions éducatives.
La seconde époque trouve ses prémisses dans l'abolition, dans le code Justinien du VI^ème siècle, du droit de vie et de mort du père sur ses enfants ou dans le vote, en 1889, de la loi permettant la déchéance de la puissance paternelle. Mais, c'est vraiment dans la deuxième moitié du XX^ème siècle qu'elle s'amorce vraiment, avec la pénalisation des mauvais traitements sur mineurs. Ce mouvement reste toutefois incomplet, puisqu'il prétend ne viser que les actes qui "troublent gravement l'enfant", excluant par là même ceux qui le troublent, mais moins gravement !
Olivier Maurel est à l'initiative, avec d'autres auteurs comme Alice Miller, d'une réflexion qui inaugure la troisième époque : celle qui s'intéresse aux effets délétères de la violence éducative ordinaire que constitue "l'ensemble des moyens violents qui ont été et sont utilisés, tolérés et souvent recommandés pour faire obéir et pour éduquer les enfants". Olivier Maurel nous propose ici une somme de réflexions médicales, philosophiques, historiques, intellectuelles, éthiques qui viennent bousculer bien des idées reçues et apporter des éléments de compréhension sur le fonctionnement humain.
La thèse centrale de l'auteur consiste à réfuter le postulat d'un petit d'homme qui serait naturellement poussé à l'agressivité par ses pulsions ou sa nature animale. Le comportement humain consistant à humilier, torturer ou provoquer la douleur de son prochain ne se retrouve nulle part chez les autres espèces. Ces manifestations sont liées à un conditionnement et à une éducation qui le confrontent très tôt à la violence. L'attachement qui relie l'enfant à ses parents, pour peu qu'il soit fait de douceur, de tendresse et de sollicitude peut l'amener à reproduire la relation de bienveillance qu'il a reçue. Mais quand le sens de l'empathie a été détérioré très tôt et tout au long de l'enfance, les principes moraux peuvent tout autant devenir de véritables prothèses sur une fonction absente. Il ne faut donc pas se contenter de combattre la violence seulement quand elle est excessive, mais aussi quand elle est ordinaire, explique l'auteur, démontrant avec brio ses effets délétères tant au niveau individuel que collectif.

Sommaire

Avant-propos
Première partie - La violence éducative et ses effets sur les individus et les relations interpersonnelles
Chapitre I - Définition et nature de la violence éducative ordinaire
Chapitre II - Effets de la violence éducative sur ses victimes
Chapitre III - Violence éducative et relations interpersonnelles
Chapitre IV - L'apport de la neurobiologie à la compréhension des effets de la violence éducative
Chapitre V - Violence éducative et comportements innés
Deuxième partie - Violence éducative ordinaire et culture
Chapitre I - La violence éducative de ses origines à ses répercussions religieuses
Chapitre II - Un avatar du péché originel : la férocité animale de l'enfant et de l'homme
Chapitre III - Un nouvel avatar du péché originel et de la bestialité : la théorie des pulsions
Chapitre IV - Résistance des autorités médicales à la révélation de la maltraitance et des abus sexuels
Chapitre V - Une source d'illusion : la résilience
Chapitre VI - Violence éducative et littérature, ou la cécité et le silence des écrivains
Chapitre VII - Méconnaissance de la violence éducative dans les grandes études sur la violence
Chapitre VIII - La violence éducative ordinaire : une pratique culturelle dénaturante
Chapitre IX - Résistance de la violence éducative à sa remise en question
Troisième partie - Sortir de la violence éducative
Chapitre I - Réhabiliter notre vision de l'enfant, et donc de l'homme
Chapitre II - Prémisses d'un changement
Conclusion - Et si la nature humaine était bonne…
Annexes
1. Violences dans les institutions.
2. Précisions sur les effets du stress sur la santé.
3. Effets du stress sur la mémoire.
4. Violence éducative chez les !Kung.

Nombre de pages : 356

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Lettre à Robert Muchembled

Monsieur,

Je viens de terminer la lecture de votre livre : Une Histoire de la violence, dans lequel j’ai appris beaucoup de choses.

Mais j’ai aussi été extrêmement surpris de ne rien voir dans votre livre concernant un sujet sur lequel je travaille.

Vous n’y mentionnez pratiquement jamais, sauf dans quelques phrases, la violence éducative contre les enfants. On sait pourtant bien aujourd’hui que cette violence, aussi bien dans les familles que dans les écoles, consistait et consiste encore aujourd’hui, dans beaucoup de pays, en de véritables sévices.

Je m’attendais à ce qu’un livre intitulé comme le vôtre consacre au moins un chapitre à cette forme de violence qui concernait et concerne encore, à des degrés d’intensité variés, 80 à 90 % des êtres humains dans leur plus jeune âge, celui où elle peut le plus profondément les marquer. Or, les seuls exemples que vous donnez sont ceux, assez exotiques, tirés d’une étude sur la Grèce, exemples qui sont simplement présentés comme des preuves que les mères n’ont pas « toujours conçu leur rôle comme celui d’une douce et obéissante brebis ». C’est peu pour un phénomène aussi important et massif, et qui est loin de ne concerner que les mères.

Même si l’on tient compte du fait que votre livre est plutôt une histoire de l’homicide qu’une « histoire de la violence », la violence sur les enfants devrait y occuper une bonne place. Car il est évident qu’elle a été tout au long de l’histoire, et qu’elle est encore dans beaucoup de pays – où la bastonnade est aussi bien tolérée que le sont chez nous, aux XXe et XXIe siècles, les fessées et les gifles –, la cause directe ou indirecte de beaucoup de décès d’enfants. On considère encore aujourd’hui qu’elle est, en France, la deuxième cause de mortalité infantile, passé la première semaine de vie. Et l’OMS affirme que les châtiments corporels tuent des milliers d’enfants par an. Sans doute n’entrent-ils dans aucune statistique. Mais ils auraient mérité au moins d’être mentionnés.

Mais j’ai été également surpris par le fait que, dans tout votre livre, vous ne vous demandez à aucun moment si la violence infligée aux enfants par leurs modèles adultes les plus proches (parents et enseignants) ne pourrait pas être une des causes de la violence des jeunes adultes. Compte tenu du fait que les enfants sont des imitateurs-nés, il me semble que cette hypothèse méritait d’être examinée. L’influence de la réduction d’intensité de la violence éducative ne pourrait-elle pas expliquer, au moins partiellement, la réduction à l’état de résidu du taux d’homicides dans les pays européens, où, si l’on frappe encore les enfants, la tolérance ne va pas au-delà de la gifle ou de la fessée ? Emmanuel Todd avait déjà donné une explication de ce genre à la réduction des violences sociales et politiques dans la deuxième partie du XXe siècle, dans son livre Le Fou et le Prolétaire (Laffont).

Je trouve d’autant plus étonnant le fait que vous ayez laissé de côté cette hypothèse que vous y faites vous-même très brièvement allusion en une phrase : « Habitués aux sévices ou à leur spectacle dès l’enfance dans leur famille, ces rejetons des classes laborieuses apprennent à se défendre pour survivre et pour exhiber leur honneur viril, valeur essentielle dans la culture ouvrière du temps. » (P. 441.)

Si l’habitude des sévices familiaux peut apprendre aux enfants à se défendre, n’est-il pas évident que le phénomène massif de la violence éducative a pu jouer un rôle important dans la violence des adolescents et des jeunes adultes ? Pourquoi alors ne pas avoir approfondi cette question ?

Pourquoi, surtout, ne pas avoir mentionné, pour expliquer la réduction à l’état de résidu, en Europe occidentale, de « l’insondable énigme du meurtre », le fait que cette réduction pourrait tenir à l’adoucissement des méthodes d’éducation dans cette région du monde ?

Je serais très intéressé de connaître votre réponse à ces questions.

Bien cordialement,

Olivier Maurel.

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Un fait curieux

(A l’attention des partisans de la non-violence)

Nous, qui nous disons non-violents ou partisans de la non-violence, devrions être attentifs à un fait curieux.

Pendant des dizaines d’années, en général depuis leur création, les mouvements et journaux non-violents ne se sont absolument pas intéressés à la violence première, chronologiquement, dans la vie de chaque individu, celle que subissent les enfants, dès leur plus jeune âge, de la main même de leurs parents ou de leurs éducateurs.

Non pas la maltraitance, mais la violence éducative ordinaire des tapes, gifles et fessées à laquelle recourent 90% des parents et que subissent 90% des enfants. Certains même continuent à ne pas s’y intéresser, et s’irritent même parfois quand on veut attirer leur attention sur ce sujet.

Comme s’il était ridicule de penser que le fait de frapper les enfants au moment où ils sont le plus sensibles, le plus malléables, où leur cerveau est en pleine formation, ait des conséquences néfastes sur leur relation avec la violence.

Moi-même qui suis aujourd’hui convaincu que la violence éducative est une des sources principales de la violence des adultes, il m’a fallu attendre l’âge de cinquante ans, dont près de trente passés à prêcher la non-violence, pour que j’en prenne conscience en lisant le livre d’Alice Miller : « C’est pour ton bien » (Éditions Aubier).

Et il est très intéressant de se demander pourquoi nous avons manifesté cette indifférence, cette ignorance, ce refus de prendre au sérieux la violence éducative comme source de la violence. La raison est en fait très simple. L’enfant de un an ou deux qui est frappé par ses parents qu’il aime et dont il est entièrement dépendant, n’a aucun moyen de juger ce qu’il subit.

Si on le frappe, c’est qu’il est désobéissant, méchant, minable, et il le mérite bien. Les coups qu’ils reçoit lui donnent honte d’être lui-même. Devenu adulte, il ne pourra les regarder qu’avec un sentiment de honte, n’en parler que sur un ton de dérision ou en affirmant que les coups qu’il a reçus lui ont fait le plus grand bien, ou même les oublier complètement. Mais il lui sera presque impossible de les remettre en question. Et il sera convaincu qu’on ne peut pas élever les enfants autrement. Ce qui fait que, même s’il s’oppose plus tard à la violence et prêche la non-violence, il ne lui viendra pas à l’idée d’établir le moindre rapport entre la violence contre laquelle il combat et les « bonnes fessées » ou « bonnes gifles » qu’il a subies.

Ce qui est vrai des non-violents est vrai aussi, bien entendu, de tous les adultes. Dans tous les ouvrages sur les causes de la violence, il est rarissime de voir sérieusement prise en compte la violence éducative, même, il faut le souligner, dans les pays où le niveau de cette violence est très élevé, comme par exemple les pays africains où la bastonnade est infligée à 90% des enfants, non pas par maltraitance, mais « pour leur bien ». D’ailleurs, très peu de spécialistes des sciences humaines s’intéressent à ce sujet. Il a fallu une évolution de plusieurs siècles pour que les pays européens commencent à prendre conscience des effets néfastes de la violence éducative et pour que l’intensité de cette violence y baisse.

Aujourd’hui, cette prise de conscience se manifeste au niveau des plus hautes instances internationales (Comité des droits de l’enfant de l’ONU, Organisation Mondiale de la Santé qui, en novembre 2002, a publié un rapport sur la violence qui dénonce les dangers des punitions corporelles). Mais elle est très loin de s’être effectuée dans l’ensemble de l’opinion publique, y compris de l’opinion publique non-violente. La réduction du niveau de la violence éducative est pourtant une condition essentielle pour que la non-violence cesse d’être minoritaire et s’installe comme un comportement général et permanent.

Si nous ne nous attaquons pas à ce qui est, plus encore je crois que l’injustice sociale, la « violence mère », tous nos efforts pour prêcher la non-violence seront perpétuellement submergés par le dressage à la violence subi « pour leur bien » par la majorité des enfants du monde.

Pendant que nous nous efforcerons laborieusement de convaincre, le plus souvent avec des moyens dérisoires, une infime minorité d’adultes, la violence éducative transmise de génération en génération par les parents, formera à la violence et à la soumission à la violence, des cohortes d’enfants.

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Lettre à la Fédération des Ligues des Droits de l’Homme

Lettre adressée à Madame Souhayr Belhassen, Présidente de la Fédération des Ligues des Droits de l’Homme.

Madame la Présidente

C’est au nom de l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire que je me permets de vous écrire.

Le but de notre Observatoire est de faire connaître la réalité des punitions corporelles et des humiliations infligées aux enfants dans les familles et souvent dans les écoles partout dans le monde, punitions tolérées, voire recommandées par l’opinion publique.

Or, depuis que je travaille sur cette question, je constate avec tristesse que les Ligues des Droits de l’Homme, pour des raisons qui m’échappent, ne se préoccupent en général en aucune manière de ces atteintes aux droits de l’homme que sont ces punitions corporelles infligées aux enfants. Pourtant, d’après la majorité des enquêtes effectuées  dans de multiples pays, ce sont 80 à 90% des enfants qui sont victimes de ces violences. Et, dans la plupart des pays du monde, ces violences sont du niveau de la bastonnade.

J’ai plusieurs fois interpellé la Ligue des Droits de l’Homme française sur cette question sans obtenir de réponse, pour la bonne et simple raison que la LDH française ne s’est jamais, à ma connaissance, occupée de cette question. De même, elle n’a pas signé un appel pour l’interdiction des punitions corporelles pourtant signé par cent trente-trois associations françaises au printemps dernier.

De même, je viens de parcourir le site de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme et, sauf erreur, le thème des punitions corporelles infligées aux enfants dans les familles n’y est abordé nulle part. Si je me trompe, je serai heureux d’être détrompé !

Cette indifférence apparente des Ligues des Droits de l’Homme à l’égard des violences à visée éducative infligées aux enfants est stupéfiante pour de multiples raisons dont je ne citerai que les principales.

Dans la plupart des pays, on a, au cours des XIXe et XXe siècles, interdit de frapper toutes les catégories d’êtres humains que l’on frappait impunément autrefois : domestiques, hommes de troupe et marins, prisonniers, femmes, malades mentaux et, dans un certain nombre de pays, les enfants à l’école. Mais on continue à considérer comme normal le fait que les parents frappent les enfants, alors que les enfants sont les êtres les plus fragiles, les plus vulnérables et ceux sur lesquels la violence risque d’avoir les plus durables conséquences.

De multiples études ont montré les graves effets que peuvent avoir sur les enfants les punitions corporelles, aussi bien sur la santé physique que sur la santé mentale des enfants. Le rapport de l’OMS de novembre 2002 sur la violence et la santé en témoigne.

De plus, frapper les enfants dès le plus jeune âge a pour résultat de banaliser à leurs yeux la violence, de les habituer à la violence et de la leur faire considérer comme un moyen normal de régler les conflits.

Frapper les enfants pour les éduquer et les faire obéir, c’est les soumettre au droit du plus fort pendant toutes les années où leur cerveau se forme. Comment espérer qu’élevés ainsi ils soient portés à respecter les droits de l’homme et, notamment, les droits des plus faibles ?

Il y aurait encore une multitude de choses à dire sur l’incompatibilité entre droits de l’homme et violence éducative ordinaire. Mais vous en êtes certainement consciente et je ne veux pas vous importuner davantage. Il ne vous aura certainement pas échappé d’ailleurs que le Conseil de l’Europe s’apprête à lancer une grande campagne pour demander l’interdiction des punitions corporelles à visée éducative, déjà votée par plusieurs pays.

Je terminerai donc simplement par une question. Ne vous serait-il pas possible soit de me rassurer en me montrant que je connais mal l’action des Ligues des Droits de l’Homme et qu’elles agissent bien dans ce domaine, soit d’attirer leur attention sur cette forme de violence qui touche l’humanité presque entière pendant toutes les années où elle se socialise ?

Veuillez agréer, Madame la Présidente, mes respectueuses salutations.

Olivier Maurel, le 8 août 2007