Olivier Maurel

Écrivain militant – Non à la violence éducative !

Allemagne 1631 : Un confesseur de sorcières parle

ALLEMAGNE 1631

Un confesseur de sorcières parle

L’Harmattan, 2000, 16 euros

Comment j’ai découvert Spee et pourquoi il m’a intéressé.

Je ne suis pas germaniste.
Je n’ai jamais étudié l’allemand.
Je ne me suis jamais intéressé particulièrement, avant ma rencontre avec ce livre, à la chasse aux sorcières ni à la sorcellerie.
Une de mes soeurs ayant été déportée en Allemagne et y ayant beaucoup souffert, je n’étais même pas spécialement enclin, par mon passé, à faire connaître en France un jésuite allemand du XVIIe siècle.
C’est tout à fait par hasard que, cherchant un renseignement dans le Dictionnaire des oeuvres, je suis tombé sur le résumé d’un ouvrage portant le titre d’Advis aux criminalistes. Il y était dit que Spee, un jésuite, avait eu la charge de confesser des sorcières condamnées au bûcher. Qu’il s’était aperçu que ces femmes n’étaient que des victimes du fanatisme. Qu’il avait assisté aux tortures abominables auxquelles elles étaient soumises et qu’il avait tout de suite compris que, sous ces tortures, elles avouaient, et n’importe qui aurait avoué, absolument n’importe quoi. Que, dans son indignation, il avait éprouvé le besoin d’alerter les autorités de son pays pour faire cesser ce massacre, et cela au risque d’être lui-même condamné au bûcher. Et qu’enfin, son livre, dont le titre latin original était Cautio criminalis, avait contribué à faire cesser les procès en sorcellerie.

Connaissant un peu, par mon métier de professeur, la littérature européenne de cette époque, je me suis demandé qui pouvait être ce religieux capable de s’élever, à cette époque, contre une persécution menée en grande partie avec l’assentiment de sa propre Eglise. Je ne voyais comme équivalent que le dominicain espagnol Bartholomée de las Casas qui avait pris parti, contre la plupart de ses contemporains, et notamment contre nombre de religieux, pour les Indiens d’Amérique.

D’autre part, comme je m’intéresse depuis très longtemps à tous les modes d’action non-violents contre l’injustice, l’efficacité de ce témoignage public contre les procès en sorcellerie m’a rappelé l’efficacité qu’avait eue, à une tout autre époque, la dénonciation par l’évêque de Munster du programme d’euthanasie des malades mentaux et des malades incurables déclenché par les nazis. Il avait suffi d’un sermon public et d’une distribution de tracts aux soldats des armées hitlériennes pour obliger Hitler à reculer et à renoncer à cette part de son programme.

Je suis donc parti à la recherche de ce livre, ce qui n’a pas été très facile.

Je me suis adressé à la grande bibliothèque des jésuites de Chantilly, qui depuis a été dispersée. Le bibliothécaire a pu me donner des informations sur Spee mais il n’avait pas son ouvrage.

Grâce à un de mes fils, étudiant à Paris, j’ai pu savoir qu’il en existait un exemplaire à la Bibliothèque Nationale. J’en ai eu d’abord des photocopies, cinquante pages par cinquante pages, puis j’ai su par Odile, notre efficace bibliothécaire, que je pouvais avoir directement les microfiches et en tirer des photocopies à la bibliothèque de Toulon. J’ai ainsi pu avoir la totalité de l’ouvrage de Spee et sa lecture ne m’a pas déçu.

Mais ce livre était en français du XVIIe siècle, et imprimé dans les caractères du XVIIe siècle, donc à peu près illisible pour la plupart des lecteurs d’aujourd’hui. D’autre part, j’avais appris par des documents transmis par le bibliothécaire jésuite de Chantilly que le traducteur français du livre de Spee était un médecin de Besançon qui, un peu comme je l’avais été moi-même, avait été passionné par le livre de Spee et avait décidé de le faire éditer, d’autant plus qu’on avait persécuté des sorcières en Franche Comté, mais que, tout en traduisant fidèlement le livre de Spee du latin, il ne s’était pas gêné pour y ajouter des commentaires de son cru.

Enfin, par les mêmes documents de la bibliothèque de Chantilly, j’ai appris que Spee avait procédé à deux éditions successives de son livre, qu’il avait apporté des ajouts à la seconde et que je devrais donc comparer l’édition française à ces deux éditions pour arriver à savoir quels étaient les ajouts dus à Spee et quels étaient les ajouts dus au traducteur.

Une fois tout cela éclairci, le livre traduit en français moderne et son introduction rédigée après m’être dûment renseigné sur la persécution des sorcières en Allemagne et en Europe, j’ai eu la chance, après plusieurs échecs, que le directeur de la collection L’Allemagne d’hier et d’aujourd’hui, chez l’Harmattan, soit intéressé par ce livre.

L’histoire de cette édition explique le caractère un peu particulier de la page de couverture de ce livre où l’on voit à la fois le titre original latin du livre de Spee, la page de titre de la traduction française du XVIIe siècle avec le titre donné par le traducteur et enfin le titre de cette édition de mars 2000 choisi pour être plus parlant au lecteur d’aujourd’hui.

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