Olivier Maurel

Écrivain militant – Non à la violence éducative !

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Article dans « Libération » du 3 avril 2015

Demain 3 avril devrait paraître dans Libération un grand article d’Ondine Millot sur la violence éducative ordinaire à partir d’une interview réalisée chez Olivier Maurel.

Retrouvez l’article ici : http://www.liberation.fr/vous/2015/04/02/les-faux-semblants-de-la-fessee_1233943

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« L’interdiction de la fessée demande un certain courage politique » sur Rue89

Article paru sur le site Rue89 le 20 mai 2014

L’amendement « anti-fessée » a été renvoyé aux calendes grecques. Le député EELV François-Michel Lambert l’a retiré lundi soir après que le gouvernement s’est engagé à « reprendre la discussion lors d’une prochaine loi sur la protection de l’enfance », promise pour septembre.

La pédiatre Edwige Antier, ex-députée UMP ralliée à l’UDI, et auteure de la précédente proposition de loi favorable à l’interdiction des châtiments corporels (restée sans suite), ne comprend pas :

« L’amendement a été courageusement porté et très bien accueilli par les députés de tous bords. Visiblement, le législateur est prêt mais pas le gouvernement. »

Les Français non plus. Selon la dernière enquête sérieuse sur le sujet, publiée par TNS-Sofres en 2009 :

  • 82% des Français sont hostiles à une loi interdisant la fessée ;
  • ils sont 67% à déclarer en avoir déjà donné une ;
  • et sont 45% à estimer qu’elle « apprend le respect de l’autorité ».

Hors de question, pour une majorité de Français, que l’État vienne se mêler de la manière dont ils traitent leurs enfants.

Le retard français

François-Michel Lambert se dit « confiant » malgré tout :

« Le moment n’était pas venu hier soir [lundi, ndlr], il faut un débat sur ces changements sociétaux. »

Il y a pourtant urgence : la France pourrait être condamnée par le Conseil de l’Europe pour son refus d’interdiction des châtiments corporels après que l’ONG britannique Approach a déposé un recours auprès du Comité européen des droits sociaux en octobre 2013. En matière de fessée, la France accuse en effet un sérieux retard. Elle fait partie, avec le Royaume-Uni et la République Tchèque, du club restreint des pays européens à ne pas avoir interdit les punitions corporelles, fessée incluses (la liste complète sur le site de End Corporal Punishment [PDF]) alors que la Suède l’a interdite dès 1979.

Pourtant, dès les années 90, des spécialistes ont remis en cause l’usage de la fessée. Les enfants ayant reçu des claques ou des fessées auraient tendance à se montrer plus agressifs que la moyenne selon une étude de l’Université américaine de Tulane en avril 2010. On sait aussi qu’ils développent plus de comportements à risques.

500 euros d’amende avec sursis

Olivier Maurel, auteur de « La Fessée, questions sur la violence éducative » (éditions La Plage, 2004) et fondateur de L’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO) explique que la fessée a aussi « un impact sur la santé physique » :

« Quand un enfant est frappé, les hormones du stress deviennent toxiques, l’organisme désactive les fonctions non-essentielles à la gestion du stress. Quand les agressions deviennent fréquentes, ce qui est le cas de la fessée, le système immunitaire a tendance à s’affaiblir.

Sur le plan mental, c’est une humiliation pour l’enfant qui peut perdre sa confiance en lui-même. Il y a également un phénomène de reproduction à l’âge adulte qui peut déboucher sur de la violence conjugale ou une soumission à une violence banalisée. »

L’idée que la fessée est d’abord un acte violent a tout de même fait un peu de chemin. En octobre 2013, un père de famille résidant dans la banlieue de Limoges a ainsi été condamné à 500 euros d’amende avec sursis pour avoir donné une fessée à son fils de 9 ans qui refusait de lui adresser la parole depuis plusieurs jours.

L’interdiction en Suède

Au début de l’année, le juge des enfants Jean-Pierre Rosenczveig a rendu au gouvernement un rapport [PDF] préconisant l’interdiction de la fessée.

« Aucune fessée ou aucune gifle ne peut prétendre être éducative ; tout au plus permet-elle à l’adulte d’exprimer son inquiétude et sa tension. »

Olivier Maurel souligne que « l’interdiction de la fessée demande un certain courage politique » :

« En Suède, l’interdiction s’est faite contre l’opinion publique qui aujourd’hui considère que la fessée est un acte violent. »

Difficulté conjoncturelle supplémentaire en France, selon Jacqueline Cornet, présidente de l’association Ni claques, ni fessées :

« Le gouvernement ne veut plus toucher à la famille après le débat sur le mariage homosexuel. »

Mais elle note que « l’on voit moins de parents donner des torgnoles à leur enfant en public ce qui pourrait signifier que les parents commencent à comprendre la violence de ce genre de gestes ».

Rodolphe Baron | Rue89

L’amendement « anti-fessée » a été renvoyé aux calendes grecques. Le député EELV François-Michel Lambert l’a retiré lundi soir après que le gouvernement s’est engagé à « reprendre la discussion lors d’une prochaine loi sur la protection de l’enfance », promise pour septembre.

 

Une fessée (Arralyn/Flickr/CC)

La pédiatre Edwige Antier, ex-députée UMP ralliée à l’UDI, et auteure de la précédente proposition de loi favorable à l’interdiction des châtiments corporels (restée sans suite), ne comprend pas :

« L’amendement a été courageusement porté et très bien accueilli par les députés de tous bords. Visiblement, le législateur est prêt mais pas le gouvernement. »

Les Français non plus. Selon la dernière enquête sérieuse sur le sujet, publiée par TNS-Sofres en 2009 :

  • 82% des Français sont hostiles à une loi interdisant la fessée ;
  • ils sont 67% à déclarer en avoir déjà donné une ;
  • et sont 45% à estimer qu’elle « apprend le respect de l’autorité ».

Hors de question, pour une majorité de Français, que l’Etat vienne se mêler de la manière dont ils traitent leurs enfants.

Le retard français

François-Michel Lambert se dit « confiant » malgré tout :

« Le moment n’était pas venu hier soir [lundi, ndlr], il faut un débat sur ces changements sociétaux. »

Il y a pourtant urgence : la France pourrait être condamnée par le Conseil de l’Europe pour son refus d’interdiction des châtiments corporels après que l’ONG britannique Approach a déposé un recours auprès du Comité européen des droits sociaux en octobre 2013.

En matière de fessée, la France accuse en effet un sérieux retard.

Elle fait partie, avec le Royaume-Uni et la République Tchèque, du club restreint des pays européens à ne pas avoir interdit les punitions corporelles, fessée incluses (la liste complète sur le site de End Corporal Punishment [PDF]) alors que la Suède l’a interdite dès 1979.

Pourtant, dès les années 90, des spécialistes ont remis en cause l’usage de la fessée. Les enfants ayant reçu des claques ou des fessées auraient tendance à se montrer plus agressifs que la moyenne selon une étude de l’Université américaine de Tulane en avril 2010. On sait aussi qu’ils développent plus de comportements à risques.

500 euros d’amende avec sursis

Olivier Maurel, auteur de « La Fessée, questions sur la violence éducative » (éditions La Plage, 2004) et fondateur de L’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO) explique que la fessée a aussi « un impact sur la santé physique » :

« Quand un enfant est frappé, les hormones du stress deviennent toxiques, l’organisme désactive les fonctions non-essentielles à la gestion du stress. Quand les agressions deviennent fréquentes, ce qui est le cas de la fessée, le système immunitaire a tendance à s’affaiblir.

Sur le plan mental, c’est une humiliation pour l’enfant qui peut perdre sa confiance en lui-même. Il y a également un phénomène de reproduction à l’âge adulte qui peut déboucher sur de la violence conjugale ou une soumission à une violence banalisée. »

L’idée que la fessée est d’abord un acte violent a tout de même fait un peu de chemin.

En octobre 2013, un père de famille résidant dans la banlieue de Limoges a ainsi été condamné à 500 euros d’amende avec sursis pour avoir donné une fessée à son fils de 9 ans qui refusait de lui adresser la parole depuis plusieurs jours.

L’interdiction en Suède

Au début de l’année, le juge des enfants Jean-Pierre Rosenczveig a rendu au gouvernement un rapport [PDF] préconisant l’interdiction de la fessée.

« Aucune fessée ou aucune gifle ne peut prétendre être éducative ; tout au plus permet-elle à l’adulte d’exprimer son inquiétude et sa tension. »

Olivier Maurel souligne que « l’interdiction de la fessée demande un certain courage politique » :

« En Suède, l’interdiction s’est faite contre l’opinion publique qui aujourd’hui considère que la fessée est un acte violent. »

Difficulté conjoncturelle supplémentaire en France, selon Jacqueline Cornet, présidente de l’association Ni claques, ni fessées :

« Le gouvernement ne veut plus toucher à la famille après le débat sur le mariage homosexuel. »

Mais elle note que « l’on voit moins de parents donner des torgnoles à leur enfant en public ce qui pourrait signifier que les parents commencent à comprendre la violence de ce genre de gestes ».

By Olivier Maurel

Liste des pays abolitionnistes au 9 mai 2014

De 1979 à 2014, trente-six pays ont interdit toute forme de punition corporelle, dont vingt-deux pays européens :

  • Suède (1979)
  • Finlande (1983)
  • Norvège (1987)
  • Autriche (1989)
  • Chypre (1994)
  • Danemark (1997)
  • Lettonie (1998)
  • Croatie (1999)
  • Bulgarie (2000)
  • Allemagne (2000)
  • Israël (2000)
  • Islande (2003)
  • Ukraine (2004)
  • Roumanie (2004)
  • Hongrie (2005)
  • Grèce (2006)
  • Pays-Bas (2007)
  • Nouvelle-Zélande (2007)
  • Portugal (2007)
  • Uruguay (2007)
  • Venezuela (2007)
  • Togo (2007)
  • Espagne (2007)
  • Costa Rica (2008)
  • Moldavie (2008)
  • Luxembourg (2008)
  • Liechtenstein (2008)
  • Tunisie (2010)
  • Pologne (2010)
  • Kenya (2010)
  • Albanie (2010)
  • République du Congo (2010)
  • Sud-Soudan (2011)
  • Honduras (2013)
  • Macédoine (2013)
  • Malte (2014)

By Olivier Maurel

Deux nouveaux pays abolitionnistes

Deux nouveaux pays viennent d’interdire toute forme de punition corporelle infligée aux enfants, la Macédoine et le Honduras. Heureusement, le village gaulois résiste encore à ces hordes barbares qui veulent nous interdire de donner en paix des baffes et des déculottées à nos enfants ! Déjà qu’ils nous ont interdit de battre nos femmes ! Jusqu’où ira-t-on ?

By Olivier Maurel

Géographie de la violence éducative ordinaire

La carte ci-dessous, établie en novembre 2013 par l’association britannique End corporal punishment, présente les progrès dans le sens de l’interdiction de tout châtiment corporel dans le monde.  On peut y voir les différents niveaux de protection des enfants contre les châtiments corporels :

  • en vert : châtiments corporels interdits en tous lieux : écoles, institutions familles ;
  • en bleu : pays en progrès vers une interdiction complète ;
  • en jaune : châtiments corporels interdits dans certains lieux (en général écoles et institutions mais pas dans les familles) ;
  • en rouge : châtiments corporels autorisés presque partout.

Carte des niveaux de protection des enfants contre les châtiments corporels

Quant au schéma, il présente, en vert, le pourcentage des enfants (5,4%) protégés par la loi de tout châtiment corporel dans le monde.Pourcentage d'enfants protégés contre les châtiments corporels.

Comme on peut le voir et comme le disent de grands esprits, que la loi protège, eux, contre toute violence, nous sommes au siècle de l’enfant-roi !

niveaux de protection des enfants contre les châtiments corporels :

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Émission « 7 milliards de voisins » (RFI)

Faut-il interdire la fessée et les châtiments corporels ?

Le 18 novembre 2013 Emmanuelle Bastide recevait Olivier Maurel, président de l’OVEO (Observatoire de la violence éducative ordinaire) et Dominique Marcilhacy, porte-parole de l’Association Union des familles en Europe.

À réécouter sur le site de RFI ou directement ci-dessous :

Faut-il interdire la fessée et les châtiments corporels ?Faut-il interdire la fessée et les châtiments corporels ?

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France Info Junior : Faut-il une loi pour interdire les claques et les fessées ?

Que dit précisément la loi. Où en est la France, où en sont les autres pays, avec les claques et les fessées ?

Olivier Maurel, président de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire – un organisme favorable à ce que l’interdiction de la fessée soit inscrite dans la loi – répond à nos abonnés à Mon Quotidien, le quotidien des 10-14 ans.

Au micro : Emma, Jean, Matthias et Nicolas, ils ont 10 ans.

Retrouvez l’émission et le bonus via le player ci-dessous ou en .mp3 ici :


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Interview : « La violence éducative : Olivier Maurel » (revue Kaizen)

Interview publiée dans la revue Kaizen le 25 janvier 2013

[Note de l'admin : Je vous recommande en préambule l'illustration présente sur le site de Kaizen]

Kaizen : Comment est né votre intérêt pour la question de la violence éducative ?

Olivier Maurel : Cela remonte à mon enfance pendant la guerre, à ces bombardements sous lesquels j’ai dû chercher un abri et à la déportation d’une de mes sœurs. Toute ma vie, je me suis demandé pourquoi les hommes en arrivaient à adopter des comportements si violents et si cruels. J’avais près de cinquante ans quand j’ai trouvé la réponse la plus convaincante à mes questions, dans le livre C’est pour ton bien d’Alice Miller. Depuis lors, je n’ai pas cessé de travailler sur ce sujet. Et je me suis aperçu que la violence éducative avait des conséquences dans une multitude de domaines où on ne s’attendrait pas à la voir intervenir, comme la recherche scientifique ou la religion.

Qu’appelez-vous « violence éducative ordinaire » ? Quelle différence faites-vous avec la maltraitance ?

La « violence éducative ordinaire » désigne tous les comportements qui se veulent éducatifs, mais qui sont des formes de violence physique, verbale ou psychologique tolérées ou préconisées dans une société donnée. En France, la tape, la gifle et la fessée en sont des exemples. La maltraitance, elle, inclut des mauvais traitements sans visée éducative comme la négligence ou les abus sexuels. Dans le domaine éducatif, elle fait référence à des comportements qui, à un moment donné de l’histoire d’une société, ne sont plus considérés comme tolérables. En France, aujourd’hui, les coups de ceinture et de bâton ne sont plus tolérés, alors qu’ils l’étaient il y a un siècle ou deux.

Peut-on évaluer la proportion d’enfants victimes de ce type de violence en France et à travers le monde ?

Les résultats des enquêtes varient beaucoup selon la manière dont les questions sont posées. Pour la France, ils vont de 70 à 85%. Dans les pays du monde où les punitions corporelles n’ont pas été contestées, 90% des enfants, ou même davantage, sont battus, et souvent très violemment, dans les familles et dans les écoles. C’est en Europe qu’on trouve le plus grand nombre de pays ayant interdit toute forme de punition corporelle à l’école et à la maison, mais cette tendance commence à se répandre en Amérique du Sud et en Océanie.

Quelles sont les conséquences de la violence éducative ?

Elles sont multiples. La violence est une atteinte à l’intégrité des enfants et au capital de sociabilité innée avec lequel, comme tous les animaux sociaux, ils viennent au monde. C’est un coup porté à leur santé physique (l’Organisation Mondiale de la Santé recense de nombreuses maladies somatiques et psychosomatiques causées par des violences subies dans l’enfance), ainsi qu’à leur santé mentale et notamment à leur estime de soi, à leur confiance en eux. Cela nuit également à leurs capacités relationnelles, qui se modèlent sur les premières relations vécues dans l’enfance. La tendance à la violence ou à la soumission à la violence est une des conséquences les plus courantes de la violence éducative.

Que répondez-vous à une personne qui avance qu’ « une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne », qu’elle a elle-même reçu des fessées et qu’elle n’est pas traumatisée pour autant ?

Ces deux types de réflexions résultent d’un des effets les plus pervers des punitions corporelles. Le jeune enfant qui subit des coups ou des violences verbales de ses parents auxquels il est viscéralement attaché est convaincu par ces coups qu’il est mauvais et que ses parents sont obligés de le frapper pour le corriger. Il s’adapte donc à ce traitement et le considère comme un signe d’amour parental. Il en arrive à penser non seulement que ce traitement ne lui fait aucun mal, mais même que tout ce qu’il y a de bon en lui en découle. Les enfants qui ont été frappés à coups de bâton dans les sociétés où c’est l’usage ne réagissent pas autrement : « Si mes parents ne m’avaient pas donné de coups de bâton, je n’aurais pas fait d’études, je me serais droguée », écrivait une étudiante sur un site africain.

Mais ces deux affirmations sont des contrevérités. « Une bonne fessée », et souvent une seule fessée, peut rendre un enfant masochiste sexuel à vie. On le sait depuis l’ouvrage de Jean-Jacques Rousseau publié au XVIIIe siècle, Les Confessions, et plusieurs lecteurs et lectrices de mes livres me l’ont confirmé. La proximité des terminaisons nerveuses des organes sexuels et des fesses fait que les coups peuvent provoquer une excitation sexuelle suivie d’une fixation à vie entre les coups et l’orgasme : sans coups, plus d’orgasme.

D’autre part, ceux qui croient ne pas avoir été traumatisés par les fessées qu’ils ont reçues ne s’aperçoivent pas qu’en défendant les punitions corporelles, ils contredisent à la fois le principe le plus universel de la morale appelé « règle d’or » à cause de son universalité : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse », et un autre principe que tout parent essaie d’inculquer à ses enfants : « Il est lâche de faire violence à un être plus faible que soi ». Ne pas voir cette évidence est à mon avis le signe qu’on a été plus traumatisé qu’on ne le croit.

Le philosophe Alain écrit : « Les jeux des enfants, s’ils sont sans règle, tournent à la bataille ; et sans autre cause ici que cette force désordonnée qui se mord elle-même ». La violence physique ne fait-elle pas partie de l’être humain ? Existe-t-il des peuples qui éduquent « naturellement » sans être violents à l’endroit des enfants ?

La connaissance des enfants a beaucoup progressé depuis ces propos d’Alain au début du XXe siècle. On sait aujourd’hui que l’agressivité qui se manifeste chez certains enfants (et non pas chez tous) entre 18 mois et 4 ans, s’atténue et disparaît à partir du moment où l’enfant est capable d’exprimer par des mots et non plus seulement par des gestes les fortes émotions qu’il éprouve. On sait aussi que les enfants qui ont été élevés avec empathie ne manifestent même pas cette agressivité infantile. Alain écrivait à une époque où presque tous les enfants étaient au moins giflés et fessés, et souvent battus beaucoup plus violemment. La violence était pour eux un comportement normal dont les adultes leur donnaient l’exemple. Mais aujourd’hui les études sur la psychologie infantile montrent que s’ils sont élevés avec empathie, non seulement ils ne sont pas violents, mais ils sont naturellement portés à l’entraide.

L’étude des primates a aussi montré que les grands singes les plus proches de nous, notamment les bonobos, sont très peu violents et manifestent spontanément des comportements d’entraide, de réconciliation, de consolation.

Il existe des peuples plus proches de la nature que nous, qui éduquent leurs enfants sans violence. Ce sont des peuples de chasseurs-cueilleurs vivant encore dans des conditions assez proches de celles de nos ancêtres de la préhistoire, avant la révolution néolithique. Il est donc possible que pendant plus des 9/10e de son existence, soit un peu moins de 200 000 ans, l’humanité ait traité ses enfants avec douceur, jusqu’aux débuts de la sédentarisation il y a environ 12 000 ans. Mais lors du passage à l’agriculture et à l’élevage, le mode de vie des hommes a beaucoup changé et l’apparition de l’écriture, 3000 ans avant Jésus-Christ, a mis à jour de nombreux proverbes recommandant de frapper les enfants.

N’est-il pas aussi grave d’exercer une violence psychologique qu’une violence physique sur un enfant ?

La violence psychologique et la violence verbale sont évidemment très graves. Dire par exemple à un enfant : « Tu es nul » ou « Tu feras le trottoir » est littéralement meurtrier. Et un bon nombre de lecteurs de mes livres m’ont dit : « Les coups, au bout d’un moment, je ne les sentais plus, mais les insultes de ma mère ou de mon père, elles sont toujours présentes ».

Cependant, la violence physique présente des dangers particuliers. Dire qu’on ne sentait plus les coups peut être le signe d’un endurcissement, d’un blindage de la sensibilité qui empêche le sujet de ressentir ses propres émotions. Il risque alors de ne plus être sensible aux émotions et à la souffrance des autres et de leur infliger les mêmes cruautés sans état d’âme. D’autre part le corps garde en mémoire les coups reçus, et ceux qu’on croit avoir oubliés peuvent ressortir sous la forme de somatisations dont les médecins et les kinésithérapeutes ne savent pas toujours reconnaître l’origine. Enfin, il faut bien voir que la violence physique est la seule à avoir été partout recommandée sous la forme de proverbes. On n’a jamais recommandé de la même manière d’insulter les enfants.

Quel lien établissez-vous entre la violence éducative et l’état de la société (écologique et social) ?

Il existe un parallélisme très clair entre le niveau de violence éducative pratiqué dans les diverses sociétés et la violence et l’oppression qu’elles sont capables d’exercer ou de supporter. La violence éducative infligée aux enfants a pour effet de leur faire considérer ce comportement comme normal ou/et de leur apprendre à s’y soumettre. Alice Miller a montré que tous les dictateurs du XXe siècle, sans exception, ont été des enfants dévastés par la violence de leurs éducateurs. Et ils ont pris le pouvoir sur des peuples qui avaient été massivement soumis à un haut niveau de violence éducative. L’éducation dans l’Allemagne prénazie, par exemple, était terriblement violente et oppressive. Au contraire, les sociétés où la violence éducative a beaucoup baissé se caractérisent par un niveau très faible de violence politique et sociale et un niveau plus élevé de justice et d’égalité.

J’ai pris conscience du rapport entre la violence éducative et l’état écologique de la planète lorsque j’ai reçu des lettres de lecteurs et lectrices dévoilant le mal-être où ils se trouvaient à cause de ce qu’ils avaient subi étant enfants. La violence et les humiliations reçues leur avaient ôté la capacité d’être simplement heureux d’exister, avec leur corps, leurs sensations, leurs émotions et leurs relations avec les autres. Quand on a perdu ce simple bonheur d’être, on tend à se rabattre sur des ersatz de plaisir : le plaisir d’avoir, le plaisir du pouvoir sur les autres et le plaisir de paraître. Or, la recherche de l’avoir, du pouvoir et de l’apparence est le carburant de la machine financière, économique et technique qui actuellement détruit la planète à grande vitesse.

Pourquoi légiférer sur la question de la fessée et comment s’assurer du respect d’une loi ? Comment a-t-on statué dans les autres pays ? Cela nécessite soit d’avoir accès à l’intérieur des foyers, soit de faire confiance aux enfants…

Il y a quatre siècles que les punitions corporelles ont commencé à être remises en question, mais cette évolution a été d’une lenteur extrême car elle se heurte en nous à de très fortes résistances, notamment à l’attachement à nos parents que nous avons tous éprouvé. Or, l’impact de la violence éducative sur la violence humaine et sur les comportements qui mettent notre planète en danger, ne nous permet pas d’attendre encore deux ou trois siècles pour voir disparaître ce fléau. Des lois claires d’interdiction accélèrent la prise de conscience des dangers de la violence éducative.

Vous venez de publier La violence éducative : un trou noir dans les sciences humaines ? (Editions L’Instant présent, août 2012). Quel nouvel éclairage souhaitez-vous apporter sur la question à travers ce livre ?

Au cours de mes recherches, j’ai été surpris de voir que les auteurs qui traitent de la violence humaine oublient presque toujours de parler de la forme de violence la plus fréquente, la plus ordinaire, que sont les punitions corporelles infligées par les parents et les enseignants. Comment peuvent-ils l’oublier alors qu’elle est universelle, souvent d’une grande intensité et que c’est la plus susceptible d’influer sur le niveau de violence des adultes ? J’ai donc étudié systématiquement tous les ouvrages parus autour de 2008 et dont les titres annonçaient qu’ils traitaient de la violence humaine. Des livres écrits par des psychanalystes, des psychologues, des sociologues, des historiens ou des philosophes. Or, sur 99 auteurs, 6 seulement ont tenu compte de la violence éducative. Pire encore, les autres attribuent la responsabilité de la violence à l’agressivité et aux supposées « pulsions » des enfants. Je montre ensuite que c’est la violence éducative elle-même qui nous pousse à ne pas en prendre conscience et à accuser les enfants de la violence des adultes. Autrement dit, si invraisemblable que cela paraisse, la violence éducative qui, comme chacun sait, « n’a jamais fait de mal à personne », perturbe en fait jusqu’au fonctionnement du cerveau des chercheurs.

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Interview : Le monde des religions

Les propos du Christ sur les enfants sont les plus révolutionnaires de l’Évangile

Interview de Sylvia Marty publiée le 29/04/2011, Le Monde des Religions

Pourquoi appelle-t-on cruauté le fait de frapper un animal, agression le fait de frapper un adulte et éducation le fait de frapper un enfant? Douze pays européens ont voté une loi interdisant toute violence éducative y compris la fessée, la gifle etc. En France le sujet agace ou au mieux prête à sourire. Rencontre avec Olivier Maurel, fondateur de l’observatoire sur la violence éducative ordinaire.

La correction comme moyen éducatif est transmis de génération en génération. Elle est ancrée dans notre culture et admise comme normale. La fondation pour l’enfance vient de lancer une campagne anti-gifle et fessée. Pourquoi parle-t-on de la maltraitance et laisse-t-on de côté la violence éducative ordinaire ?

Parce que le seuil de tolérance à la violence subie par les enfants de la part de leurs parents nous est en quelque sorte fixé par l’éducation que nous avons reçue. Ce que nous appelons maltraitance, c’est le niveau de violence que, dans notre société, on ne tolère plus, par exemple frapper un enfant à coups de bâton ou de ceinture. Mais des gifles ou des fessées, nous en avons presque tous reçu de la part de nos parents que nous aimions et nous avons donc été persuadés très tôt qu’il était normal de frapper les enfants de cette façon. Ceux qui ont subi des bastonnades dans les nombreuses sociétés où c’est la coutume (et c’était aussi la coutume chez nous jusqu’au XIXe siècle) trouvent aussi la bastonnade tout à fait normale et ne songent pas plus à la remettre en question que nous ne songeons à contester la gifle ou la fessée.

Quel fut l’élément déclencheur de votre prise de conscience sur la violence éducative ordinaire?

La lecture du livre C’est pour ton bien, d’Alice Miller. Je m’interrogeais sur la violence humaine depuis mon enfance où j’ai connu la guerre et les bombardements. Pourquoi les hommes s’entretuent-ils comme ils le font ? Or, Alice Miller montre que la plus grande partie de la violence humaine, y compris les violences collectives, sociales ou politiques, a pour origine les violences subies dans l’enfance: abus sexuels, abandon, manque d’amour et, beaucoup plus général, presque universel, l’emploi de la violence pour ‘corriger’ les enfants.

Pourquoi avoir fondé l’observatoire sur la violence éducative ordinaire?

J’ai fondé cet observatoire pour essayer de faire prendre conscience à l’opinion publique de l’importance quantitative et qualitative de la violence éducative, cette forme de violence que nous avons tendance à ne pas voir, à minimiser (on ne parle que de ‘petites tapes sur les couches’, de ‘petites tapes sur la main’…), à justifier, à considérer comme indispensable. Dans le livre que je suis en train de terminer, je montre que cette cécité sélective est poussée à un tel point que sur plus de cent auteurs, chercheurs, philosophes, psychanalystes, historiens qui ont écrit ces dernières années des livres dont le titre annonce qu’ils vont traiter de la violence, 90% d’entre eux ne disent pas un mot, vraiment pas un mot, de la violence éducative, et le plus souvent même pas de la maltraitance.

La fondation pour l’enfance vient de lancer une campagne anti-gifles et fessées. Qu’en pensez-vous?

J’en ai été très heureux. Et je suis allé participer mercredi à Paris au lancement de cette campagne. J’ai trouvé que le film était très intelligemment axé sur le fait que la violence éducative est un phénomène de reproduction de génération en génération, et il ne m’a pas paru culpabilisant pour les parents. Selon de récentes recherches, les coups reçus par les enfants provoquent des lésions et entravent leur développement .

Pouvez-vous nous expliquer de quelle manière?

Quand un enfant reçoit des coups, son organisme réagit comme réagit l’organisme de tous les mammifères face à une agression. Dès la perception de la menace ou du coup, il sécrète en quantité des hormones qu’on appelle hormones du stress qui sont destinées à lui permettre de fuir ou de se défendre. Ces hormones ont pour effet d’accélérer les battements du cœur pour envoyer davantage de sang dans les membres et rendre la fuite ou la défense plus efficace. De plus, par une sorte de principe d’économie d’énergie, l’organisme désactive toutes les fonctions qui ne sont pas indispensables à la fuite ou à la défense, par exemple la digestion, la croissance et le système immunitaire.

Si l’enfant peut fuir ou se défendre, au bout d’un moment, l’équilibre se rétablit dans le corps, les hormones du stress s’évacuent et les fonctions stoppées se remettent en activité. Mais un enfant frappé ne peut ni fuir ni se défendre. A ce moment-là, comme l’avait montré Alain Resnais dans son film Mon oncle d’Amérique, les hormones du stress deviennent toxiques et attaquent les organes, notamment le système digestif et certaines parties du cerveau. Elles détruisent les neurones. Et d’autre part, comme la violence éducative est souvent répétitive, le système immunitaire à force d’être désactivé et réactivé, est altéré dans son fonctionnement et ne défend plus aussi bien l’organisme. Les enfants sont souvent d’autant plus vulnérables aux maladies qu’ils ont été davantage frappés.

Dans Matthieu, 19:15, Jésus dit « si vous ne vous convertissez et ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. (…) Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspende à son cou une meule de moulin, et qu’on le jette au fond de la mer. » Pourquoi cette parole du Christ n’a-t-elle pas été comprise par les chrétiens?

Je n’hésite pas à dire que les propos du Christ sur les enfants sont les plus révolutionnaires de l’Evangile. Je ne leur connais aucun équivalent dans aucune religion. Ils sont pour moi une des preuves que Jésus n’était pas seulement un homme. Alice Miller pensait que s’il avait pu les prononcer, c’est qu’il avait été exceptionnellement aimé, protégé et respecté par ses parents, comme le disent d’ailleurs les Evangiles qui parlent de son enfance.Quand Jésus enfant fait ce que nous appellerions une fugue, et qui plus est une fugue de trois jours, pour discuter avec les prêtres dans le temple, non seulement ses parents ne le frappent pas, mais ils lui disent simplement leur incompréhension et leur angoisse.

Malheureusement, ces propos sur les enfants n’ont jamais été compris par les Eglises chrétiennes comme ils auraient dû l’être. Quand Jésus nous présente les enfants comme des modèles à suivre pour entrer au Royaume des cieux, il est évident qu’il ne nous les présente pas comme des êtres qu’il faudrait corriger, et à plus forte raison à coups de bâton! On ne corrige pas des modèles, on les suit, on les imite. Mais la société du temps de Jésus, comme la nôtre il y a peu, était une société où, pour suivre la douzaine de proverbes bibliques qui traitent de l’éducation, on battait les enfants pour faire sortir la « folie » qui était en eux (Proverbes, 22, 15: La folie est au cœur de l’enfant; le fouet bien appliqué l’en délivre.)

Les disciples de Jésus avaient donc été élevés de cette façon par des parents qu’ils respectaient plus que tout. Il leur était donc pratiquement impossible d’imaginer que les paroles de Jésus pouvaient s’appliquer à cette méthode d’éducation. De même, quand Jésus dit à propos de quelqu’un qui ‘scandalise’ un enfant : « Mieux vaudrait pour lui se voir passer une pierre à moudre et être précipité dans la mer que de scandaliser un seul de ces petits », il est évident que le fait de donner à un enfant l’exemple de la violence en le battant et, qui plus est, l’exemple de la violence d’un être fort sur l’être le plus faible et sans défense qui soit, est une façon de le scandaliser.

Mais les anciens enfants qu’étaient les apôtres éprouvaient certainement à l’égard de leurs parents un attachement si viscéral qu’il leur était impossible de comprendre le sens de ces paroles. Résultat: l’Eglise n’a jamais remis en question la façon traditionnelle d’élever les enfants à coups de bâton, que ce soit dans les familles ou dans les écoles, et les institutions religieuses ont souvent été des enfers pour les enfants. On en a eu encore récemment des exemples avec les établissements irlandais tenus par des religieuses qui battaient comme plâtre les jeunes filles qu’on leur confiait.

L’incompréhension des premiers chrétiens à l’égard des paroles de Jésus sur les enfants apparaît de façon évidente dans le premier livre des Confessions de saint Augustin. Il en arrive même à corriger à sa manière le sens de la phrase du Christ: « A leurs pareils le Royaume des cieux » qui, d’après lui, voudrait dire non pas que les enfants sont innocents, ce qui est quasi-incompréhensible pour des adultes qui trouvent normal d’avoir été battus, mais qu’ils sont humbles, au sens étymologiques du mot: proches de l’humus, de la terre. Je suis pour ma part convaincu que c’est l’incompréhension de ces paroles de Jésus qui a fait que le christianisme a été en échec face au problème de la violence. Prêcher l’amour du prochain ne signifiait plus rien, ne pouvait avoir aucune efficacité, quand, parallèlement, on élevait les unes après les autres les générations d’enfants de manière à les rendre viscéralement violents par le traitement qu’on leur faisait subir.

Et malheureusement l’Eglise jusqu’à présent n’a pas bougé d’un iota sur ce point. Le Catéchisme de l’Eglise catholique, approuvé par le Pape en 1992, dit ceci à propos des parents: « En sachant reconnaître devant eux leurs propres défauts, ils seront mieux à même de les guider et de les corriger. » Qui aime son fils lui prodigue des verges, qui corrige son fils en tirera profit  » (Si 30, 1-2).

Quelle est la position des différentes religions par rapport aux châtiments corporels infligés aux enfants?

La première religion qui ait de façon assez radicale remis en question les châtiments corporels est une religion issue de l’islam: la religion Bahaï, née en Iran au début du XIXe siècle, et dont le fondateur s’est opposé à la méthode utilisée couramment dans les écoles coraniques. Certains Quakers ont aussi dénoncé la pratique des punitions corporelles infligées aux enfants. Mais le plus souvent les religions chrétiennes ont au contraire refusé qu’on les interdise lorsque les Etats, à l’incitation du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, ont commencé à voter des lois d’interdiction.

Je crois que les méthodistes, aux Etats-Unis, ont pris position contre les punitions corporelles. Même chose pour le Conseil Œcuménique des Eglises (protestantes) en Afrique. Bizarrement, c’est dans la religion musulmane où pourtant la pratique des punitions corporelles est très intense, qu’on a vu des philosophes (par exemple Miskawayh, philosophe du Xe siècle, ou encore Ibn Khaldûn, historien du XIVe siècle) analyser avec le plus de perspicacité les effets nocifs des punitions corporelles.

Que répondez-vous aux parents, ces anciens enfants, qui disent « moi aussi j’ai reçu des gifles et des fessée. Ça ne m’a pas traumatisé » ?

Il est vrai que chez beaucoup de gens les effets des fessées ou des gifles sont atténués par l’affection que leurs parents leur ont donnée par ailleurs, ou/et par le fait que les punitions n’ont pas été données arbitrairement mais d’une manière qui leur a paru « juste ». Malheureusement, il y a toujours un effet secondaire qui demeure et qui montre que ces personnes ont subi en quelque sorte une lésion du sens moral, c’est que les parents qui disent cela trouvent normal :

  1. Que l’on frappe les enfants
  2. Qu’un être grand et fort frappe un être petit et faible.

Or, ces deux faits sont en contradiction avec le principe le plus élémentaire de la morale qu’ils cherchent en général à inculquer à leurs enfants: ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse. Et en général ils ne voient même pas la contradiction entre ce principe et ce qu’ils pratiquent et recommandent. Cette forme de cécité est bien la marque d’un traumatisme, mais non ressenti comme tel. Alice Miller a intitulé un de ses livres publié d’abord en allemand : « Tu ne t’apercevras de rien ». C’est un des effets les plus redoutables de la violence éducative.

Selon vous, les Français sont-ils prêts à changer leur approche de « la bonne fessée qui n’a jamais fait de mal à personne » ?

Il y a une évolution, surtout chez les jeunes parents, mais elle est très lente et les résistances sont très fortes. Elles sont dues en grande partie à l’attachement que nous avons à l’égard de nos parents. Il nous est très difficile de remettre en cause ce qu’ils nous ont fait subir.

Faut-il absolument légiférer pour faire évoluer les mentalités?

C’est précisément l’attachement que nous avons à l’égard de nos parents qui fait qu’il est indispensable de légiférer. Nos parents font partie de notre psychisme. Quand nous frappons nos enfants, en un sens, ce sont eux qui frappent à travers nous (ce qu’exprime très bien le film de la fondation pour l’enfance). Tant qu’une autorité supérieure à celle des parents ne dit pas clairement qu’il est inacceptable de frapper les enfants et qu’ils doivent être respectés comme on respecte les adultes et les personnes âgées, l’usage ne changera pas, ou très lentement comme il change depuis le début du XIXe siècle.

Or, vu la nécessité où nous nous trouvons, notamment avec la crise climatique, d’effectuer des changements profonds dans notre comportement, il est urgent de permettre aux nouvelles générations de disposer de toutes leurs facultés affectives, intellectuelles et morales pour affronter les situations vers lesquelles nous allons. Et la violence éducative altère ces facultés. J’ajoute que dans un grand nombre de pays où les enfants sont encore frappés à coups de bâton ou punis d’autres manières aussi violentes, la situation est bien pire que chez nous et qu’il est donc urgent de donner l’exemple du renoncement à cette méthode d’éducation.
Pour aller plus loin :

La fessée, Olivier Maurel, éditions La Plage 2007 (réédition)

Oui, la nature humaine est bonne, éditions Robert Laffont 2009

Œdipe et Laos. Dialogue sur l’origine de la violence, éditions L’Harmattan

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, éditions Jean-Claude Lattès

http://www.oveo.org/ (OVEO)

http://www.lemondedesreligions.fr/entretiens/les-propos-du-christ-sur-les-enfants-sont-les-plus-revolutionnaires-de-l-evangile-29-04-2011-1480_111.php

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Graines de non-violence – Pourquoi faut-il interdire les punitions corporelles ?

Graines de non-violence

Chroniques radiophoniques

90 secondes sur la non-violence

Pourquoi faut-il interdire les punitions corporelles ?

L’initiative d’Edwige Antier de déposer une proposition de loi pour faire interdire les punitions corporelles a été très mal accueillie par l’opinion publique, mais bien à tort.
On aurait dû se réjouir, au contraire, de voir une députée, pédiatre de surcroît et dûment expérimentée, proposer que la France rejoigne les 25 pays qui ont déjà eu l’intelligence et le courage de prendre cette mesure. D’autant plus qu’elle était allée elle-même en Suède, pays où l’interdiction, qui date de 1979, est la plus ancienne, et où ses effets sont extrêmement positifs.
L’interdiction est nécessaire pour beaucoup de raisons. Je n’en citerai que deux.
D’abord parce que la violence éducative, même de faible intensité, fait le lit de la maltraitance caractérisée. Quand toute une société accepte que les enfants soient faiblement frappés, il est inévitable qu’un certain pourcentage de parents dépasse la limite tolérée et deviennent maltraitants, parce qu’ils ont été eux-mêmes violemment frappés, parce qu’ils sont stressés ou exaspérés, ou encore parce que leur enfant leur répond : “Même pas mal !”.
Il est aberrant aussi que la seule catégorie d’êtres humains qu’il soit permis de frapper soient précisément les plus fragiles, les plus vulnérables et ceux sur lesquels la violence peut avoir les effets les plus dommageables. Notamment à cause de la capacité innée d’imitation des enfants qui fait que la première chose qu’on apprend à un enfant en le frappant, c’est à frapper et à considérer comme normal de résoudre les conflits par la violence.