Olivier Maurel

Écrivain militant – Non à la violence éducative !

By Olivier Maurel

Une lettre à la Conférence des évêques de France sur la violence éducative

Bonjour,

Ce très long message s’adresse spécialement à celles et ceux parmi ses lecteurs et lectrices qui sont catholiques et qui veulent faire avancer l’Eglise avec bienveillance, sur sa manière de concevoir l’éducation des enfants.
Deux chrétiens pratiquants ont écrit aux évêques de France pour attirer leur attention sur la contradiction entre d’une part les paroles de Jésus sur les enfants dans les Evangiles et, d’autre part, le fait que le Catéchisme de l’Eglise catholique, dans son chapitre sur l’éducation, continue à citer des proverbes bibliques qui recommandent de frapper les enfants. De plus, le Pape François, à deux reprises au moins, a approuvé sans ambiguïté l’usage des punitions corporelles.
La réponse du secrétaire de la Conférence des évêques manifeste une incompréhension à l’égard du problème posé.
Ces deux chrétiens ont alors décidé d’écrire une nouvelle lettre qu’ils souhaiteraient voir signer par d’autres chrétiens et que j’ai signée moi-même.

Vous trouverez ci-dessous les trois lettres en question.

Je lance donc un appel à tous ceux qui se sentent concernés par cette question. Si vous approuvez cette démarche et souhaitez y participer en signant la seconde lettre qui n’est pas encore envoyée, merci de m’indiquer à l’adresse omaurel@wanadoo.fr vos noms et prénoms, code postal et commune. Ils seront ajoutés à la liste des signataires.

Le 08 août 2017
Bourcy Thomas et Marianne
630 chemin Jouan de l’Homme
32600 Ségoufielle

A la Conférence des Évêques de France

Objet : l’Église et la violence éducative

Messeigneurs,

Nous nous permettons de vous écrire à propos de l’éducation des enfants et du message de l’Église catholique.

Depuis des millénaires, mais pas depuis toujours, l’éducation des enfants est fondamentalement basée sur la violence. L’Ancien Testament reflète cette violence : «Celui qui ménage sa verge hait son fils, Mais celui qui l’aime cherche à le corriger » (Proverbes 13-24). La raison de cette violence ? Elle est expliquée au Proverbe 22-15 : « La folie est attachée au cœur de l’enfant ; la verge de la correction l’éloignera de lui ».

Cette violence a perduré jusqu’à nos jours, même s’il est des pays, notamment en Europe, où l’intensité de la violence éducative diminue. L’Église catholique a sensiblement contribué à perpétuer l’usage des châtiments corporels envers les enfants. On connaît pourtant aujourd’hui l’impact de ces méthodes, dès les premières violences (tapes, gifles, fessées…) sur les enfants : peur, soumission, provocation, manque de confiance en soi, seuil de tolérance élevé à la violence, volonté de rendre ce qui a été subi, et effets destructeurs sur le développement du cerveau. Et les enfants devenus adultes finissent par former une société violente, avec des individus portés à dominer les autres, ou au contraire à se soumettre aux dominateurs ; une société d’oppression, d’injustice, de corruption, car composée d’individus qui ont subi des violences, et qui ont essayé d’y échapper par la ruse et le mensonge. Il faut savoir surtout que, dans la majorité des pays du monde, ce ne sont pas seulement des tapes, des gifles ou des fessées à main nue qu’on inflige aux enfants, mais des coups de bâton, de canne, de ceinture, de câble électrique, du poivre ou de la pâte de piment dans les yeux, de longues stations à genoux sur des graviers et d’autres punitions cruelles et humiliantes. Et cela en toute bonne conscience parce que c’est ainsi, traditionnellement, qu’on éduque les enfants.

Que disait Jésus des enfants ? Dans tous les récits évoquant une relation entre Jésus et les enfants, Jésus se montre bon, tendre, et affectueux envers eux. Mais Jésus va plus loin et explique qu’accueillir un enfant, c’est l’accueillir lui et donc Dieu ; dans Matthieu 18, 1-5 : « celui qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille. Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits ». Comment a été éduqué Jésus ? Sans doute de manière révolutionnaire pour l’époque : comment imaginer Marie et Joseph frapper le fils de Dieu ? Le comportement de Marie quand Jésus est resté au temple en témoigne  (Luc 2, 41-52), quand il n’est fait référence à aucune punition ni correction physique, ni même un véritable reproche. Et que penser de la règle d’or, présente dans tant de religions, et notamment évoquée par Jésus : Matthieu 7-12 « Tout ce que vous voulez que les Hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux ». Les enfants sont des Hommes, cette règle s’applique donc !

L’Église catholique n’a pas su encore prendre la mesure du message extraordinaire de Jésus sur ce sujet. Ce message est renforcé aujourd’hui par toutes les études, notamment neurologiques, qui confirment l’impact néfaste de la violence éducative sur les individus et les sociétés.
On peut brièvement ici évoquer la crainte de l’enfant-roi quand on évoque une éducation bienveillante : aucun dictateur connu n’a été un « enfant-roi » mais tous ont subi une éducation très violente. Par ailleurs, ne pas frapper ne signifie en aucune manière l’absence de cadre pour l’enfant, pour lui indiquer ce qui est bien ou mal.
L’Église doit aujourd’hui répondre à la question posée par Benoît XVI, le 20 décembre 2011, à propos du scandale des abus sexuels dans l’Église : « Nous devons nous demander ce qui était erroné dans notre annonce, dans notre façon toute entière de configurer l’être chrétien, pour qu’une telle chose ait pu arriver ? » On peut ici évoquer le fait qu’abuser sexuellement d’enfants est souvent autant ou plus une affaire de pouvoir et d’obscures vengeances contre les humiliations qu’on a soi-même subies qu’une affaire de sexualité.

Que propose l’Église catholique aujourd’hui ?
Dans le Catéchisme de l’Église catholique, il est écrit dans les devoirs des membres de la famille, article 2223, que les parents « témoignent de cette responsabilité d’abord par la création d’un foyer, où la tendresse, le pardon, le respect, la fidélité et le service désintéressé sont de règle ». Mais il est précisé : «  En sachant reconnaître devant eux – (les enfants) – leurs propres défauts, ils seront mieux à même de les guider et de les corriger : «  Qui aime son fils lui prodigue des verges, qui corrige son fils en tirera profit  » (Si 30, 1-2) »
Par ailleurs, dans sa catéchèse du 4 février 2015, le Pape François décrit le rôle du père comme devant être plein de patience, de magnanimité, de miséricorde, en se basant notamment sur l’exemple du fils prodigue. Le Pape François ajoute pourtant : « j’ai entendu un papa dire : ‘Moi, parfois, je dois frapper un peu mes enfants… mais jamais sur le visage pour ne pas les humilier’. Comme c’est beau ! Il a le sens de la dignité. »
Toutefois, des représentants de l’Église catholique commencent à prendre des initiatives pour l’abolition des châtiments corporels. Des actions inter-religieuses sont également en cours, on pourra se référer au site http://churchesfornon-violence.org qui fournit de multiples contenus forts intéressants sur le sujet (en anglais). Sur le lien entre violence éducative et christianisme, on pourra se référer au livre très complet de Olivier Maurel (Vingt siècles de maltraitance chrétienne des enfants – aux éditions Encretoile) dont est tirée une bonne partie du contenu de cette lettre.

Qu’attendre maintenant de l’Église catholique ?
Comment l’Église catholique pourrait persister à recommander les châtiments corporels, ces derniers, mêmes ceux dits minimes comme la fessée, étant scientifiquement montrés comme néfastes sur les enfants, sur les futurs adultes et sur la société ? Comment l’Église catholique pourrait encore soutenir des méthodes qui agissent sur le monde à l’inverse de son message d’amour et de fraternité ? Comment l’Église catholique pourrait encore soutenir des méthodes qui, lorsque la violence éducative devient maltraitance caractérisée, font tant de morts chaque année parmi les enfants, les êtres les plus fragiles ? Comment l’Église catholique pourrait encore soutenir des méthodes qui vont à l’encontre de ce qu’a pu dire et témoigner le Christ ? Et comment l’Église catholique pourrait encore ignorer la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, adoptée par l’ONU en 1989 ?
Alors, oui, l’Église catholique doit s’engager pour l’abolition des châtiments corporels sur les enfants, et doit s’engager dans un processus de demande de pardon pour tous les enfants frappés et martyrisés dans des institutions religieuses depuis des siècles.
C’est donc à vous, Messeigneurs, et nos frères en Christ, que nous nous adressons, pour porter ce changement dans l’Église catholique, auprès du Pape.

Restant à votre disposition pour tout échange complémentaire, daignez, Vos Excellences, agréer l’expression de notre très respectueuse considération.

Thomas et Marianne Bourcy
Catholiques pratiquants, mariés, 4 enfants.Conférence des évêques de France
Le Secrétaire général

Monsieur Thomas Bourcy
32600 Segoufielle

2017/ORD/CC/123 Paris, le 28 août 2017

Madame, Monsieur,

J’ai bien reçu votre lettre en date du 8 août et je vous en remercie.

J’ai bien pris note de vos remarques et je vous encourage à promouvoir l’enseignement de l’Eglise : son attachement pour une éducation intégrale respectueuse des enfants.

Soyez assurés, Madame et Monsieur, de ma sincère considération.

Monseigneur Olivier Ribadeau-Dumas
Secrétaire général et porte-parole
de la Conférence des évêques de France

Marianne et Thomas Bourcy
630 chemin Jouan de l’Homme
32600 Ségoufielle
enfantseteglise@gmail.com

A la Conférence des Évêques de France

Objet : l’Église et la violence éducative : réponse à votre courrier

Messeigneurs,

Nous avons bien reçu votre réponse en date du 28 août 2017 et nous vous en remercions.

Mais il nous semble qu’elle comporte un malentendu. Vous semblez considérer que nous souhaitons « promouvoir l’enseignement de l’Eglise » tel qu’il existe actuellement alors que nous pensons qu’il doit être profondément réformé. Cet enseignement ne nous paraît en effet pas vraiment « attaché à une éducation intégrale respectueuse des enfants » dans la mesure où il continue à recommander la pratique des punitions corporelles (article 2223 du Catéchisme de l’Eglise catholique et divers propos du Pape François cités dans notre lettre).
C’est sur ce point précis que nous aimerions avoir une réponse, raison pour laquelle nous vous renvoyons notre lettre accompagnée cette fois de davantage de signatures. Il nous serait douloureux de devoir reconnaître que nos pasteurs que sont les évêques refusent d’entrer dans un véritable dialogue avec des chrétiens qui souhaitent simplement voir l’enseignement de l’Eglise se rapprocher de l’enseignement de Jésus et d’un respect plus authentique des enfants.
Dans l’attente de votre retour et de vos propositions, daignez, Vos Excellences, agréer l’expression de notre très respectueuse considération.

Pièces jointes :
- Notre courrier du 08 août 2017
- Votre réponse du 28 août 2017

Signataires :

Thomas et Marianne Bourcy – 32600 Ségoufielle
Olivier Maurel – 83220 Le Pradet –

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